jeudi 26 novembre 2020

Au royaume des glaces (Hampton Sides)


[...] George avait désormais le virus du Pôle dans le sang.

    L'auteur, le livre (508 pages, 2018, 2014 en VO) :

Le journaliste Hampton Sides n'est pas tout à fait un inconnu, c'est le rédacteur en chef du magazine US Outside, celui qui envoya Jon Krakauer au sommet de l'Everest en 1996 ce qui nous a valu le remarquable récit cette autre tragédie.
Dans son bouquin Au royaume des glaces, Hampton Sides nous conte le récit d'une autre mémorable expédition, celle de George Washington De Long et de son bateau La Jeannette, à la recherche du Pôle Nord par voie maritime (par le détroit de Béring) à la fin du XIX°.
Une expédition financée par une autre figure de la presse, James Gordon Bennett, le riche patron excentrique du New York Herald.
[...] Grâce à la personnalité incomparable de Bennett, le New York Herald devint le journal le plus intéressant et le plus influent d’Amérique, voire du monde.
En 1869, c'est lui qui envoya son journaliste Stanley à la recherche de Livingstone au Congo.
Un peu plus tard, James Benett récidive.

    On aime :

❤️ Un récit d'explorateurs comme on les aime : une écriture documentée et une lecture fluide, le souffle épique et le contexte historique, des aventures extraordinaires et des destins hors du commun, ...

      Le contexte :

 Nous sommes en 1879, le pays se relève à peine de la Guerre de Sécession et rêve de retrouver sa place sur l'échiquier mondial. Les jeunes gens de l'époque, qui n'ont pas eu la 'chance' de se couvrir de gloire pendant la guerre, sont avides d'autres conquêtes. Le Pôle Nord attend toujours les explorateurs ...
[...] L’attirance du Pôle était une affaire de génération : la plupart des postulants venaient comme De Long de passer à côté du plus grand conflit de l’histoire américaine. Ces jeunes hommes avaient soif d’une gloire comparable à celle que leurs pères avaient gagnée sur les champs de bataille de la guerre de Sécession, et ils désiraient ardemment montrer qu’ils étaient des hommes en s’engageant dans une entreprise impressionnante et hasardeuse qui, sans être tout à fait la guerre, n’était pas sans rapport.
[...] Le pôle Nord. Le sommet du monde. L’acmé, l’apogée, l’apex. Il hantait les esprits comme une énigme universelle – aussi fascinante et inconnue que la surface de Vénus ou de Mars –, possédait indéniablement quelque chose de magnétique.

      L'intrigue :

À cette époque, les expéditions maritimes au pôle se suivent et leurs échecs se ressemblent : arrogance inconsciente de conquérants se croyant suréquipés, foi aveugle en la science et le progrès ... et en des données géographiques très approximatives, c'est le moins que l'on puisse dire ici (ils pensaient suivre les eaux chaudes du Kuroshio, le Gulf Stream japonais !).
Avec le recul du XXI° siècle, il est amer et ironique de constater que cette croyance en une mer arctique chaude et ouverte sera finalement bientôt une réalité !
[...] La théorie de la mer polaire ouverte termina pour l’essentiel sa carrière avec le voyage de la Jeannette, bien que les récentes projections climatiques montrent que vers 2050, une partie importante de la banquise polaire fondra entièrement en été.

Pour celles et ceux qui aiment les voyages.
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dimanche 22 novembre 2020

Albuquerque (Dominique Forma)

[...] So long, Albuquerque !

Après Manaus, on retrouve le français Dominique Forma et un de ses petits bouquins dont il a le secret : Albuquerque.
160 petites pages, à peine plus qu'une nouvelle pour une autre histoire de cavale, une autre histoire de petites gens.
Cette fois-ci le décor sera celui des routes US, la 66 et d'autres : Forma a longtemps vécu à LA.
Planqué au Nouveau-Mexique, Jamie s'est refait une petite vie sous couvert du programme fédéral de protection des témoins.
Il a pris quinze kilos de trop, n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été et son couple avec Jackie bat de l'aile.
Mais un beau matin, ses anciens complices le retrouvent ...
[...] Qui a jamais vu une vengeance s'abattre une décennie plus tard sur un type devenu gardien de parking ? Albuquerque n'est pas Medellin ou Juarez.
[...] De mémoire d'homme, on n'a jamais vu ça à Albuquerque. D'ailleurs personne ne le verra ; on ne déambule pas à l'angle de Cooper Avenue et de Fifth Street si tôt le matin. Le quartier est encore désert.
Jamie n'a pas le temps de faire sa valise, à peine celui de prendre la fuite avec sa femme, bien obligée de le suivre.
[...] Il ouvre le congélateur - un grand modèle horizontal s'ouvrant par le haut - et y dépose le cadavre. 
Il referme le congélateur.
- So long, Albuquerque !
On partagera avec eux quelques heures de cavale le long des routes US. 
On nous laissera deviner comment tout cela a commencé mais à peine entrevoir comment tout cela va finir : Dominique Forma est un habile faiseur de dernier chapitre en ligne de fuite.
Sa prose, sèche et précise, fait mouche à chaque page, entre humour ravageur et tendresse pour ses personnages.
[...] Sa télé de poche a cessé de fonctionner en septembre dernier, deux jours avant que les tours jumelles de Manhattan ne partent en fumé. Jamie n'avait rien remarqué. Il avait passé le 11 septembre à se gaver de biscuits scandinaves qu'il adore pour compenser la mort soudaine de son poste de télévision. Il est le seul américain à ne pas voir assisté en direct à cette spectaculaire déclaration de guerre.
Dominique Forma me fait penser à un autre grand auteur de roman noir : Frédéric H. Fajardie et me donne envie de le relire.
Pour celles et ceux qui aiment les cavales.
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Monteperdido (Agustin Martinez)

