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mercredi 9 avril 2025

L'avocat du diable (Jean-François Pasques)


[...] Il était capable du pire.

Jean-François Pasques c'est le flic 'psychologue' de la PJ. Ses polars sont toujours écrits avec beaucoup de finesse et cherchent à pénétrer l'intimité des personnages à travers leurs mensonges ou leurs aveux. Cet épisode évoque avec sensibilité le sujet du féminicide.

❤️❤️❤️❤️❤️

L'auteur, le livre (304 pages, avril 2025) :

Jean-François Pasques occupe une place un peu à part dans le paysage du polar français.
On l'avait découvert en 2022 avec Fils de personne, le succès qui lui a valu sa notoriété.
On le retrouve ici avec L'avocat du diable, un roman qui aborde le sujet du féminicide et plus généralement des violences faites aux femmes. Sujet délicat mais hélas toujours d'actualité. 
Si Jean-François Pasques est toujours dans la police (à Nantes), il a d'abord été flic à la PJ de Paris, celle-là même qu'il met en scène dans ses romans.

Les personnages :

On a plaisir à retrouver là le commandant Julien Delestran héros récurrent, toujours accompagné de sa jeune protégée, la lieutenante Victoire Beaumont, et de la psychologue de la PJ, Claire Ribot.
Dans le box des accusés, on va trouver Dominik Jean, alias DJ. Celui qui va être soupçonné de viol est une célébrité du monde des lettres et du monde tout court : on se retourne sur lui dans la rue pour le dévisager ou obtenir une dédicace.
"Écrivain à succès. Son talent avait été reconnu par l'obtention de nombreux prix littéraires prestigieux. Chevalier des arts et des lettres. Il avait refusé la Légion d'honneur".  Il fut même un temps "vice-consul à Buenos Aires"
JF. Pasques a fait ça bien et le lecteur visualise immédiatement une figure ou une autre parmi celles qui ont fait les gros titres ces dernières années. Et il n'en manque pas.
[...] – On ne peut pas rester insensible à ce qu’il est. 
– C’est-à-dire ? 
– Un homme remarquable. Au sens premier du mot : qui attire l’attention.
Ce fameux, inénarrable, incorrigible "DJ était capable du pire pour s’attribuer les faveurs des femmes, cependant rien n’était répréhensible au niveau du Code pénal. Absence de violence, de contrainte, de menace ou de ruse, tout reposait encore une fois sur l’emprise qui avait conduit ses proies à lâcher prise".
Il est "irritant, cynique et particulièrement odieux", c'est "un grand malade qui joue les seigneurs",  les qualificatifs ne manquent pas, un "grand manipulateur", un "séducteur compulsif" : "la perversité narcissique mise en forme dans un piège diabolique". Ouf.

Le canevas :

La PJ parisienne est en émoi : c'est une femme qui va prendre la tête du 36, la commissaire Rachel Delépine.
Madame Delépine n'est pas la bienvenue dans ce monde viril d'autant que l'une de ses premières décisions est de mettre au placard le commandant Delestran, après une 'bavure' policière cause d'un dommage collatéral parmi les civils.
C'est donc l'adjointe de Delestran, la lieutenante Victoire Beaumont, qui prend la tête du 'groupe' avec lequel elle va enquêter sur un meurtre de femme.
Au fond de son placard, Delestran se voit confier un dossier franchement casse-gueule : un écrivain-diplomate (véritable célébrité médiatique, connue de tout le monde) est accusé de viol par l'une de ses conquêtes. Mais la dénonciation arrive sept ans après les faits et il n'est pas facile de vérifier les affirmations de l'une ou de l'autre.
De son côté Victoire Beaumont enquête sur un meurtre et va bientôt trouver un coupable idéal : mais est-ce vraiment aussi simple que cela ? 
Alors, qui a donné son âme au diable et qui va devoir endosser la robe de l'avocat du diable ?

