Affichage des articles triés par pertinence pour la requête lespoux. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête lespoux. Trier par date Afficher tous les articles

mercredi 26 août 2026

Les amateurs (Yan Lespoux)

[...] Le résultat est parfois pittoresque.


Un roman qu'on hésite à qualifier de noir tellement il est joyeux, lumineux et tellement on s'y amuse. Le médoquin Yan Lespoux nous invite sur ses terres à prendre un pastis ou un café dans un bar qui serait comme une version landaise de Bagdad-Café, en compagnie d'une ribambelle de loustics qu'on n'oubliera pas de sitôt.

  • un roman trop joyeux pour être qualifié de roman noir
  • la prose est belle, l'humour est fin, le récit jubilatoire
  • les personnages sont de sacrés loustics inoubliables
  • quand des ballots de cocaïne s'échouent sur les plages …
❤️❤️❤️🤍🤍 

L'auteur et le livre (240 pages, août 2026) :

Après s'être aventuré au-delà des sept mers (c'était Pour mourir, le monde paru en 2023), le médoquin Yan Lespoux revient sur ses côtes de Gascogne avec ce petit roman plein d'humour et d'ironie acerbe, Les amateurs, bien dans l'esprit des nouvelles de son premier ouvrage (Presqu'îles paru en 2021).
Un scénario qui serait comme une version côtière et tranquille du roman de l'argentin Nicolás Ferraro (Notre dernière part de ciel, paru en mars 2026 chez Rivages).

L'époque et le décor :

De nos jours dans le Médoc, sur les plages du Golfe de Gascogne, avec au cœur des pinèdes, un café, un bar, lieu stratégique de pittoresques rencontres.

Le pitch et les personnages :

Le récit s'inspire très très librement de ces faits divers où des ballots de cocaïne viennent s'échouer sur les plages des Landes après avoir été largués par des trafiquants aux prises avec des vents contraires ou des garde-côtes trop curieux.
Une fois échoués sur le sable, les ballots de drogue attirent la convoitise d'autres ballots qui pensent pouvoir ainsi se financer facilement une nouvelle vie en échappant tout aussi facilement aux flics et aux sicaires des narcos venus récupérer la marchandise et châtier les téméraires, pour l'exemple …
Cet hiver-là, Yan Lespoux a réuni sur la plage, pour le meilleur mais aussi pour le pire, toute une galerie de personnages hauts en couleurs.
C'est la tenancière d'un petit bar de village fréquenté par les habitués (endroit stratégique pour les rencontres) qui nous raconte ce qu'il s'est passé cet hiver-là. Son boui-boui aux allures de Bagdad-Café est comme « un phare dans la tempête. Le dernier refuge de ceux qui avaient le bonheur, le courage, la folie ou tout simplement pas le choix, de passer leur hiver ici ».
C'est elle qui parle :
« Je connais une grande partie des protagonistes de cette histoire. Suffisamment en tout cas pour me faire une idée de ce qui a pu se passer. Et, pour avoir grandi et vécu dans un bar, j’en sais assez sur l’âme humaine et ses ressorts pour imaginer ce qui a poussé les uns et les autres à faire ce qu’ils ont fait. [...] J’ai aussi le droit d’inventer un peu. Je comble les trous comme je peux, mais surtout comme je veux. Rien ne vous oblige à me croire. Rien ne vous oblige même à croire que les gens dont je vous parle ont existé. Mais si vous êtes passés par ici cet hiver-là, vous savez déjà que ce que je dis est vrai. Ou presque.
[...] Même moi je ne peux pas tout savoir. Il est arrivé tellement de cocaïne sur la côte dans ces semaines-là qu’il n’est pas impossible que certains de ses découvreurs soient restés discrets. [...] Le butin inespéré sur lequel ils avaient fait main basse allait provoquer d’inattendues déflagrations, parfois réjouissantes, bien souvent tragiques. [...] Le résultat est parfois pittoresque. D’autres fois, il est seulement désastreux. »

♥ J'aime beaucoup parce que ...