[...] On retrouvera Lucía.

Monteperdido est le premier roman de l'espagnol Agustìn Martinez.
Venu du monde de la télé (l'auteur est scénariste), Martinez nous emmène au cœur des montagnes, dans les Pyrénées aragonaises, un peu à l'est de la Navarre que sa compatriote Dolores Redondo nous avait fait visiter récemment.
[...] La vallée de Monteperdido. “La Vallée cachée”, comme l’appelaient les touristes.
Mais pas d'ambiance "fantastique" ici à Monteperdido : l'intrigue est tout ce qu'il y a malheureusement de plus trivial. Deux fillettes d'une douzaine d'années, deux amies, deux voisines, ont disparu, sans aucun doute enlevées.
Les enfants n'ont jamais été retrouvées, le coupable non plus, les deux familles sont en perdition, au fil du temps le village se démobilise peu à peu mais continue de regarder d'un mauvais œil les rares étrangers qui viendraient jusqu'à cette vallée reculée.
[...] Dans ces montagnes, il est difficile de retrouver quoi que ce soit. Elles ne sont pas faites pour les hommes… 
[...] Dans ce village, si on ignore comment s’appelle votre putain de grand-père et comment il prenait son café, vous êtes un étranger. On adore les gens qui vont et viennent et qui, au passage, laissent leurs billets de banque à Monteperdido. Mais ceux qui viennent et restent, on les trouve beaucoup moins marrants !
Le roman démarre cinq ans plus tard : l'une des deux gamines réapparait, traumatisée mais vivante, une ado désormais, au témoignage incertain. 
Deux flics débarquent de la ville pour prêter main forte aux gendarmes locaux et retrouver au plus vite la seconde fillette.
[...] Si on s’y prend correctement, on retrouvera Lucía.
❤️ La réussite de ce polar à l'intrigue somme toute classique, tient dans l'épaisseur que l'auteur a su donner à ses personnages. Tous ses personnages : les flics, les membres des familles et les voisins du village.
Et un autre personnage aussi : cette montagne qui enserre ce village de sommets inaccessibles.
Entre les montagnes inquiétantes et les taiseux du village tout aussi inaccessibles, l'ambiance est particulièrement oppressante.
Rares sont les polars qui savent nous épargner les descriptions horrifiques des tourments vécus par les jeunes filles séquestrées par leur ravisseur, mais Agustìn Martinez n'a nullement besoin de ces clichés pour tisser la toile qui va emprisonner le lecteur.
[...] Tout ce village semblait replié sur soi, tournant le dos au monde, aux montagnes, aux regards étrangers. 
[...] Ici, les gens sont très particuliers. Tu l’as remarqué. À la fois sympas et faux culs. Ça doit tenir à la région. Les deux faces de Monteperdido.
[...] Et sous cette couche de neige, tous les secrets des gens qui refusent de les laisser apparaître.
[...] Les liens, parfois maladifs, qui se tissent dans ces cercles de famille.
Le couple d'enquêteurs venus de la ville (un flic proche de la retraite et une adjointe au passé compliqué, tous deux spécialistes des affaires "de famille"), ce couple d'enquêteurs est particulièrement réussi et ils se démènent comme ils peuvent au milieu de ces montagnes fermées aux étrangers pour essayer de découvrir la vérité.
[...] Parfois, ce travail était épuisant. Pas à cause des heures qu’on y consacrait ou des déplacements obligés, toujours dans l’entourage des disparus, comme des imposteurs. Mais c’était la condition humaine qui était décourageante.
Un excellent polar avec une intrigue classique renouvelée par une ambiance avec une forte empreinte. Avec quelques longueurs cependant (un gros pavé de 500 pages).

Pour celles et ceux qui aiment la montagne.
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vendredi 20 novembre 2020

La liste au Père Noël ...


Vous ne savez pas quoi vous offrir à Noël ?
On a essayé de regrouper ici quelques bonnes idées pour celles et ceux qui n'ont peut-être ni l'envie ni le temps de se perdre dans les dédales des blogs et des réseaux.
D'un seul coup d'œil, quelques (très bonnes) idées de bouquins à picorer selon son humeur ou selon ses envies.
Et bien sûr vous ne trouverez là que des coups de cœur parmi les coups de cœur, que du bon, du très très bon !