♥ On aime :

 Écrivain, policier : voilà deux métiers qui, pour notre plus grand plaisir, nous valent quelques bonnes lectures. Mais derrière ces deux métiers de Jean-François Pasques, s'en cache peut-être un autre : celui de psychologue
Car ce qui intéresse cet auteur, adepte de Simenon, c'est bien d'aller explorer ce qui se cache au fond de l'âme humaine, de pénétrer dans l'intimité des gens à travers leurs mensonges ou leurs aveux - il a le goût des autres, comme il le dit lui-même.
Et comme il le fait dire à son alter ego, le commandant Delestran, héros de ses romans : il cherche à "assouvir sa petite vanité d’approcher le secret des choses dans les rapports humains, son appétence de curiosité humaine".
Cette perspective singulière, ce regard sensible, font de ses romans policiers des curiosités à ne pas manquer dans un genre souvent convenu.
[...] Vous m’intéressez, commandant. Je ne pensais pas qu’un policier puisse avoir une aussi fine analyse.
Mais, dites-moi, j’ai affaire à un policier ou à un psychologue ?
Voilà un roman policier avec, pour une fois, des hommes qui aiment les femmes, pour paraphraser un titre célèbre dans ce genre littéraire.
 On l'a dit, Jean-François Pasques aborde le difficile sujet du féminicide dans ce roman. Mais il ne peut résister à faire le lien avec le précédent (Fils de personne) qui évoquait les naissances sous X : ici dans ce nouveau roman, l'un des personnages ne connait pas ses parents : "abandonné le jour de sa naissance à la maternité de l’hôpital Pasteur, DJ avait été élevé par l’Assistance publique".
 Le personnage de DJ est une sacrée trouvaille, cet odieux mais fascinant bonhomme est "un vrai personnage de roman" (ah, ah) soigneusement exploité tout au long de l'enquête policière.
À moins que tout cela ne soit un bel écran de fumée pour égarer le lecteur et masquer ce qui se trame dans les rangs mêmes de la police ?
[...] –Vous avez peur ? 
– Oui. J’ai toujours un peu peur des choses qui se passent entre un homme et une femme. 
– Je comprends. 
– Je n’en doute pas.
Alors, coup de cœur pour ce livre, écrit avec finesse, qui propose différentes lectures et réserve quelques surprises comme cet épilogue que l'on ne voit pas vraiment venir.

Pour celles et ceux qui aiment les femmes.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Fayard et NetGalley (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.   

lundi 14 novembre 2022

Fils de personne (Jean-François Pasques)

[...] C’est inhumain d’être le fils de personne !

Jean-François Pasques fait partie de ses flics passés du côté de la plume.
Le voici auréolé du Prix du Quai des Orfèvres 2023 pour son bouquin Fils de personne.
Comme souvent avec ces auteurs, le récit détaille minutieusement le travail d'enquête et d'investigation mené par les flics avec leurs fameuses "procédures".
Pasques prend tout son temps pour installer ses personnages de la brigade du commandant Delestran.
Dans le Paris de l'auteur, on est bien loin des courses survoltées à la poursuite d'un serial killer, beaucoup plus proche d'un Simenon (auquel il est rendu hommage d'ailleurs) ou d'un Vargas : le commandant Delestran partage ses doutes entre deux enquêtes, un quasi vagabond retrouvé noyé dans un bassin des Tuileries et une autre affaire où trois femmes ont mystérieusement disparu.
Deux enquêtes qui n'ont rien à voir entre elles et le lecteur ne sait trop où veut en venir l'auteur jusqu'à ce qu'à mi-parcours, on découvre avec les enquêteurs de la PJ un monde un peu mystérieux, ou en tout cas bien méconnu, celui des naissances « sous X ».
[...] - Vous savez ce que c’est que de vivre en étant un bâtard ? Non, vous ne pouvez pas savoir ! Et vous parlez de mérite… Est-ce que je méritais de ne pas ressembler à mes parents adoptifs ? Et toute cette suspicion autour de moi, qui me donnait un sentiment d’imposture ? J’ai été un étranger toute ma vie, ne ressemblant à personne. Vous croyez que je méritais ça ? Mais moi, je n’ai rien demandé. 
[...] - Vous savez, quand on est né comme moi, « sous X », on fantasme beaucoup sur ses origines, pour ne plus être un colis abandonné. Mais finalement, ça ne sert à rien, bien au contraire, on ne peut pas avoir confiance en la vie. Il manque un sens. C’est inhumain d’être le fils de personne ! 
[...] Beaucoup d’autres enfants étaient nés « sous X » et avaient grandi sans faire parler d’eux.
L'air de rien J.F. Pasques réussit à installer une curieuse atmosphère, très humaine, très "psychologique" (il y a d'ailleurs une psy dans l'équipe du commandant), une ambiance qui n'appartient qu'à lui et qui nous change des polars habituels, un style qui mérite le détour par le 36 Quai des Orfèvres.
Un auteur à découvrir puisque d'autres romans ont précédé celui qui vient d'être couronné.

