[...] Il n’avait pas voulu ça.
Le conteur croate d'histoires tristes est de retour avec un excellent roman qui nous parle d'incendies, c'est hélas d'actualité, mais surtout qui confirme qu'il est un sacré faiseur de personnages fortement enracinés dans l'histoire tourmentée de son pays.
❤️❤️❤️❤️❤️ L'auteur, le livre (432 pages, septembre 2026) :
Cette rentrée littéraire nous offre une excellente occasion de découvrir l'écrivain croate Jurica Pavičić, un auteur que l'on suit depuis sa première traduction en français en 2022 et qui depuis, réalise un parcours sans faute parsemé de coups de coeur.
Allumettes est son dernier roman, le cinquième en français et peut-être bien son meilleur, mais quand il l'a allumé ses žigice en 2024 à Split, Pavičić n'imaginait sans doute pas que sa région natale allait encore flamber en 2026 et que son bouquin allait sortir en France juste après les feux de Gironde ...
La traduction du croate est d'Olivier Lannuzel.
L'époque et le décor :
De nos jours, à Split en Croatie quand des incendies ravagent la région et s'approchent dangereusement de la ville.
Le pitch et les personnages :
Une nuit de grands vents, de terribles incendies enflamment les alentours de Split. Bien vite on soupçonne une action criminelle, peut-être une vengeance ou une magouille immobilière. Une folie certainement au vu de l'ampleur de l'incendie qui tuera même une victime.
[...] Ça n’aurait pas dû se passer comme ça. Il n’avait pas voulu ça.
L'enquête a été confiée au jeune inspecteur Petar Fradelić, tandis que l'expert Stanko Barada est missionné pour déterminer l'origine exacte de l'incendie.
— Vous êtes l’inspecteur du service incendie ?— C’est ça. Stanko Barada.— Petar Fradelić. C’est moi qui suis chargé de l’affaire.
Petar Fradelić est plus futé et tenace qu'il n'y parait, quand à Barada on dit de lui qu'il lit le feu.
[...] Il va y avoir une enquête. Ils ne vont pas traiter ça comme n’importe quel incendie. Ils vont faire les choses comme il faut.[...] Personne n’avait rien vu, personne ne savait rien. Par leur silence, ils protégeaient un cousin, ou un voisin, ou un habitant du village. Les policiers s’étaient pris de front le mur de l’omerta.
Au fil de l'enquête, les chapitres passent alternativement de l'un à l'autre mais bientôt nous ferons la connaissance d'un troisième personnage.
♥ J'aime vraiment beaucoup parce que ...
⋯ parce qu'on reconnait que Jurica Pavičić est un sacré conteur d'histoires tristes et parce qu'on comprend au fil du récit que la force de ses romans noirs et fatalistes n'est pas tant celle de l'intrigue ou de l'enquête policière mais plutôt celle de son talent de faiseur de personnages, denses, fouillés, complexes.
⋯ parce que voilà un auteur qui ancre profondément ses personnages dans l'histoire récente de son pays : récemment l'essor anarchique du tourisme et du capitalisme, mais avant il y a eu la guerre bien sûr, et plus tôt encore, la Yougoslavie communiste de Tito. La Croatie a traversé des périodes difficiles, le pays a connu une histoire tourmentée, et c'est ce lourd passé qui façonne les hommes d'aujourd'hui.
[...] Dès que tu commences à gratter quelque part, tu découvres des fantômes, des squelettes, des zombies d’anciennes sociétés, d’anciennes vies, d’anciens projets et d’anciens plans. Tout cela est mort, mais jamais tout à fait enterré, ça reste dans les limbes où ça continue d’exister à moitié, mais pas complètement.
⋯ parce qu'on découvre ici que lorsque Tito a lancé le Mouvement des non alignés, il a également propulsé les entreprises yougoslaves de BTP à l'international, enclenchant ainsi toute une série d'enrichissements et de spéculations immobilières, au fil des grands chantiers socialistes puis des privatisations douteuses puis du libéralisme sauvage. C'est le décor inflammable de ce drame qui tient plus du roman noir que de l'intrigue policière.
[...] La Yougoslavie donnait aux pays africains et asiatiques l’illusion que quelqu’un dans l’hémisphère nord blanc les écoutait. En retour, ces pays conféraient à la Yougoslavie des privilèges commerciaux. C’était l’empire yougoslave.
Pour celles et ceux qui aiment xxxxxxxxxxxxxxxxxxxx.
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Livre lu grâce aux éditions Agullo (SP).
Ma chronique dans la revue ActuaLitté.