⋯ Yan Lespoux s'est visiblement bien amusé à réunir sur la plage tous ses personnages, sa bande d'amateurs, et il a eu raison : on sourit très souvent et on rit même parfois. Tout cela plaira aux plus difficiles, la prose est belle, l'humour est fin, c'est un roman jubilatoire - comme on dit trop souvent.
⋯ même s'il faut reconnaître que quelques gags tombent un peu à plat (comme la vente de la villa au chirurgien esthétique), beaucoup d'autres sont de vraies perles quand l'auteur met en scène ses personnages aux bonnes têtes de voisins ou d'amis : « ces gens qui sont comme nous, que l’on connaît trop bien et qui nous connaissent trop bien en retour ». Même les méchants sont (presque) sympas.
⋯  le charme du récit tient pour beaucoup à la présence - pourtant très discrète et peu bavarde - de la "maman" qui surveille le tiroir-caisse du bar depuis son fauteuil roulant, stratégiquement placé sous la tête empaillé du sanglier.
⋯ au fil de cette « expédition dans le Far West », le lecteur traversera des pinèdes et des marais, mais aussi des passages fort instructifs comme lorsque l'auteur évoque Bob Denard (et oui, le gars était du coin), « barbouze à la tête de mercenaires plus ou moins bien formés mis au service de la Françafrique », et d'autres moments de pure poésie littéraire comme « ces jours d’après la saison où les après-midi s’étirent alors même que les jours raccourcissent ». Oui, on est hors-saison comme dit la chanson.

Pour celles et ceux qui aiment les ballots.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Agullo (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.  

jeudi 11 février 2021

Presqu'îles (Yan Lespoux)


[...] Ah ! Le premier noyé de la saison !

    L'auteur, le livre (184 pages, 2021) :

Très beau recueil de nouvelles que ce Presqu'îles du médoquin Yan Lespoux.
C'est quelqu'un que l'on connait bien puisqu'il tient le blog Encore du noir, mais le voici qui passe de l'autre côté de la plume, pour la première fois, parrainé par son compatriote Hervé Le Corre.
Un bel essai transformé (on est dans le sud-ouest !) avec ces nouvelles à chute, des textes à l'ironie mordante et caustique.

    On aime :

❤️ Derrière l'humour noir et grinçant, jamais gratuit, perce parfois une ombre un peu désespérée : la solitude de chacun des personnages fait partie du paysage tout comme les pins de Napoléon III.

      Le contexte :

Yan Lespoux nous emmène donc parcourir les dunes de 'son' Médoc, bien loin des châteaux et des vignes, un pays aux hivers froids, humides et pluvieux, un pays de landes, de baïnes et d'étangs où l'on regarde l'étranger franchement de travers. 
Mieux vaut être né dans le coin et avec des bottes en caoutchouc si l'on ne veut pas se faire traiter de bordelais, ou pire de toulousain, ou plus infamant encore, de parisien.
Un pays d'anciens naufrageurs, un pays rude et hostile, où l'on a encore le coup de hache facile et le fusil (de chasse !) en bandoulière.

[...] On lui précisera aussi qu’il faut être prudent et éviter de se promener dans les bois, parce qu’il y a beaucoup de chasseurs.

      L'intrigue :

Les quelques trente nouvelles réunies ici sont très courtes, quelques pages à peine, mais elles s'enchaînent avec une remarquable unité de ton et d'ambiance.
L'auteur se paie même le luxe de les présenter par thèmes !
Chacune est l'occasion de partager quelques instants d'un personnage, le plus souvent un gars du coin, plus rarement un bordelais, et dans les traces de l'auteur, on a un peu l'impression d'aller visiter chacune des maisons d'un village. Chaque rencontre est l'occasion d'une bonne histoire, de quelques bons mots. Remarquable.
La nouvelle la plus instructive nous fera découvrir le naufrage du Cantabria en 1937, un bateau chargé de réfugiés fuyant la guerre d'Espagne.
Les nouvelles les plus étonnantes évoqueront une tradition locale du pays des baïnes :
[...] « Ah ! Le premier noyé de la saison ! » Cette phrase, depuis tout petit, je l’ai entendue, comme il convient, une fois par an. Au moins. Parfois, on oublie qu’il y en a déjà eu un avant. C’est ce qui arrive quand le premier noyé de la saison est vraiment précoce.
[...] Le premier noyé de la saison, c’est un peu comme l’ouverture de la cabane à chichis, la première grosse pousse de cèpes ou la première gelée, ça annonce une nouvelle période, un changement de lumière le matin quand on se lève. Ça rythme l’année. Et puis ça nous rappelle que nous, pendant ce temps-là, on est vivants.