Pour celles et ceux qui aiment les enquêtes
D’autres avis sur Bibliosurf.

jeudi 30 avril 2026

Pour 100 millions d'euros (Jean-François Pasques)

[...] Un Français enlevé au fin fond de la Sibérie.


Jeff Pasques crée la surprise avec ce polar rythmé qui emmène le lecteur et le commandant Delestran au fin fond de la Sibérie, chez les eunuques scoptes, pour une enquête musclée. Enfin, russe quoi !

❤️❤️❤️❤️🤍 

L'auteur, le livre (304 pages, avril 2026) :

Jean-François Pasques a décidé de brasser les cartes : après plusieurs polars très parisiens et des thèmes très "psychologiques" (l'une de ses personnages est même la psycho de service à la PJ), il va nous emmener beaucoup plus loin avec son nouveau roman : Pour 100 millions d'euros.
Très loin, d'abord au sens propre, puisque nous irons nous perdre au fin fond de la Sibérie, en Yakoutie le long de la Lena, ce fleuve monstrueux.
Ainsi qu'au sens figuré, puisque nous allons quitter les voyous de la banlieue parisienne pour aller nous frotter aux mafieux russes les plus redoutables.

Le pitch et les personnages :

Chacun sait que « en PJ toutes les aventures débutaient par une sonnerie de téléphone ».
Et ce jour-là dans les bureaux de l'équipe du commandant Delestran, ça ne sonnait pas pour rien puisqu'on avait découvert un véritable carnage dans un entrepôt de la banlieue parisienne : « là, c’est du lourd. On a trois cadavres ! ».
L'un d'eux est carrément éviscéré, sans doute une mule qui aura été éventrée par des impatients. Au vu de sa physionomie, les flics le surnomme l'esquimau. Curieusement, le gars est émasculé (mais cette "opération" date de bien avant son assassinat).
À côté de lui, deux autres cadavres en gilets pare-balles, visiblement des mercenaires, peut-être des anciens du Mossad « reconvertis dans la criminalité organisée, plus lucrative certainement ».
« – Nous voilà bien, un eunuque esquimau, chef de tribu, éventré à Paris avec deux autres cadavres israéliens tués par balle. »
Bientôt Delestran et son équipe soupçonnent deux mafieux russes venus régler leurs comptes à Paris.
Dans le même temps, les autorités françaises sont contactées par leurs homologues russes : « un Français a été enlevé au fin fond de la Sibérie. Il s’agit du président de l’Alliance française de Yakutsk, une ville avec un sous-sol gorgé de diamants et de pétrole ».
Le seul lien apparent serait ce fameux esquimau (qui est en fait un yakoute ou un sakha) venu du fin fond de la Sibérie : qu'avait-il ingéré de si précieux pour motiver ce carnage ?
Quant à sa curieuse castration, ce serait la marque de la secte religieuse des scoptes (eunuque en russe).
Tout ces mystères étranges vont motiver la mission du commandant Delestran et de son adjointe, la capitaine Beaumont, jusqu'en Russie pour retrouver les tueurs russes ainsi que le français enlevé à Yakutsk.
Quant aux fidèles de la série Delestran, ils auront même droit à « la révélation d’un irrépressible appel à la tendresse », mais chut !

