mercredi 24 juin 2026

Derrière la chair (Stanislas Petrosky)

[...] Une cinquantaine de corps en tout.


La médecine légale est au cœur de cette intrigue policière imaginée par un ... thanatopracteur ! On y découvre l'existence et le rôle de l'UPIVC dans une intrigue efficace menée sans temps mort.

  • l'UPIVC, l'Unité Police d'Identification des Victimes de Catastrophe
  • une enquête menée sous l'angle de la médecine légale
  • mafias russe et ukrainienne, trafic d'armes, gang de braqueurs
❤️❤️❤️❤️🤍 

L'auteur, le livre (223 pages, février 2026) :

Oops, un petit rescapé en retard de la rentrée de cet hiver 2026 : Derrière la chair de Stanislas Petrosky.
Voilà encore un auteur, et donc des polars, un peu surprenants : Stanislas Mousse (c'est son vrai nom) est enseignant en thanatopraxie et s'est lancé depuis quelques années dans l'écriture de romans axés sur l'anthropologie criminelle et la médecine légale.
C'est en quelque sorte un collègue de Frasse Mikardsson qu'on a découvert il y a peu. Alors peut-être faut-il que l'on avoue une certaine fascination pour ... la mort ? les cadavres ? le métier de ceux qui savent faire "parler" les dépouilles ? brrr...
D'autant plus qu'il sera ici question de l'une des unités très spécialisées de nos polices, l'UPIVC, l'Unité Police d'Identification des Victimes de Catastrophe et que cela nous rappelle beaucoup le Surfacing de Cléa Koff (une auteure qui travaille, elle, dans un autre contexte, celui du TPI dans le cadre des génocides). Bon l'affaire est entendue, notre cas est définitivement sans espoir, faut vraiment qu'on se fasse soigner.
Sinon, un lecteur moins atteint pourra aussi prétendre que cette littérature noire lui permet de tenir tout cela à distance. À distance de fiction.

Le pitch et les personnages :

Rachid Kalef travaille donc pour l'UPIVC, l'Unité Police d'Identification des Victimes de Catastrophe. Il est appelé un soir du côté du Havre sur les lieux d'un carambolage très violent entre plusieurs véhicules dont un autocar et un camion citerne. C'est pas beau à voir.
« Il y au moins une cinquantaine de corps en tout…
[...] Une vision apocalyptique, entre Mad Max et The Walking Dead…
Au premier plan des véhicules aux tôles tordues et déchirées, aux vitres éclatées enchevêtrés les uns dans les autres, puis ce furent des carcasses calcinées, encore fumantes par endroit. »
Mais rassurez-vous, on ne va pas passer deux cent pages à farfouiller dans des décombres calcinés : sur place est également présente la commissaire Cécilia Rosen pour le compte de l'office de lutte contre le crime organisé. Le véhicule qui semble à l'origine de l'accident est un gros SUV haut de gamme qui fonçait à toute allure et qui appartenait à un braqueur dans la ligne de mire de l'équipe de la commissaire Rosen. L'affaire s'annonce finalement tout aussi tordue que les tôles des voitures calcinées. Le voyou acoquiné avec les mafias russe et ukrainienne était surnommé le Renard : il s'appelait Lysytsya ce qui veut dire Renard en ukrainien.
« – Je n’en reviens pas, des Russes qui font des braquos avec un Ukrainien comme chef de gang ! »

♥ On aime beaucoup :

 C'est cette UPIVC qui m'avait intrigué. À lui seul, cet intitulé est tout un programme ... Les gars travaillent en deux équipes. L'une, dite post mortem, est sur les lieux de la catastrophe et recueille les indices : photos, empreintes, bijoux, tatouages, et bien sûr ADN. L'autre équipe, ante mortem, officie dans le monde des vivants : photos, dossiers médico-dentaires, et bien sûr ADN. Ensuite on rapproche et on tente de mettre un nom sur chaque dépouille, avant de rendre chaque victime à ses proches. 
« – Nous allons travailler avec deux cellules. La première, que l’on nomme l’ante mortem, se chargera de recueillir tous les éléments d’identification physiques, descriptions, photos, dossiers et d’éventuels éléments d’identification biologiques comme une brosse à dents pour l’ADN. La seconde cellule, celle où je serai en permanence, la post mortem, procédera au relevé des corps et des éléments qui peuvent attester d’une identité, tels que les bijoux, s’ils n’ont pas fondu… »
Stanislas Petrosky a le bon goût de ne pas trop s'appesantir sur les détails macabres mais va tout de même nous apprendre plein de choses sur cette fameuse unité et l'aspect médico-légal d'une enquête. C'est assez passionnant et cela va ravir les fans de Kay Scarpetta, la célèbre héroïne de Patricia Cornwell.
Au passage, on apprendra que le personnage de Rachid Kalef boîte et marche difficilement avec une canne parce qu'autrefois, il a été blessé à la patella. Kesaco ?
Les curieux iront sur internet pour découvrir qu'en 1998 (ça date un peu, on n'est pas vraiment à jour) a été adoptée la TA98, une nouvelle Terminologia Anatomica, une nouvelle nomenclature des os et des muscles du corps humain, principalement en latin pour le côté international. On comprend alors pourquoi il boîte, la patella en vrac (non, je ne vous le dirais pas !).
 Mais comme tout cela ne suffit pas à faire un bon bouquin, l'auteur nous a également concocté une solide intrigue policière avec son gang russo-ukrainien. Le bouquin est court, deux cent pages, et on le dévore à vive allure, curieux de voir jusqu'où va nous mener la double enquête de la commissaire Rosen et du lieutenant Kalef. Tous deux se sont beaucoup fréquentés par le passé et ce n'est pas toujours facile aujourd'hui entre eux, d'autant que Rachid est doué d'une imagination aussi débordante que Stanislas Petrosky ce qui énerve prodigieusement la commissaire.
« – Punaise, mais cette imagination ! Tu sais que je ne plaisante pas quand je te dis de démissionner pour devenir scénariste ou écrivain ?
[...] – Tu m’exaspères, Rachid ! Tu n’imagines même pas comment tu m’exaspères avec tes histoires pour Netflix et consorts ! »

 Tout cela est écrit sagement avec de courts chapitres menés tambour battant. On ne perd pas de temps en digressions oiseuses et l'intrigue, bien tordue, avance rapidement jusqu'aux derniers twists. La prose de Stanislas Petrosky est au standard actuel des polars, sans originalité mais avec efficacité.


Pour celles et ceux qui aiment la médecine légale.
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Livre lu grâce à la Manufacture de Livres (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.