Pour celles et ceux qui aiment les étangs et les bords de mer.
D’autres avis sur Bibliosurf.

mercredi 27 septembre 2023

Pour mourir, le monde (Yan Lespoux)


[...] Le voyage se passa comme prévu. Presque.

    L'auteur, le livre (432 pages, 2023) :

On connaissait le médoquin Yan Lespoux par ses chroniques du blog Encore du noir, mais il nous avait bluffé il y a deux ans avec Presqu'îles, un excellent recueil de très courtes nouvelles, bien ancrées dans ses dunes landaises, livre auquel nous avions décerné un joli coup de cœur.
Alors nul doute qu'il nous fallait embarquer sans tarder à bord des navires de sa majesté du Portugal. Quitte à embrasser cette belle devise : Pour mourir, le monde.

    Le contexte :

Le titre est emprunté à un prédicateur jésuite, António Vieira, chantre des ambitions impérialistes de la couronne portugaise au temps glorieux de la Route des Indes, la Carreira da Índia :
Un lopin de terre pour naître ; la Terre entière pour mourir. 
Pour naître, le Portugal ; pour mourir, le Monde.
Nous sommes au début du XVII° siècle, le Portugal jadis conquérant est désormais rattaché à la couronne espagnole, mais la Casa da Índia continue d'abattre les forêts de l'Alentejo pour les navires de l'armada et d'embarquer tous les hommes qui passent à portée de bâton, [plus ou moins volontairement selon qu’ils avaient quelque chose à fuir ou qu’ils n’avaient au contraire pas réussi à échapper assez vite au regard des recruteurs].
Le roman s'inspire de faits réels historiques dont notamment, le terrible naufrage d'une flotte portugaise sur les côtes landaises en janvier 1627 lors d'une forte tempête, un drame de la mer qui fit près de 2.000 morts.

    On aime beaucoup :

❤️ On aime la prose riche et travaillée mais toujours fluide de Yan Lespoux qui fait la part belle aux termes du passé ou à la culture occitane de sa côte natale, aux traditions des beachcombers de l'époque : [les costejaires et les vagants, ces hommes sans toit qui arpentaient la côte à la recherche d’ambre, de biens échoués, de naufragés et de pèlerins de Saint-Jacques égarés à dépouiller] tout comme [ces gemmeurs petits et nerveux qui couraient les bois pour entailler les arbres et les vider lentement de leur résine tout en les gardant en vie].
❤️ On aime les trois histoires qui s'entrecroisent, véritable immersion dans le monde de la mer au XVII° siècle.
▼ Mais comme bien souvent dans ce genre de roman d'aventures, l'auteur se laisse emporter et le gros bouquin aurait gagné à être allégé de quelques répétitions et longueurs.

      L'intrigue :

Trois personnages, trois destins, et trois rivages à chaque coin du monde.
Fernando s'est enrôlé dans l'armada portugaise pour Goa, le comptoir indien : une vie pleine de bruit et de fureur, de pirates, de canonnades et de périls marins.
[...] Le voyage se passa comme Fernando l’avait prévu. Presque. Ils croisèrent bien un tigre, mais un seul cheval mourut. Et son cavalier. 
Diogo est à peine adolescent lorsque les anglais reprennent São Salvador de Bahia aux portugais sur la côte brésilienne.
[...] Les mercenaires de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales avaient été fidèles à leur réputation. Ils avaient violé, mutilé, détruit, volé, jusqu’à ce que leurs maîtres les rappellent à la niche et en pendent quelques-uns en gage de bonne volonté. Il fallait bien s’attacher les services de la population restée sur place.
Marie est une jeune femme qui tente de se faire une place et survivre parmi les résiniers et les naufrageurs de la côte landaise.
Sans doute le portrait le plus intéressant des trois.
[...] Marie, elle, n’a jamais autant contrôlé sa vie que depuis qu’elle a réussi à s’émanciper de son oncle. Elle le sait, maintenant, elle n’est prisonnière de rien ni de personne. [...] La vie n’est pas toujours facile sur cette côte désolée, mais ni plus ni moins qu’ailleurs et nul ne lui donne d’ordres.
Tout ce petit monde finira bien évidemment par se retrouver au tout début de 1627 pour le meilleur ou pour le pire ...
[...] Nul ne savait plus où on se trouvait entre la France et l’Espagne ni à quelle distance de la côte. Le navire craquait de toutes parts. [...] Tout le monde ici semblait avoir accepté son sort.
[...] Il va y avoir beaucoup d’hommes, beaucoup d’armes et des diamants que tout le monde veut. Le point d’honneur risque de passer après les tractations diplomatiques qui elles-mêmes vont vite céder le pas à la loi du plus fort.