♥ On aime :

 Cette fois, Jeff Pasques a changé de braquet : ses polars se coulaient jusqu'ici dans une confortable habitude parisienne mais le voici qui se lance dans un scénario international que n'aurait peut-être pas renié nos écrivains voyageurs préférés comme Ian Manook ou Caryl Férey.
 Pour autant l'auteur n'oublie pas son côté "psychologue" et le voyage en Sibérie sera l'occasion de faire se rencontrer deux cultures policières bien différentes : il n'y a pas plus éloigné d'un flic français qu'un policier russe, ou réciproquement. 
Cette rencontre va nous donner l'occasion de trinquer « à l'amitié entre nos peuples ! » et de nous faire servir quelques réflexions et dialogues intéressants.
Souvent l'incompréhension est totale et pas seulement à cause de la langue.
Les russes ont une façon très personnelle de résoudre les conflits et la mission sibérienne ne sera pas un long fleuve tranquille (et la Lena non plus ...).
« Delestran était encore tétanisé par ce qu’il avait vu. Les méthodes russes étaient vraiment effrayantes. »
 Et puis on aime bien le folklore frigorifiant mais dépaysant de la Sibérie lointaine : la ville de Yakutsk est un « grand congélateur à ciel ouvert » où les habitations sont construites sur pilotis pour ne pas s'écrouler avec le dégel du permafrost. 
Quand Delestran et Beaumont atterrissent là-bas, ils nous emmènent dans une autre dimension et la « banale intervention de police » va alors se transformer en véritable « expédition en Arctique ».
Mais Delestran trouve finalement que « ce n’était après tout pas si désagréable de faire le touriste ».
« Un panneau barré d'un trait rouge annonçait la fin de la ville. Un autre indiquait la ville voisine, Mirny, située à 1.171 kilomètres ».

Pour celles et ceux qui aiment la Russie.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Fayard (SP).
Ma chronique dans les revues BenzineCulturAdvisor et ActuaLitté.  

jeudi 1 janvier 2026

Best-of 2025

Bonne année 2026 à toutes et à tous !

Comme de coutume, on profite du BEST-OF 2025 pour vous souhaiter tout plein de bonnes et belles lectures pour cette nouvelle année 2026.
Et pour bien commencer 2026, voici déjà une petite rétrospective de 2025, un best-of où l'on a sélectionné quelques unes de nos meilleures découvertes, que du très bon donc pour cette sélection qui vous permettra peut-être quelques rattrapages avant d'attaquer la rentrée d'hiver 2026 qui s'annonce bien riche !
Et puis la rentrée littéraire 2025 fut également riche en émotions.
Rappelons également les idées cadeaux 2025 que nous avions publiées il y a quelques semaines avant les fêtes.
Si vous êtes passé à côté, il est encore temps de vous rattraper !
   
► Cliquez sur le titre en gras ou le nom de l'auteur pour lire le billet original en entier.

Au rayon  romans ou littérature dite "blanche" :


❤️ Direction la Malaisie où Tan Twan Eng nous offre un bel hommage à Somerset Maugham et à la splendeur passée du Commonwealth : le charme désuet et rétro des années 20, le parfum exotique des colonies britanniques. 
Il n'est plus très fréquent aujourd'hui de lire une belle prose classique : le style du roman est lui-même un hommage à Somerset Maugham, écrivain du siècle passé.
Un roman largement inspiré d'histoires vraies où l'on croise Somerset Maugham bien sûr, mais aussi Sun Yat Sen, le révolutionnaire chinois en exil. Rendez-vous pour l'apéritif (gin pour les dames, whisky pour les messieurs) sur la véranda de La maison des portes.

