mardi 30 juin 2026

Une unique lueur (Fred Vargas)

[...] Vous me suivez ?


La cuvée Vargas 2026 est un bon cru : un roman sans surprise, assez convenu, mais qui ne décevra donc pas les fans d'Adamsberg et de cette auteure, spécialiste des dialogues décalés, un brin déjantés : quand la poésie affleure du sous-jacent au-delà des apparences de notre monde que l'on croit rationnel.

  • La cuvée Vargas 2026 est un bon cru qui ravira les fans
  • Avec toute l'équipe du commissaire Adamsberg
  • Un polar baigné de culture, botanique, littérature, cinéma, et j'en passe
  • Avec en prime, un petit aller/retour pour Hollywood
❤️❤️❤️🤍🤍 

L'auteure, le livre (528 pages, avril 2026) :

Ah Fred Vargas, cette dame élégante est tout un poème ! 
Elle fait partie, un peu comme Connelly pour citer un tout autre exemple, elle fait partie de ces auteur(e)s prolifiques que l'on connait depuis des années, qui creusent un unique filon qui semble sans fin, qui lassent un peu aussi, à force. Alors on a compris qu'il ne faut peut-être plus lire tous les épisodes, qu'il faut sauter quelques étapes parfois, laisser passer un peu de temps, pour conserver intact le plaisir indicible de revenir de temps à autre à ces premières amours.
Cette fois l'auteure nous a un peu aidé puisqu'elle s'est faite un peu recluse et que son dernier roman (Sur la dalle) date tout de même d'il y a 3 ans. Allez, voilà c'est bon, on peut se précipiter aujourd'hui sur Une unique lueur, assuré de retrouver Fred Adamsberg et Jean-Baptiste Vargas, tous deux au meilleur de leur forme.

Le pitch et les personnages :

On ne présente plus le commissaire Adamsberg et ses divagations brumeuses, sa pensée diffuse, ce « pelleteux de nuages » qui a le don de nous faire toucher le tissu erratique qui sous-tend le monde que nous croyons rationnel. C'est pas du fantastique ou du surnaturel mais, comment dire, plutôt l'art de naviguer dans des eaux troubles et de discerner les connexions, les « jonctionnements », dans le monde sous-jacent, au-delà des apparences. 
« Vous me suivez ? Non, à l’évidence, personne ne le suivait. »
Nous non plus, mais bon sang, quel plaisir que ces dialogues pétillants, résolument déjantés, joliment décalés, qui viennent nous chatouiller l'esprit.
Et puis il y a la fameuse équipe, toujours fidèle au poste (de police).
Le serviable Estalère et l'art du café, Froissy et son bureau-épicerie, Danglard, son érudition et son vin blanc, Retancourt et sa robustesse de tank empathique, Mercadet le geek endormi, ... 
Retrouver tous ces personnages à chaque épisode est un plaisir à part entière. Et si l'intrigue est au rendez-vous, c'est un festival. 
Cette fois il s'agit du meurtre d'une jeune femme, une très belle jeune femme - elle était mannequin - qui va rappeler celui d'une autre tout aussi belle jeune femme survenu quelques années plus tôt et jamais élucidé : le modus oprandi est le même.
« — Operandi. 
— Pourquoi ne le dit-on pas en français ? Mode opératoire ? 
— C’est comme cela. 
— Ah bien. Même modus operandi et même signature. »
Suivons les chiens (il y en a aussi) sur la piste avec Adamsberg et son équipe.
Le lecteur aura l'occasion de réviser sa botanique avec ces belles ancolies « puissant symbole de l’amour parfait, de la pureté et de l’Esprit saint », sa littérature avec la poésie de Nerval aussi ésotérique que romantique, égaré dans la « quête obsessionnelle, et même folle, d’un éternel féminin », et même sa culture cinéma avec l’âge d’or d’Hollywood à la fin des années 40 ... Quel programme culturel !

♥ On aime :

 Le chef d'orchestre Vargas a, une fois de plus, réuni tout ses musiciens au complet avec notamment Jean-Baptiste Adamsberg comme premier violon, Adrien Danglard pour donner le "la" et le voisin Lucio au contre-chant. Chacun joue sa partition avec conviction et personnalité, parfois avec perspicacité.
La mélodie n'est pas très originale, mais c'est une musique que l'on connait, un air qu'on aime bien et qu'on se surprend parfois à fredonner en souriant.
 L'auteure aime bien faire voyager son commissaire : Les vents de Neptune l'avaient poussé jusqu'au Québec, un Lieu incertain lui avait donné rendez-vous en Serbie et le voici cette fois à Los Angeles (Hollywood oblige). Chacun de ces voyages est le prétexte à un amusant choc des cultures et à quelques dialogues décalés par le jet-lag.
 Honnêtement, l'écriture de Fred Vargas est toujours aussi précise, soutenue et agréable mais il faut reconnaître que tout cela est un peu convenu et ne se montre guère surprenant : mais justement, c'est ce qui en fait une lecture idéale pour tous les fans d'Adamsberg qui vont pouvoir se régaler sur les plages cet été.

Pour celles et ceux qui aiment les adamsbergueries.
D’autres avis sur Bibliosurf, Benzine et Babelio.
Ma chronique dans la revue ActuaLitté.