Pour celles et ceux qui aiment les bateaux en bois et ne craignent pas les naufrages.
D’autres avis sur Bibliosurf et sur Babelio.
Mon billet dans 20 Minutes.

vendredi 12 février 2021

Du sable dans la bouche (Hervé Le Corre)

[...] Il n’y a rien de pire que la mort qu’on aurait pu éviter.

C'est la découverte récente du bordelais Yan Lespoux qui nous a aiguillonné pour (re)lire son compatriote Hervé le Corre.
On débute la série avec Du sable dans la bouche, sorti initialement en 1993 (avec une édition révisée en 2013).
Un bon choix qui nous emmène de Bordeaux au pied des Pyrénées, au cœur du pays basque puisque d'autonomistes il sera question ...
Fin 90, alors que gronde le bruit des bombes en Irak, un commando basque franchit la frontière pour venir faire sauter quelques explosifs le long des côtes françaises.
À leurs trousses, un tueur venu d'Espagne, un tueur qui n'aime pas les femmes.
[...] Madrid nie, et a toujours nié avoir engagé des tueurs.
[...] – J’étais plutôt content de le savoir loin, vous savez. Les types qui maltraitent les filles, on n’aime pas trop ça. 
– Il a même failli en tuer deux, précisa Garcia.
Côté français, les différents services de police sont sur les dents après les premières bombinettes et la mort d'un gendarme.
On suivra la cavale des survivants du commando depuis la Gironde jusqu'au piémont. 
Un grain de sable viendra saboter les opérations et tout ça finira pas très bien, mais ça on s'en doute évidemment.
[...] – Vous jouerez le rôle du grain de sable. 
– Ça se piétine, un grain de sable. C’est même fait pour ça. 
– Vous manquez singulièrement d’imagination, pour quelqu’un d’aussi intelligent. Un grain de sable dans une mécanique aussi précise que ce genre d’intervention en devient la pièce maîtresse.
Quelques années plus tard, la vengeance d'une femme viendra ouvrir et refermer cette histoire.
[...] Mathilde marche dans les rues de Bordeaux. Elle est sortie de prison et elle boite.
Le court récit (quelques 150 pages) est sec et serré comme un expresso bien noir, et belle surprise, les femmes y tiennent des rôles de choix comme dans la tragédie d'Antigone habilement convoquée ici.
La prose d'Hervé Le Corre y est remarquable de précision et de maîtrise.
Sur les mêmes thèmes, on pourra relire le bouquin de Marin Ledun, un peu plus politique.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires qui finissent mal en général.
D’autres avis sur Babelio.

lundi 1 janvier 2024

Bonne année 2024 !


Bonne année 2024 à toutes et à tous !

Comme de coutume, on vous souhaite tout plein de bonnes et belles lectures pour cette nouvelle année, et pour bien commencer voici déjà une petite rétrospective de l'an passé, un best-of 2023 où l'on a eu bien du mal à ne sélectionner que quelques unes de nos meilleures découvertes, que du très bon donc pour une sélection où dominent cette année la mer et l'aventure.
Si vous êtes passé à côté, il est encore temps de vous rattraper !
   
► Cliquez sur les titres en gras pour lire le billet original en entier.


Dans notre catégorie polars, toujours bien garnie !, voici quelques repères :

On l'a déjà dit, Olivier Norek est certainement le meilleur auteur français actuel de polars "mainstream" et on tient là l'un de ses meilleurs bouquins, tout simplement.
Territoires pourrait passer pour une histoire de plus sur ces banlieues agitées dont on nous rebat les yeux et les oreilles, aux infos, dans les séries, au cinéma, ... 
On sera surpris par le regard aigu et édifiant de l'auteur sur l'économie de nos banlieues : une démonstration bluffante sur l'aménagement du territoire. 
On dirait presque une vraie-fausse enquête journalistique après les émeutes de 2005. 

D'habitude on n'est pas trop fan des polars dits "historiques", mais celui-ci se passe à Lyon et à une époque pas si lointaine : à la toute fin du XIX°, en pleine affaire Dreyfus, alors que la III° République commence à s'affirmer. 
Gwenaël Bulteau, auteur de noires nouvelles, signe là un premier roman plutôt réussi : La république des faibles, pour une gravure à l'eau forte de la France d'en-bas.