❤️ Dans Je voulais vivre, un excellent récit d'aventures, l'auteure décrypte les interstices et les ombres de la saga d'Alexandre Dumas pour nous faire entendre « une voix de femme au temps des hommes » : une brillante réhabilitation de Milady de Winter. 
Adélaïde de Clermont-Tonnerre va nous apprendre à lire entre les lignes de Dumas, découvrir quelle femme pouvait se cacher derrière Milady, dévoiler la véritable (?) histoire, le passé de cette héroïne au charme vénéneux. Là où elle réussit brillamment son coup, c'est qu'elle n'a pas oublié de nous servir un excellent roman d'aventures historiques, digne des meilleurs récits de cape et d'épée. Le plaisir est donc ici double.

❤️ L'Histoire tourmentée de la Corée à travers l'histoire d'une femme insaisissable aux multiples noms et visages : un parcours horrifique et incroyable. Gros coup de cœur de cette rentrée littéraire 2025 pour ce premier roman, maîtrisé de bout en bout, où Mirinae Lee nous livre une formidable histoire dont le personnage géophage est une femme tout aussi incroyable. Chaque chapitre, chaque période, est le prétexte pour une histoire à part entière, des histoires qui vont s'entre-croiser les unes avec les autres tissant chaque facette, chacune des 8 vies de cette mangeuse de terre avec son lot de mystères et de secrets.

Au rayon  polars ou thrillers "historiques" :


Le roman historique n'est pas vraiment un genre qu'on apprécie habituellement sauf lorsque, comme ici, ces polars nous permettent de (re)découvrir, et sous un angle original, des périodes peu connues de notre histoire contemporaine ou très récente. Une idée qui semble devenir très à la mode.

❤️ La collection Série Noire a ressuscité ce récit captivant de Maria FagyasLa cinquième femme, au cœur du soulèvement de Budapest, juste avant que les soviétiques ne reprennent le contrôle. 
Fin octobre 1956 : la révolution hongroise est en pleine effervescence, les cadavres jonchent les trottoirs, on les enterre à la va-vite dans les parcs de la ville.
Maria Fagyas accorde une attention toute particulière à tous ses personnages, les figures féminines, en particulier. Leurs origines et leurs milieux sont variés, tout en nuances et en contradictions, l'époque n'était pas facile et chacun faisait ce qu'il pouvait face à des enjeux qui le dépassaient. 

Au rayon  polars et thrillers :


❤️ Ian Manook met le cap vers le pays du matin calme pour une nouvelle série policière avec l'inspecteur Gangnam. La balade est aussi réjouissante que dépaysante. 
Coup de cœur pour ce divertissement aux personnages attachants, truffé d'humour et parcouru d'instants de grâce.
La prose de Manook est toujours un délice : c'est fluide, divertissant, plaisant.
Si côté polar on savoure avec grand plaisir cet agréable et dépaysant divertissement, le coup de cœur va venir de notre attachement aux personnages soigneusement dessinés et surtout des surprenants moments de poésie, véritables instants de grâce, que l'auteur arrive à glisser dans son intrigue trépidante.
Le livre refermé, on se rend compte qu'un peu de nous est resté en Corée : de quoi nous donner l'envie d'aller faire un tour à Séoul en attendant la suite des aventures de Gangnam ...

On n'est pas loin du coup de cœur pour ce roman noir, véritable fresque historique sur le Londres des années 50 qui se remet à grand peine des bombardements du Blitz et qui attire déjà les premières vagues migratoires. 
Dominic Nolan n'hésite pas à dérouler une intrigue sur plusieurs années, depuis 1952 et l'un des plus grands braquages de l'histoire britannique, jusqu'aux émeutes raciales de 1958 : nous allons découvrir le Londres d'après-guerre, ses rues bombardées, ses immeubles en ruine, ses terrains devenus vagues. Sur près de cinq cent pages, c'est une fresque passionnante avec de multiples niveaux de lecture : le suspense d'une histoire de gangsters et les difficultés de ce petit peuple londonien qui habitait dans White City des quartiers comme l'ancien Notting Hill, bien avant que Hugh Grant ait le coup de foudre pour Julia Roberts.