Si vous aimez plutôt les histoires de marins, ne manquez pas :
Si vous aimez les récits de voyages ce sera :
    et si vous voulez voyager au Japon : le mot-clé dédié au pays du soleil levant
    ou dans d'autres pays d'Asie : avec notre liste des auteurs d'Orient (Chine, Inde, Japon, ...) 
Si vous aimez les polars qui font voyager, partez :
Si vous aimez les bouquins adaptés au cinéma  :
Si vous aimez les espions :
Si vous aimez le sport :
Si vous aimez les bouquins faciles, tous publics, mais 100% plaisir :
    Si vous aimez les histoires de vieux et le 3° âge :
    Si vous aimez les bios, les Vies :
    Si vous aimez les bons, très bons auteurs français :
    Si vous aimez les grands espaces, le nature-writing, façon farouest, partez :
    Si vous aimez le souffle de l'aventure :
    Si vous aimez l'érémitisme, rendez visite à :
    Si vous aimez la peinture, les peintres et leurs modèles :
    Si vous aimez les recueils de nouvelles :
    Si vous aimez les gros romans fleuves, les pavés, les sagas :
    Si vous aimez les histoires avec de l'Histoire dedans, avec un grand H :
    Si vous aimez les histoires de guerre ou l'histoire des guerres :
    Si vous aimez les histoires d'Amour avec un très grand A :
    Si vous aimez les histoires tristes (mais trop bien écrites pour passer à côté) :
    Si vous aimez l'humour avec un grand sourire, parfois féroce :
    Si vous aimez les histoires de fous et de maniaques :
    Si vous aimez les romans épistolaires :
    Si vous aimez les histoires de mecs ou d'hommes :
    Si vous aimez les histoires de nanas ou de femmes :
    Si vous aimez les courts-métrages :
    Si vous aimez les polars sans crime et parfois sans cadavre ni assassin :

    jeudi 19 novembre 2020

    BD : La patrie des frères Werner


    [...] Ton but et cette victoire vont changer ma vie.

    Philippe Collin et Sébastien Goethals signent ce gros album : La patrie des frères Werner qui retrace pas moins de cinquante ans de la grande Histoire allemande à travers la petite histoire de deux personnages.
    En 1945, les frères Werner sont à peine adolescents, orphelins de guerre, ils tentent de fuir les ruines de Berlin et l'avance des russes qui mangent les enfants.
    Ils grandiront du côté est du rideau de fer et se trouveront embarqués de gré ou de force dans les rangs de la fameuse Stasi, au cœur de la guerre froide.
    Le 22 juin 1974 ils seront à Hambourg lors du match mémorable de la Coupe du Monde où les équipes de RDA et RFA s'affrontent pour la première (et la dernière) fois. 
    Un match sous haute tension et à forts enjeux politiques, un peu l'équivalent à l'échelle allemande du tournoi mondial d'échecs Spassky-Fisher en Islande en 1972.
    C'est ce parcours que retrace la BD illustrant le destin d'un pays à travers celui des deux frangins.
    Une histoire bien connue mais qu'il n'est jamais inutile de réviser. De plus, un petit dossier rédigé par Fabien Archambault vient clôturer intelligemment la leçon d'Histoire, dossier où l'on apprendra quelques détails peu connus notamment sur la séparation entre RDA et RFA (qui n'a vraiment eu lieu qu'en 1949, quelques années après la guerre) ou sur la place du foot dans cet échiquier complexe.
    Cette BD réserve d'autres surprises comme le récit en images de ce mémorable match, un récit qui passionnera même ceux qui n'aiment pas trop le foot.

    Même pour celles et ceux qui n'aiment pas trop le foot.
    D’autres images sur BD Fugue.

    lundi 16 novembre 2020

    BD : Carbone & Silicium


    [...] Vous deviendrez personnel hospitalier.

    Mathieu Bablet signe les dessins et le scénario de ce gros album : Carbone & Silicium.
    L'histoire s'échelonne sur plusieurs années et décrit la création d'androïdes à l'IA sophistiquée, sur plusieurs "générations" tandis que l'humanité court vers sa perte.
    [...] Les humains sont le vrai problème de la planète. La seule solution est de tous les détruire. 
    On plaisante.
    Des androïdes auxquels le labo a fixé une DLE date limite d'existence de quinze ans. Une obsolescence programmée pour renouveler les machines au fil des générations successives.
    [...] Comme un chat en gros.
    L'histoire apocalyptique est aussi une love story entre deux robots qui va se compliquer lorsque l'un des androïdes, lassé des mondes virtuels, larguera ses attaches pour entreprendre d'explorer la planète, du Taj Mahal au désert de sel d'Uyuni. Cela nous vaut quelques belles planches.
    Presqu'aussi belles que celles où Mathieu Bablet tente de représenter le réseau interconnecté comme une tour de Babel peuplée d'avatars fluides et éthérés.

    Pour celles et ceux qui aiment les robots.
    D’autres images sur BD Fugue.

    dimanche 15 novembre 2020

    Manaus (Dominique Forma)

    [...] J’ai fait mon devoir.

