[...] Le résultat est parfois pittoresque.
Un roman qu'on hésite à qualifier de noir tellement il est joyeux, lumineux et tellement on s'y amuse. Le médoquin Yan Lespoux nous invite sur ses terres à prendre un pastis ou un café dans un bar qui serait comme une version landaise de Bagdad-Café, en compagnie d'une ribambelle de loustics qu'on n'oubliera pas de sitôt.
- un roman trop joyeux pour être qualifié de roman noir
- la prose est belle, l'humour est fin, le récit jubilatoire
- les personnages sont de sacrés loustics inoubliables
- quand des ballots de cocaïne s'échouent sur les plages …
L'auteur et le livre (240 pages, août 2026) :
Après s'être aventuré au-delà des sept mers (c'était Pour mourir, le monde paru en 2023), le médoquin Yan Lespoux revient sur ses côtes de Gascogne avec ce petit roman plein d'humour et d'ironie acerbe, Les amateurs, bien dans l'esprit des nouvelles de son premier ouvrage (Presqu'îles paru en 2021).
Un scénario qui serait comme une version côtière et tranquille du roman de l'argentin Nicolás Ferraro (Notre dernière part de ciel, paru en mars 2026 chez Rivages).
L'époque et le décor :
De nos jours dans le Médoc, sur les plages du Golfe de Gascogne, avec au cœur des pinèdes, un café, un bar, lieu stratégique de pittoresques rencontres.
Le pitch et les personnages :
Le récit s'inspire très très librement de ces faits divers où des ballots de cocaïne viennent s'échouer sur les plages des Landes après avoir été largués par des trafiquants aux prises avec des vents contraires ou des garde-côtes trop curieux.
Une fois échoués sur le sable, les ballots de drogue attirent la convoitise d'autres ballots qui pensent pouvoir ainsi se financer facilement une nouvelle vie en échappant tout aussi facilement aux flics et aux sicaires des narcos venus récupérer la marchandise et châtier les téméraires, pour l'exemple …
Cet hiver-là, Yan Lespoux a réuni sur la plage, pour le meilleur mais aussi pour le pire, toute une galerie de personnages hauts en couleurs.
C'est la tenancière d'un petit bar de village fréquenté par les habitués (endroit stratégique pour les rencontres) qui nous raconte ce qu'il s'est passé cet hiver-là. Son boui-boui aux allures de Bagdad-Café est comme « un phare dans la tempête. Le dernier refuge de ceux qui avaient le bonheur, le courage, la folie ou tout simplement pas le choix, de passer leur hiver ici ».
C'est elle qui parle :
« Je connais une grande partie des protagonistes de cette histoire. Suffisamment en tout cas pour me faire une idée de ce qui a pu se passer. Et, pour avoir grandi et vécu dans un bar, j’en sais assez sur l’âme humaine et ses ressorts pour imaginer ce qui a poussé les uns et les autres à faire ce qu’ils ont fait. [...] J’ai aussi le droit d’inventer un peu. Je comble les trous comme je peux, mais surtout comme je veux. Rien ne vous oblige à me croire. Rien ne vous oblige même à croire que les gens dont je vous parle ont existé. Mais si vous êtes passés par ici cet hiver-là, vous savez déjà que ce que je dis est vrai. Ou presque.[...] Même moi je ne peux pas tout savoir. Il est arrivé tellement de cocaïne sur la côte dans ces semaines-là qu’il n’est pas impossible que certains de ses découvreurs soient restés discrets. [...] Le butin inespéré sur lequel ils avaient fait main basse allait provoquer d’inattendues déflagrations, parfois réjouissantes, bien souvent tragiques. [...] Le résultat est parfois pittoresque. D’autres fois, il est seulement désastreux. »
♥ J'aime beaucoup parce que ...
⋯ Yan Lespoux s'est visiblement bien amusé à réunir sur la plage tous ses personnages, sa bande d'amateurs, et il a eu raison : on sourit très souvent et on rit même parfois. Tout cela plaira aux plus difficiles, la prose est belle, l'humour est fin, c'est un roman jubilatoire - comme on dit trop souvent.
⋯ même s'il faut reconnaître que quelques gags tombent un peu à plat (comme la vente de la villa au chirurgien esthétique), beaucoup d'autres sont de vraies perles quand l'auteur met en scène ses personnages aux bonnes têtes de voisins ou d'amis : « ces gens qui sont comme nous, que l’on connaît trop bien et qui nous connaissent trop bien en retour ». Même les méchants sont (presque) sympas.
⋯ le charme du récit tient pour beaucoup à la présence - pourtant très discrète et peu bavarde - de la "maman" qui surveille le tiroir-caisse du bar depuis son fauteuil roulant, stratégiquement placé sous la tête empaillé du sanglier.
⋯ au fil de cette « expédition dans le Far West », le lecteur traversera des pinèdes et des marais, mais aussi des passages fort instructifs comme lorsque l'auteur évoque Bob Denard (et oui, le gars était du coin), « barbouze à la tête de mercenaires plus ou moins bien formés mis au service de la Françafrique », et d'autres moments de pure poésie littéraire comme « ces jours d’après la saison où les après-midi s’étirent alors même que les jours raccourcissent ». Oui, on est hors-saison comme dit la chanson.
Pour celles et ceux qui aiment les ballots.
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Livre lu grâce aux éditions Agullo (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.