Pour se réchauffer au cœur de l'hiver, on peut partir dans le bush australien avec Jane Harper et son premier roman (de 2017) : Canicule.
Une histoire qui tient plus du roman noir que de l'enquête policière. Une de ces histoires où l'on comprend rapidement que tout est réuni pour que ça finisse mal, que notre héros n'aurait pas du revenir dans ce village où il n'est pas le bienvenu, qu'il ne fallait pas venir remuer la poussière et le sable du désert sous lequel le passé est enterré.
Le portrait d'un petit village du bush australien où tout le monde se connait trop bien et se surveille de trop près, où le climat est plombé par le sable, la poussière et la sécheresse, où l'ambiance est lourde de secrets et de mensonges dont, à l'évidence, il ne sortira de bon.

Dans la catégorie Histoire ou histoires-vraies, quelques belles et instructives découvertes :

Stéphanie Perez est une journaliste et voici son premier roman, plutôt convaincant. 
Son Gardien de Téhéran n'est pas un Gardien de la Révolution, loin s'en faut, mais plus modestement le gardien du musée d'art moderne de la capitale iranienne, un musée créé par Farah Diba, l'épouse du Shah, juste avant la révolution des mollahs guidés par Khomeini.
On révisera notre histoire contemporaine avec notre guide et quelle histoire (vraie) incroyable que celle de cette collection de tableaux !

Paola Nicolas frappe fort avec son premier roman : Les enragés.
À la fin du XIX° siècle, le chimiste Louis Pasteur repose en Italie son cœur à bout de course. À Paris, ses collègues et les médecins de son Institut sont en pleine campagne de vaccination antirabique et injectent à marche forcée le sérum miracle tout en poursuivant les tests sur les chiens et les lapins. 
Toute ressemblance avec ce que nous avons connu récemment ne serait pas fortuite puisque l'auteur a écrit son récit pendant la pandémie : joli coup  pour ce véritable thriller scientifique.

Le journaliste Eric Decouty nous invite à visiter les dessous nauséabonds de la république giscardienne avec un roman documenté et rigoureux : L'affaire Martin Kowal.
Mai 1976, l'ambassadeur de Bolivie est assassiné en pleine rue à Paris. Un attentat revendiqué par une "Brigade internationale Che Guevara". 
C'est le jeune Kowal qui va mener l'enquête tout en sachant bien qu'il est manipulé. Mais qui exactement tire les ficelles et pourquoi ? Qui sont ces fantômes de l'OAS qui rôdent en coulisse ?
Les Brigades internationales ne sont évidemment qu'un leurre bien commode mais qui se cache derrière ? Les rescapés de l'OAS ont fui en Amérique du sud, comme les nazis avant eux, mais quels sont leurs liens inavouables avec les sicaires des dictatures latines installées par la CIA ?

Dans la catégorie aventure, quelques grands voyages et périlleuses expéditions, tirés d'histoires vraies comme les aime. Mais ce sont des lectures qui ne seront pas de tout repos :

Justine Niogret nous conte une expédition en Antarctique, celle qui vers 1910 conduisit trois hommes au désastre : Quand on eut mangé le dernier chien.
Il faudra se laisser happer par ce récit d'une histoire vraie, documentée avec beaucoup de rigueur, mais emportée par la force d'un excellent roman, rédigé d'une plume puissante. Ce bouquin est un coup de cœur, un véritable page-turner, qu'on lira d'une traite, tellement on aura hâte de sortir de l'enfer dans lequel nous aurons plongé avec ses héros. 

Yan Lespoux s'est inspiré du naufrage d'une armada portugaise en 1627 sur les côtes de son Médoc natal pour nous raconter des aventures pleines de bruit et de fureur qui nous emmèneront de Lisbonne jusqu'en Inde à Goa, puis à São Salvador de Bahia au Brésil pour revenir près de Lacanau.
Pour mourir, le monde est un grand roman d'aventures, fort bien documenté, où trois histoires s'entrecroisent, une véritable immersion dans le monde de la mer au XVII° siècle.

L'américain spécialiste du récit de "non-fiction" David Grann nous embarque en 1740 à bord du Wager, vaisseau de l'Empire britannique, en mission secrète pour piller un galion espagnol.
L'expédition sera un fiasco lamentable et les naufragés du Wager échoueront sur une petite île déserte au large du cap Horn. 
Quelle aventure que celle de ces marins partis dans des conditions épouvantables sur les mers furieuses, à la poursuite d'un vain trésor de guerre : on est captivé par la résistance de ceux qui eurent la chance d'en réchapper et leur volonté de survie.
  