    À l'occasion du cinquantenaire de la mort de De Gaulle, il n'est pas inutile de se souvenir que notre Président effectua fin 1964 un périple en Amérique du Sud et que lors de son séjour en Argentine, certains virent même en lui un soutien au régime péroniste (à l'époque, Peron était en exil).
    Manaus, le thriller du français Dominique Forma tombe à pic. 
    Le voyage de De Gaulle est une tournée sous haute tension puisque l'Amérique du Sud est le refuge de nombreux parias de l'OAS, qui sont indésirables en France et qui ne portent pas vraiment le général dans leur cœur. 
    Sans compter les nazis réfugiés là-bas depuis leur défaite. 
    [...] La tournée du général de Gaulle en Amérique du Sud provoque une forte inquiétude au sein des services de renseignement et de sécurité du Président. Dans chaque pays visité, il existe des hommes et des femmes qui ont tout perdu en s’opposant à sa politique algérienne et qui entretiennent un esprit de revanche. 
    Le petit (160 pages) bouquin de Dominique Forma est à peine plus qu'une nouvelle, c'est une "novella" comme on dit maintenant. 
    On débarque en Amérique du Sud aux côtés d'un agent des services secrets français (venu dans les bagages du Général) chargé d'une mission top secrète bien sûr. 
    Et bien sûr ça ne va pas se dérouler exactement comme prévu.
    L'histoire, l'écriture et même le héros partagent la même qualité : la sobriété. 
    C'est sec et nerveux, sans gras. Dominique Forma ne fait pas dans la périphrase. 
    Suffisamment évocateur pour nous emporter loin d'ici mais on n'est pas dans un thriller à rallonges de 600 pages. 
    Juste quelques instantanés pris sur le vif. 
    On arrive, on fait avec quelques galères imprévues et coups foireux, et on repart aussitôt.
     [...] J’ai fait mon devoir. Je me suis rendu à Manaus ; au lieu indiqué, à l’heure requise, j’ai attendu qu’un agent me remette un dossier.

    Pour celles et ceux qui aiment les barbouzes.
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    samedi 14 novembre 2020

    L'unité 8200 (Dov Alfon)

    [...] La Nuit des 12 cadavres.

    L'unité 8200 (prononcer 8-deux cent) c'est, pour de vrai dans la vraie vie, la NSA des services de renseignements israéliens, leurs grandes oreilles. 
    [...] La 8200, une organisation semi-clandestine, l’unité la plus secrète d’Israël, une organisation militaire israélienne très secrète. 
    Pas vraiment des espions qu'on porte dans notre cœur, mais le parcours du journaliste franco-israélien Dov Alfon vaut le détour : il fit son service dans la fameuse unité, il dirigea le quotidien Haaretz et est actuellement directeur de la rédaction de Libé ! 
    Il connait son sujet et sait fort bien nous raconter son histoire d'espionnage avec un montage nerveux qui nous fait voyager entre Paris et Israël. 
    Le vol El Al 319 atterrit à Roissy. L'un des passagers israéliens est enlevé à sa sortie dans le hall, sans doute par des chinois, peut-être par erreur sur la bonne personne ... 
    [...]– Est-ce qu’on n’a pas eu une affaire militaire ce matin ? Cet Israélien qui a été enlevé à Paris ? demanda le conseiller politique. 
     – Il a sans doute été assassiné, mais nous n’avons pas encore de cadavre, dit le porte-parole. 
     – Formidable, dit le conseiller américain. Une grosse affaire, la consigne de silence est levée, un Israélien enlevé à Paris, les autorités soupçonnent des motifs nationalistes. 
    On apprendra beaucoup de choses sur ces agents israéliens, leurs moyens, leur patriotisme et leur engagement. 
    Leurs rivalités internes et leur bureaucratie aussi. 
    [...] Le secrétaire militaire se garda de toute réaction et se concentra sur ses notes. Les gens prennent note d’un homme qui prend des notes : quiconque ayant jamais tenté de survivre dans une organisation bureaucratique sait cela. 
    [...] Ce que pensaient les hommes du Premier ministre n’avait rien à voir avec ce qu’ils disaient. Et ce qu’ils disaient n’avait rien à voir avec ce qu’ils faisaient. 
    ❤️ Tandis que les cadavres s'empilent à Paris, le lecteur est embarqué dans un thriller mené tambour battant, un véritable script de blockbuster hollywoodien ou de future série à succès, façon Bureau des légendes speedé en 24 heures chrono. 
    [...] Son plan était simple : s’ils posaient la question, il nierait tout ; s’ils le pressaient, il jouerait l’imbécile ; s’ils se fâchaient, il dirait qu’il devait vérifier ; s’ils le menaçaient, il promettrait de leur remettre les résultats de son enquête.
    Pour faire la fine bouche, deux petits bémols pour une fin un peu rocambolesque (et très james bondienne) et des personnages pas assez épais parce que trop pris dans leurs péripéties (hormis le flic parisien, plutôt bien vu).
    Pour celles et ceux qui aiment les barbouzes.
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    lundi 9 novembre 2020

    Un vénitien anonyme (Donna Leon)

    [...] Voilà qui expliquait le nouveau mobilier.