❤️ Jean-François Pasques c'est le flic 'psychologue' de la PJ. Ses polars sont toujours écrits avec beaucoup de finesse et cherchent à pénétrer l'intimité des personnages à travers leurs mensonges ou leurs aveux. L'avocat du diable évoque avec sensibilité le sujet du féminicide.
On a plaisir à retrouver là le commandant Julien Delestran héros récurrent, toujours accompagné de sa jeune protégée, la lieutenante Victoire Beaumont, et de la psychologue de la PJ, Claire Ribot. Dans le box des accusés, on va trouver Dominik Jean, alias DJ. Celui qui va être soupçonné de viol est une célébrité du monde des lettres et du monde tout court : on se retourne sur lui dans la rue pour le dévisager ou obtenir une dédicace. Tiens, tiens ...

Au rayon  romans noirs :


❤️ Avez-vous déjà lu un chauffeur de taxi ? Et bien c'est le moment avec cette chronique urbaine hyper réaliste : les mémoires d'un vieux chauffeur de taxi de Chicago, Jack Clark qui fut longtemps Taxi de nuit, pour de vrai.
Une prose au ras du bitume, minimaliste, factuelle, qui peut rappeler celle de Bukowski.
Ce n'est qu'à force d'une répétition presque lancinante que l'humanité commence à transpirer du récit pour créer une atmosphère unique autour du personnage.
L'intrigue policière n'est ici que le prétexte à parcourir, avec Eddie le taxi, le plan quadrillé de Chicago : depuis les quartiers en voie de gentrification jusqu'aux cités à moitié abandonnées.

❤️ Une belle plume, le temps de quitter un peu « la route des hommes » et de partager un moment avec « les qu'on voudrait qu'ils n'existent pas »Nathalie Sauvagnac fait partie de la meute des Louves du polar, le collectif qui regroupe les meilleures plumes féminines du polar français. Et nous, au bord du monde, c'est d'abord de la belle écriture. C'est vif, sec, imagé et le lecteur passe sans cesse de la poésie la plus lumineuse à la noirceur la plus sombre. Car c'est tout de même un roman noir, et bien noir. 
Et puis il y a l'humanité, l'empathie dont fait preuve cette auteure pour nous faire partager quelques instants avec les losers, les paumés, qui sont venus se réfugier au bord du monde.

Au rayon   histoires vraies :


❤️ Ravage : L'histoire incroyable mais 100% vraie de la traque du "trappeur fou de la Rat River" dans le grand nord Canadien, en 1932. Quand la furie des hommes défiait celle de la nature. 
Si ce Ravage est un peu méconnu, il faut le réhabiliter rapidement : c'est peut-être bien le meilleur Manook à ce jour, vraiment. Peut-être parce que l'auteur met en scène une histoire vraie : la traque en 1932 du trappeur fou de la Rat River par la Gendarmerie Royale Canadienne. 
Une immense chasse à l'homme qui mobilisa des dizaines de trappeurs et de policiers, des centaines de chiens, des dizaines de traîneaux et même un avion pendant presque deux mois de traque ! Tout ça pour un gars dont on ne connaîtra même pas le vrai nom. Il en faut moins pour éveiller notre insatiable curiosité !

❤️ Après 'Gommora', Roberto Saviano nous offre un roman puissant pour comprendre l'homme au-delà de la figure légendaire du juge Giovanni Falcone. Un douloureux portrait de l'Italie car "malheureux est le pays qui a besoin de héros".
Engagé dans la lutte anti-mafia, déterminé à juguler le trafic de drogue, le juge Falcone a été assassiné en mai 1992 près de Palerme. Saviano nous raconte tout cela.
Mais ce qui intéresse l'auteur, c'est plutôt la personnalité de Giovanni Falcone. Un homme que l'on va côtoyer pendant des centaines de pages, que l'on va apprendre à connaître, jusque dans son intimité. Il fallait bien ce portrait soigné pour aller au-delà de l'icone médiatique que nous avons tous en tête. Un homme auquel on va s'attacher au fil des pages, un homme complexe que l'on va apprendre à connaître jusque dans sa vie privée. Un livre très prenant qui vous poursuit longtemps après.

Au rayon  BD :

Cette année, la récolte de bandes dessinées fut abondante et goûteuse, un grand cru.