Dans la catégorie des îles (et pourquoi pas ?!) voici trois belles pépites sorties du flot des éditions 2023 :

Sorj Chalandon avec L'enragé il s'empare d'une histoire vraie : la révolte de 1934 des enfants incarcérés dans une "maison de correction" (bel euphémisme) de Belle-Île-en-Mer (ah, le charme des îles ...), un ancien bagne de communards. Tout un programme. 
On aimera la rage qui anime le héros du livre et qui jaillit de la prose magistrale de l'auteur : on sent bien que tous deux partagent une enfance maltraitée, le mot est faible. De toute évidence, il fallait un Sorj Chalandon pour raconter l'histoire de l'Enragé, [celle d’un enfant battu qui me ressemble] dira l'auteur, et rarement un livre aura aussi bien mérité son titre. Un livre dur et sans pathos.

Bergsveinn Birgisson est le dépositaire des histoires transmises par son grand-père qui fut, comme le héros du livre, éleveur et pêcheur dans le nord-ouest de l'île.
On appréciera la belle langue de cette Lettre à Helga qui donne à ce monologue toute sa musicalité et qui réussit à transformer cette lettre d'amour en une véritable saga nordique.  
On se passionnera lors de cette immersion dans un siècle d'histoire sociale de l'Islande, pour cette découverte de la vie authentique des éleveurs islandais qui alimentaient la Norvège en gigots d'agneau.
C'est un peu comme une invitation à visiter les coulisses des polars d'Indriðason et consorts.

Restons en Islande avec Joachim B. Schmidt, un petit suisse venu du fin fond des Grisons, tombé amoureux de l'Islande et installé depuis à Reykjavik ! 
On y découvrira l'Islande à travers les yeux de Kalmann, l'idiot du village qui a oublié d'être bête. 
Bienheureux seront ceux qui se laisseront bercer par le rythme lent de la vie de ce petit port de pêche désormais oublié mais qui rêve encore au temps de sa splendeur, quand la pêche au hareng battait son plein et qu'on n'arrivait pas à loger tous ceux qui venaient travailler ici.

Hors catégories, voici quelques très bons bouquins découverts cette année :

Le célèbre norvégien Jo Nesbo délaisse son inspecteur fétiche Harry Hole pour s'attaquer à un gros pavé, un roman noir comme l'on dit.
Leur domaine c'est celui de deux frères qui tiennent station service et ferme d'alpage, tout là-haut dans les montagnes de Norvège.
L'auteur prend tout son temps pour installer une ambiance tendue, sourde, menaçante, celle des huis-clos familiaux plombés de trop lourds secrets. Le drame est fait de non-dits, les dialogues de sous-entendus, le récit de spirales entre passé et présent où l'on découvrira peu à peu différentes vérités.

Il nous faut absolument citer le croate Jurica Pavičić. 
Après L'eau rouge, on aura le plaisir de le retrouver avec cette Femme du deuxième étage où l'on appréciera toujours son talent de conteur désabusé d'histoires tristes. 
On savourera une plume qui fait des miracles malgré le côté sombre et pas très gai de cette histoire qui ressemble à une tragédie grecque. Un roman noir baigné par l'histoire récente et tourmentée de la côte dalmate.
On a même complété ce roman avec un recueil de nouvelles du même auteur : Le collectionneur de serpents. Des nouvelles qui évoquent les guerres qui ont durablement blessé cette région.

Un roman noir très marquant que cette Femme paradis de Pierre Chavagné, du "nature-writing" bien ancré en Occitanie, dans la région d'Uzès.
Une femme mystérieuse se cache en pleine nature, mi-ermite, mi-sauvageonne, une sorte de Robinson Crusoé version féministe et continentale.
Qui est cette femme, quelle était sa vie d'avant, que lui est-il arrivé, et qu'est donc devenu notre monde qui semble lui aussi, avoir basculé dans l'horreur ... ?
Un roman noir très réussi et une histoire coup de poing. L'histoire de cette femme est rude comme la forêt, sauvage comme la nature qui l'entoure.