    Ce vénitien anonyme est l'un des premiers de la série (1994) et bien sûr pas tout à fait l'un des meilleurs : la signora Donna Leon n'avait pas encore atteint le sommet de son art ni la totale maîtrise de son style et de ses ambiances.
    Cela viendra vite. 
    Mais cet épisode possède un petit "plus" : c'est en effet page 104 qu'apparait la signora Elettra Zorzi qui viendra fleurir et illuminer la questure vénitienne comme la série. 
     [...] Il releva la tête, vit deux grands yeux bruns dans un visage avenant, un rouge à lèvres explosif. "Et vous êtes ? " demanda-t-il avec un sourire. 
    - Elettra Zorzi, monsieur. Je suis la secrétaire du vice-questeur Patta depuis la semaine dernière." Voilà qui expliquait le nouveau mobilier. 
     Une enquête qui démarre dans le milieu des travestis et de la prostitution mais qui prend bientôt une toute autre direction, plus intéressante, celle de la prévarication et de la corruption de le bonne société vénitienne que Donna Leon a régulièrement dans son viseur. 
    Les cadavres vont s'accumuler et l'enquête se terminer en demi-teinte comme bien souvent avec cette auteure. 
    [...] Patta l'observait avec curiosité. " J'ai bien l'impression que vous devriez rentrer chez vous, Brunetti. Vous ne pouvez rien faire de plus." 
    Le commissaire de leva lourdement, adressa un signe de tête à Patta et quitta le bureau.

    Pour celles et ceux qui aiment Venise.
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    dimanche 8 novembre 2020

    Le meilleur de nos fils (Donna Leon)

    [...] Il choisissait toujours de s'entourer de beauté.

    Avec Le meilleur de nos filsDonna Leon l'américaine qui adopta Venise, décortique une fois de plus la (bonne) société italienne en braquant le projecteur sur ses écoles de cadets militaires. 
    L'auteure y démontre une fois de plus son art consommé de la conversation et de l'écoutage, comme elle le fait dire elle-même par l'un de ses personnages. 
    [...] "Voilà qui explique tout."
    Brunetti savait parfaitement quand il fallait relancer un interlocuteur.
    - Qui explique quoi ? " 
    Sans doute pas le meilleur épisode des enquêtes du commissaire Guido Brunetti mais un bon cru tout de même avec une signora Elettra en grande forme.
    [...] Je suis sûre qu'il la prenait pour rien de moins qu'une communiste cannibale et qu'elle a dû le considérer comme un porc fasciste". Elle lui sourit de nouveau. 
    - Et alors ? 
    - L'un des deux avait raison." 
    Il éclata de rire.
    [...] Semblable en cela à la plupart des italiens, Brunetti n'avait que respect et approbation pour tout ce qui était beau. Quand il le pouvait, il choisissait toujours de s'entourer de beauté : sa femme, les vêtements qu'il portait, les tableaux qui décoraient son domicile et même la beauté de la pensée des livres qu'il lisait : toutes ces choses lui procuraient le plus grand plaisir.

    Pour celles et ceux qui aiment Venise.
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    samedi 31 octobre 2020

    Tragédie à l'Everest (Jon Krakauer)

    [...] J’avais passé moins de cinq minutes sur le toit du monde.