❤️ De très beaux dessins et une colorisation grandiose : ce sont les images qui racontent l'histoire de Calle Malaga, écrite par Mark Eacersall et dessinée par James Blondel (chez Grand Angle).
Un court récit, comme une nouvelle, l'histoire d'un homme taiseux et solitaire qui erre comme un fantôme dans les rues d'une ville déserte, hors-saison.
Un personnage ou deux, le décor de la ville déserte, deux ou trois péripéties à peine suggérées, des souvenirs presque, et la chute. C'est remarquable d'autant que ce ne sont pas les bulles et les dialogues qui viennent envahir ces très belles planches. Mark Eacersall le dit lui-même : c'est « une narration silencieuse, où ce sont les images qui parlent ».
Un des plus "beaux" albums de cette année, où scénario et dessin se complètent admirablement.

❤️ En 2010, Emmanuel Lepage embarquait pour un magnifique voyage vers les Terres Australes. Douze ans plus tard, il remet ça mais cette fois pour un plus long séjour sur place, sur l'île de Kerguelen. Deux voyages, deux albums.
Voyage aux îles de la Désolation en 2011 et Danser avec le vent en 2025 (tous deux chez Futuropolis).
Lepage s'en donne à cœur joie une fois embarqué à bord du Marion Dufresne (le bateau ravitailleur des TAAF, les Terres Australes et Antarctiques Françaises). 
Son 'journal de bord' est au choix : une aventure, un voyage, un poème, un livre d'images, une expérience, ... 
Un reportage en très belles images dans ces mers et îles polaires, le mode de vie de ces marins, militaires et scientifiques, le travail titanesque du bateau ravitailleur qui fait périodiquement la liaison entre La Réunion et ces îles perdues.
Des dessins crayonnés de portraits comme de larges aquarelles de paysage : avec ses crayons comme avec ses pinceaux, Lepage n'est pas un manchot (ah, ah !) et ses dessins sont de toute beauté. 
C'est une merveille graphique bien sûr, mais une aventure humaine également. Lepage a une haute conscience de son travail de dessinateur, de portraitiste, de photographe de papier et son texte est bien à la hauteur de ses images.

Le très beau noir & blanc de Chabouté nous invite au voyage, plus loin qu'ailleurs (chez Vent d'Ouest).
Une invitation à porter notre regard non pas au loin mais bien sur le monde qui nous entoure ici et maintenant. 
Des héros plutôt ordinaires, une mise en page dynamique et des récits de peu de mots. 
Les dessins de Chabouté sont passionnants et laissent entrevoir de nouveaux détails à chaque lecture. Les pages ne sont pas envahies de bulles verbeuses ou explicatives et c'est avec l'enchaînement des cadrages, leur répétition, que le lecteur devine ce qui se trame. Il y a là ce ton paisible des histoires tranquilles et ordinaires. Une astucieuse histoire qui se conclut de jolie façon.

Les superbes aquarelles de Krassinsky nous invitent à un beau voyage initiatique en pleine nuit arctique. Un régal pour les yeux et les esprits des vents et des glaces.
Cette BD est l'adaptation d'un roman de Bérengère Cournut paru en 2019 : De pierre et d'os, une fable initiatique qui suit le parcours d'une jeune inuite au pays des glaces (chez Dupuis).
L'album est précédé de la réputation du roman bien sûr, mais ce sont surtout les superbes aquarelles de Krassinsky qui vont appâter l'amateur de BD. De véritables peintures qui se déploient sur de grandes pages (au format presque carré) avec des tableaux tantôt grandioses, tantôt intimes. Ces magnifiques dessins comptent pour beaucoup dans le charme envoûtant de cette aventure écrite au féminin.

Il y a quelque temps, on avait également préparé une liste d'idées cadeaux pour les fêtes : vous y retrouverez le best-of ci-dessus bien sûr, mais également encore plein d'autres bonnes idées.
Et puis il reste toujours les best-of précédents.
Allez, bye-bye 2025, bonnes lectures, bonnes aventures et bonne nouvelle année 2026 !