Et enfin, dans la catégorie BD voici quelques beaux albums découverts cette année qui aura vu se remettre en route notre machine à BD :

Etienne Davodeau est un peu notre dessinateur fétiche et l'on ne pouvait manquer son dernier album : Le droit du sol, un journal de voyage où il raconte et dessine son périple (à pied) depuis la grotte préhistorique de Pech Merle dans le Lot jusqu'au site d'enfouissement des déchets nucléaires de Bure dans la Meuse.
On retrouvera l'humilité de l'auteur, dans ses dessins comme dans ses textes, sa modestie, son autodérision, tout ce qui cache son humanité, sa généreuse culture et son engagement. 

Dans Le serpent et le coyote, on retrouvera les BD "à texte" de Matz qui sait jouer les "écrivains" et qui s'y entend pour nous faire partager la route d'un coyote solitaire comme on les aime : on ne se lasse pas de ces monologues ou de ces dialogues, de ce ton sec et nerveux qui claque et qui est celui des meilleurs romans noirs US. 
Les auteurs se sont emparés ici d'un thème cher au polar noir : le programme US de protection des témoins, le WITSEC (le Witness Security Program) qui offre, aux frais de l'État, une seconde vie aux truands qui acceptent de témoigner contre de pires truands. 

Christian Lacroix dit Lax est un auteur qui signe ses scénarios comme ses dessins. L'université des chèvres est un très bel album dans une tonalité socio-naturaliste qui rappelle un peu le style Davodeau, encore lui.
On découvrira un scénario très astucieux, façon "la boucle est bouclée", qui réussit à croiser les destins, les géographies et les époques sans que cela paraisse artificiel : de 1883 à 2019, une histoire portée par un propos parfaitement maîtrisé. 
Cet album est un élégant plaidoyer pour l'école, la liberté et l'indépendance de l'enseignement. 

Il y a quelques semaines, on avait également préparé une liste de "cadeaux de Noël" : vous y retrouverez le best-of ci-dessus bien sûr, mais également d'autres bonnes idées : c'est ici.

Bonnes lectures, bonnes aventures et bonne nouvelle année !

vendredi 20 novembre 2020

La liste au Père Noël ...


Vous ne savez pas quoi vous offrir à Noël ?
On a essayé de regrouper ici quelques bonnes idées pour celles et ceux qui n'ont peut-être ni l'envie ni le temps de se perdre dans les dédales des blogs et des réseaux.
D'un seul coup d'œil, quelques (très bonnes) idées de bouquins à picorer selon son humeur ou selon ses envies.
Et bien sûr vous ne trouverez là que des coups de cœur parmi les coups de cœur, que du bon, du très très bon !


Si vous aimez plutôt les histoires de marins, ne manquez pas :
Si vous aimez les récits de voyages ce sera :
    et si vous voulez voyager au Japon : le mot-clé dédié au pays du soleil levant
    ou dans d'autres pays d'Asie : avec notre liste des auteurs d'Orient (Chine, Inde, Japon, ...) 
Si vous aimez les polars qui font voyager, partez :
Si vous aimez les bouquins adaptés au cinéma  :
Si vous aimez les espions :
Si vous aimez le sport :
Si vous aimez les bouquins faciles, tous publics, mais 100% plaisir :
    Si vous aimez les histoires de vieux et le 3° âge :
    Si vous aimez les bios, les Vies :
    Si vous aimez les bons, très bons auteurs français :
    Si vous aimez les grands espaces, le nature-writing, façon farouest, partez :
    Si vous aimez le souffle de l'aventure :
    Si vous aimez l'érémitisme, rendez visite à :
    Si vous aimez la peinture, les peintres et leurs modèles :
    Si vous aimez les recueils de nouvelles :
    Si vous aimez les gros romans fleuves, les pavés, les sagas :
    Si vous aimez les histoires avec de l'Histoire dedans, avec un grand H :
    Si vous aimez les histoires de guerre ou l'histoire des guerres :
    Si vous aimez les histoires d'Amour avec un très grand A :
    Si vous aimez les histoires tristes (mais trop bien écrites pour passer à côté) :
    Si vous aimez l'humour avec un grand sourire, parfois féroce :
    Si vous aimez les histoires de fous et de maniaques :
    Si vous aimez les romans épistolaires :
    Si vous aimez les histoires de mecs ou d'hommes :
    Si vous aimez les histoires de nanas ou de femmes :
    Si vous aimez les courts-métrages :
    Si vous aimez les polars sans crime et parfois sans cadavre ni assassin :