    [...] En mars 1996, le magazine Outside m’envoya au Népal pour participer à une ascension de l’Everest et en faire le récit. 
    En 1852, Sikhdar , un arpenteur indien au service de la couronne britannique mesure pour la première fois la hauteur du nouveau toit du monde. 
    [...] L’explorateur américain Robert Peary avait annoncé qu’il avait atteint le pôle Nord en 1909. Roald Amundsen avait mené une expédition norvégienne au pôle Sud en 1911. L’Everest, le « troisième pôle », devenait l’objectif le plus convoité des explorateurs terrestres. 
     Les premiers au sommet furent en 1953, Edmund Hillary et le sherpa Tensing Norgay :
    [...] Cent un ans s’écoulèrent après la découverte de Sikhdar avant que le sommet soit finalement atteint. Quinze expéditions s’étaient succédé et vingt-quatre hommes avaient perdu la vie. 
    En 1996, les expéditions "commerciales" sont devenues monnaie courante (mauvais jeu de mots) et l'on peut se faire amener à l'altitude de croisière des avions pour environ 65.000 dollars (et deux mois de congés). 
    Au printemps 1996 il y avait quatorze cordées et plus de 300 tentes au camp de base à 5.300 mètres. 
    Jon Krakauer accompagne l'une de ces cordées. 
    On connait désormais l'issue de la tragédie que l'on a pu voir au cinéma en 2015 dans le film de l'islandais Baltasar Kormakur : 8 morts ce jour-là perdus en plein blizzard et tempête de neige à 8000 mètres. La saison fut l'une des plus meurtrières (sans compter les amputations de doigts ou de nez). 
    Jusqu'où peut aller la folie des hommes ? 
    Krakauer nous en donne un assez bon aperçu, même s'il se perd un peu parfois (mais jamais trop longtemps) dans les justifications et explications pas très utiles rétrospectivement : qu'est-ce qui a foiré ? qui a merdé ? etc ... 
    Il souffre un peu du complexe du survivant, on le comprend. 
    [...] Au printemps 1996, l’Everest tua en tout douze hommes et femmes. Ce fut la pire saison depuis que des alpinistes vont sur cette montagne, c’est-à-dire depuis soixante-quinze ans. 
    [...] Une tragédie de cette importance était prévisible étant donné le nombre d’alpinistes si peu qualifiés qui se rendent en foule sur l’Everest de nos jours. 
    [...] Entre 1921 et mai 1996, 144 personnes sont mortes pour 630 ascensions réussies, soit une sur quatre. 
    Et puis là-haut on est bien loin de la solidarité entre sportifs, que ce soit entre les cordées concurrentes ou même au sein d'une même équipe : des pieds à la tête, le corps va si mal que c'est plutôt chacun pour soi. 
    Et que dire de la satisfaction de ceux qui arrivent au sommet ? 
    Le froid, la soif, l'épuisement, les engelures, la faim, la fatigue, le sommeil, le manque d'oxygène, ... les zombies prennent une photo rapide et hagards, entament la redescente au plus vite. 
    Trop tard pour certains qui n'arriveront pas au camp. 
    [...] Dans ces conditions, je sentais que j’avais froid, que j’étais fatigué, et rien d’autre. 
    [...] J’avais passé moins de cinq minutes sur le toit du monde. 
    ❤️ Paradoxalement, le récit est à la fois une triste peinture de cette folie meurtrière et un formidable roman d'aventures hors du commun.

    Pour celles et ceux qui aiment la montagne, même en colère.
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    BD : La trilogie Nikopol



    La récente exposition Enki Bilal à Landerneau aura été l'occasion de renouer avec les BD de cet auteur et notamment la Trilogie Nikopol : La Foire aux Immortels, la Femme Piège et Froid Equateur.
    Rappelons nous que ces trois albums ont été écrits respectivement, en 1980, 1986 et 1992 ! 
    Pourtant ils n'ont pas pris une ride, ce doit être ça le talent. 
    Enfin si, une ride tout de même : Bilal projette un futur lointain en ... 2023. Aïe, là ça fait mal et on se dit que si les albums n'ont pas vieilli, nous si ! 
    Trois beaux épisodes pour des dessins superbes qu'on ne présente plus et une histoire qui, ma foi, à la relecture tient franchement la route.
    Bilal signe les deux, scénario et dessin, ce qui est assez rare dans le monde de la BD. 
    Une histoire bourrée d'humour (les aliens qui jouent au Monopoly au-dessus de Paris !) et une critique acerbe de notre monde courant à sa perte. 
    À relire impérativement, il ne vous reste que peu de temps avant 2023 !
    Pour celles et ceux qui aiment les belles images et les belles histoires.
    D’autres avis sur Babelio.

    samedi 24 octobre 2020

    Sorbonne plage (Edouard Launet)

    [...] Le pedigree des personnages.

    Sorbonne plage de Edouard Launet (journaliste scientifique) : voici un excellent et opportun contrepoint au gros album sur La Bombe dont on parlait ici même il y a quelques jours. 
    Ce roman historique est en quelque sorte le point de vue 'français' sur la naissance de cette bombe atomique.
    Un point de vue d'autant plus intéressant et original que l'auteur a choisi de nous retracer cette histoire (une "histoire qui commence bien et qui finit mal" comme chacun sait) à travers le prisme des vacances que nos scientifiques allaient passer régulièrement en Bretagne ! Savoureux. 
    Un angle d'attaque où, de l'aveu même d'Edouard Launet, il peut 
    [...] sembler excessif d'aller traquer les prémices de la catastrophe jusque dans les balades en mer et les photos de famille, de donner un arrière-plan dramatique à chacune de ces anodines scènes de vacances. 
    [...] Ces images sont en effet bien banales si l'on fait abstraction du pedigree des personnages qui les composent.
    Pedigree, voilà bien un mot-clé : Launet nous décrit par le petit bout de la lorgnette et de l'historiette, le microcosme très fermé de ces universitaires bardés de diplômes et de prix Nobel, la double-crème de l'intelligentsia française. 
    Aveuglés par leur arrogance, ils refuseront de voir les conséquences de ces recherches, tout comme ils ne verront pas venir les américains qui les devanceront dans la course à la bombinette. 
    Avec cette peinture acide et désabusée, on n'apprendra pas grand chose sur l'histoire de la bombe (l'album déjà évoqué est clairement plus instructif sur ce plan) mais beaucoup sur l'exception intellectuelle franco-française.
    Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire.
    D’autres avis sur Babelio.

    BD : La bombe



    La Bombe : plusieurs scénaristes (dont le journaliste Laurent-Frédéric Bollée), un dessinateur québécois (Denis Rodier), le parrainage du Monde et plusieurs années de travail pour retracer dans ce gros album de 500 pages l'histoire (que dis-je ! l'Histoire) de la bombe atomique.
    Tout le monde est au rendez-vous, des mines du Katanga belge à Los Alamos en passant par Narvik et la bataille de l'eau lourde, tout le monde est convoqué : Einstein, Oppenheimer, Fermi, Heisenberg, ... et toux ceux dont l'Histoire a oublié les noms comme ce général Groves directeur du projet Manhattan. 
    Très vite la course poursuite est lancée (dès avant 1940) et la BD se lit comme un thriller alors que chacun connait pourtant le sinistre dénouement le 6 août 1945 à 8h15. 
    L'histoire est vue du côté US et le bouquin permet de voir comment les américains basculent peu à peu d'une arme de dissuasion face à l'Allemagne nazie (vaincue en 1940) à une arme de domination mondiale ("testée" en 1945, et plutôt deux fois qu'une), une arme qui ne modifia pas vraiment le cours de la guerre mais qui changea assurément le monde. 
    Un album documentaire de référence où les auteurs arrivent à faire passer suffisamment d'émotion pour nous emporter avec le souffle de cette bombe et de cette Histoire.

    Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire.
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    Le grand jeu (Peter Hopkirk)


    Le Grand Jeu
    de Peter Hopkirk
    Après les Alpinistes de Staline, on poursuit notre découverte de cette région méconnue qu'est l'Asie Centrale : le Grand Jeu, c'est celui de la rivalité entre les empires britannique et russe tout au long du XIX° siècle pour la maîtrise de ces montagnes inhospitalières et de ces rivières infranchissables qui donnaient accès aux Indes. 
    [...] Jusqu’alors, les stratèges de Londres et de Calcutta considéraient les grandes montagnes au nord des Indes comme impénétrables.
    [...] Les renseignements militaires, généraux et topographiques recevaient de temps à autres l’aide – non officielle – de jeunes officiers entreprenants et d’autres explorateurs.
    [...] Les Russes s’inquiétaient des activités menées par des officiers, explorateurs et autres voyageurs britanniques dans une région qu’ils en étaient arrivés à considérer comme faisant partie de leur sphère d’influence.
    Le bouquin de P. Hopkirk retrace ces années de guerre froide avant l'heure, entre petits espionnages entre amis et vrais massacres entre ennemis qui façonnèrent notre monde actuel des Balkans à l'Afghanistan et même jusqu'au Xinjiang des Ouïghours : l'auteur ne manque pas une occasion de tracer des parallèles ou des transversales avec les événements de nos siècles plus récents.
    [...] Il faudrait encore un siècle – l’hiver 1979 – pour que les troupes et les blindés russes ne franchissent l’Oxus et ne pénètrent en Afghanistan.
    Le gros pavé de 600 pages pourrait être indigeste mais non, P. Hopkirk sait nous faire partager avec élégance la passion de ces explorateurs intrépides qui parcouraient ces mondes inconnus pour la gloire (parfois !) de leurs Empires respectifs. 
    Loin du pensum historico-géo-politique que l'on pouvait craindre, l'écriture est fluide et la lecture agréable : nul besoin de prendre des notes pour se rappeler les noms de tous les acteurs, les dates de tous les événements ou même les emplacements de toutes les villes.
    L'auteur est un bon pédagogue et l'Histoire y est expliquée comme un roman d'aventures. 
    Les plus curieux se doteront tout de même de quelques cartes pour mieux 'visualiser' la région : tout le monde a entendu parler de Samarcande et des routes de la soie mais personne ne sait trop où situer cela sur une carte. 
    C'est passionnant comme un roman d'aventures et instructif comme une leçon de géopolitique. 
    On s'en doute, la couronne britannique ne sort pas vraiment grandie de tout cela ... Quels dégâts aura donc produit la colonisation occidentale !
    Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire.
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    Terres brûlées (Eric Todenne)


    [...] Une frontière, au milieu du village ?

    Nous voici repartis à Nancy avec le duo qui se cache derrière le pseudo d'Eric Todenne  : le vosgien Eric Damien et l'espagnole Teresa Todenhoefer qui vivent en Allemagne. 
    Avec ce nouveau polar, Terres brûlées, on retrouve la recette du précédent épisode : le flic à l'ancienne Andreani, amateur de jazz, désabusé et un peu alcoolisé, plus vraiment de son époque, qui a la mauvaise habitude d'enquêter hors des clous, remuant d'anciennes pages sombres de notre passé. 
    Après l'Algérie, il sera question cette fois d'Alsace et de Lorraine lorsque les frontières passaient au beau milieu des villages de Moselle, faisant d'anciens voisins de nouveaux ennemis. 
     [...] Bon, la limite, c’était la rivière. Rive gauche, la France, rive droite, l’Allemagne. 
    — Une frontière, au beau milieu du village ? 
    — Oui, c’était comme ça par chez nous. " 
    [...] Et c’est reparti comme en 1914, nez à nez avec leurs voisins d’en face. Parfois même des cousins. Alors j’vous raconte pas, après la guerre, ça pas été joli, joli." 
    [...] On essayait de ne plus trop y penser, à cette foutue guerre. Les boches avaient disparu, la douleur s’estompait lentement, mais les cicatrices ne voulaient pas se refermer." 
    À l'occasion d'un incendie d'apparence anodine, l'inspecteur Andreani va rouvrir d'anciennes blessures mal refermées ... 
    On retrouve avec autant de plaisir le flic solitaire et ses compagnons : la psy, son collègue "geek" et bien sûr le bistrotier lettré du Grand Sérieux, un bar qui existe pour de vrai à Nancy. 
    Une enquête sans esbroufe ni tapage, qui prend son temps, c'est assez rare dans le polar d'aujourd'hui.
    Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire.
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    Les disparus de la lagune (Donna Leon)


    [...] Une île, on ne peut y garder des secrets.

        L'auteure, le livre (360 pages, 2018, 2017 en VO) :

    Avec Les Disparus de la LaguneDonna Leon l'américaine qui adopta Venise, arrive encore à se renouveler.

        On aime :

    ❤️ Voguer à la rame entre les hauts fonds de la lagune : parmi les plus belles pages écrites par l'auteure.

          Le contexte :

    On retrouve bien sûr l'un de nos commissaires préférés Guido Brunetti qui, cette fois, a besoin de prendre du repos et se réfugie seul sur une île de la lagune, loin de la foule et des tracas vénitiens.
    [...] Je passe mes journées à faire de l'aviron ou de la bicyclette, donc je n'ai pas beaucoup de temps pour réfléchir, pour réfléchir sérieusement, et ça me plait bien.

          L'intrigue :

    Cela nous vaut quelques unes des plus belles pages écrites jusqu'ici par Donna Leon où Brunetti goûte tranquillement les charmes de l'été et vogue à la rame vénitienne entre les hauts fonds.
    Il faudra même attendre la moitié du bouquin pour que l'intrigue se noue lentement avec un cadavre retrouvé noyé (mais on serait volontiers resté à ramer au soleil jusqu'au bout !).
    [...] Les autres ont changé de sujet. J'ai senti confusément qu'il y avait là quelque chose qu'un étranger ne devait pas savoir. Ce fut juste une fausse note et je n'y ai pas prêté attention sur le moment. Mais une île, c'est tout petit, et on ne peut y garder des secrets.
    Un épisode un peu dans la veine de Requiem pour une cité de verre (2006).
    Pour celles et ceux qui aiment Venise.
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    Fille de l'air (Fiona Kidman)


    [...] Je vis un rêve.

        L'auteure, le livre (480 pages, 2017, 2013 en VO) :

    Fille de l'air, de la néo-zélandaise Fiona Kidman : la véritable histoire, à peine romancée, de Jean Gardner Batten une pionnière de l'aviation en solo.

        On aime :

    ❤️ Une histoire légère mais prenante, écrite résolument au féminin.
    ❤️ Le très beau portrait d'une femme qui aura traversé les déserts et les océans, le siècle, une grande dépression et deux guerres mondiales.

          Le contexte :

    Douée pour le piano et la danse, elle ne rêvait que d'une chose : voler, voler et battre des records, voler et devenir célèbre.
    À force de courage et d'obstination, contre les vents, l'adversité et même son entourage (seule sa mère la soutenait) elle arrivera à ses fins, pulvérisera bientôt les records tant masculins que féminins et connaîtra enfin la célébrité, celle que l'on surnomma la Garbo des airs ou encore Hine-o-te-Rangi, la fille des cieux en maori.
    [...] Je vis un rêve. Mais c'est un rêve que j'ai fabriqué moi-même."

          L'intrigue :

    L'histoire d'une jeune femme intrépide et indépendante (elle n'a que 25 ans quand elle réussit enfin le trajet Angleterre-Australie en moins de 15 jours), à une époque insouciante et un peu inconsciente (l'aventurière s'est quand même crashée au Pakistan entre chameaux et tribus baloutches!).
    [...] - Ne fais pas l'idiote, ma chérie. Les filles ne volent pas."
    Mais des femmes qui pilotent des avions, il y en avait, Jean le savait, et elle en ferait partie."
    Le voyage à ses côtés est instructif et amusant qui nous fait découvrir ces drôles d'aristocrates néo-zed perdus à l'autre bout du monde, loin de leur chère patrie britannique.
    [...] - Cesse de hurler, Jean. Nous sommes britanniques. Les Britanniques ne pleurent pas."
    Jean Batten réalisa son rêve mais la seconde guerre mondiale changera la donne et elle connaîtra une fin un peu triste, seule et oubliée, loin des feux de la rampe. Sic transit ...
    Un bouquin qui rappelle un peu le Looping de l'italienne Alexia Stresi (excellent, lui aussi !).

    Pour celles et ceux qui aiment avoir la tête dans les nuages.
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