[...] J’aurais jamais dû lâcher les chiens. J’ai merdé.
Cavale pyrénéenne - Voici l'étonnant premier roman d'un très jeune auteur à la plume rageuse et survoltée. Le récit d'une vie manquée, celle d'un jeune qui a voulu s'échapper de l'enfer industriel et regagner les montagnes de son enfance. Un témoignage implacable de la brutalité sociale de notre quotidien.
- Premier roman d'un très jeune auteur à la plume étonnante
- Un jeune violent et colérique vient de péter un câble, le revolver encore chaud.
- Le GIGN aux trousses, c'est le début d'une cavale en montagne.
- Quand on entend tourner les hélicos, les souvenirs remontent ...
L'auteur, le livre (288 pages, janvier 2026) :
Allez il n'est jamais trop tard, voici encore un bouquin repêché de la précédente rentrée littéraire, celle de l'hiver 2026, avec Lâcher les chiens, premier roman du jeune français Antonin Feurté, paru en janvier aux éditions Paulsen et récompensé un peu plus tard au Festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo.
Antonin Feurté n'a que 23 ans, son héros à peine 25.
Le pitch et les personnages :
Valère, 25 ans, vient de péter un câble, sans doute poussé à bout, sans doute un brin parano.
« Neuf ans que je bosse à l’usine. Cinq ans que le père est parti. Trois ans que le petit est arrivé, trois ans que ça part en vrille.[...] C’est nous, les victimes. C’est parce qu’ils ne font rien que j’ai dû me faire justice.[...] Le truc, c’est que j’ai de bonnes raisons de me méfier d’un paquet de gens. »
On ne sait pas encore exactement ce qu'il a fait mais son revolver est encore chaud et il se retrouve en cavale poursuivi par les flics et « même une colonne blanche de 4×4 blindés du GIGN ».
Les chapitres du récit survolté alternent plusieurs timings, à la première personne, celle du “je”.
Avant, c’est le compte à rebours du burn-out à l’usine qui commence « 06:15 avant impact » quelques heures avant le coup de sang, le coup de chaud, le coup de feu.
Après, c’est l’altimètre qui scande les chapitres de la fuite en montagne qui débute à « 1 250 mètres ».
Il y a aussi les souvenirs de la vie d'avant le drame. L'enfance, les parents disparus, un deuil difficile, une petite-amie et même un tout jeune bébé.
Le gars est assez ambigu, tantôt jeune énervé plutôt sympathique, tantôt violent et paranoïaque, et le lecteur ne sait pas trop de quel côté va finir par pencher la balance car on découvre les faits par petites touches, par ce que Valère veut bien nous en raconter, au fil de sa cavale dans les montagnes.
♥ On aime :
➔ Valère on le devine violent, instable, colérique, un peu speedé, il a la haine. Ses pensées sont au diapason de l'écriture hachée, nerveuse, rageuse.
« J’aurais jamais dû lâcher les chiens. J’ai merdé. »
Mais c'est aussi un jeune blessé, au propre comme au figuré, mal dans sa peau, malmené, humilié. Un jeune homme qui voulait juste vivre ses rêves inaccessibles de vie heureuse, apaisée. Alors nous aussi on a envie de lui dire « Calme-toi, Valère. Respire. ».
Peu à peu, on va cerner le bonhomme au fil de sa cavale en montagne et des souvenirs qui remontent. Jusqu'à ce qu'on sache enfin ce qui s'est passé à l'usine et comment tout cela va finir. Qu'on sache enfin qui se cache derrière le forcené paranoïaque que poursuivent les flics du GIGN.
➔ Quand là-haut, on entend tourner les hélicos, la cavale en montagne devient un sacré moment de nature-writing à la française, teinté de survivalisme, qui peut résonner avec les romans de Pierre Chavagné ou encore celui de l'autrichienne Marlen Haushofer.
➔ Il ne faut pas manquer de souligner le travail et le talent d'un jeune auteur quand son premier roman vient bousculer le paysage littéraire, comme ce fut le cas l'an passé par exemple avec Marius Degardin et ses Mandragores.
Deux très jeunes auteurs qui présentent bien des similitudes tant dans l'écriture que dans les thèmes abordés et deux romans qui laissent des traces profondes chez le lecteur.
➔ Je vous laisse découvrir l'enfer l'usine où travaillait Valère mais sachez que l'auteur a lui aussi travaillé ainsi dans une fabrique d'aliments pour chiens et chats, alors laissons lui le joli mot de la fin, tiré de sa postface :
« Il y a quatre ans encore, je travaillais l’été dans une usine semblable à celle de Valère. Je n’avais pas encore l’écriture pour traduire la fatigue de la tâche, la puanteur et les visages des hommes et des femmes qui résistaient depuis des années dans cet enfer industriel. Collègues d'usine, c'est d'abord à vous que je m'adresse. »
Pour celles et ceux qui aiment les jeunes auteurs.
D’autres avis sur Bibliosurf, Benzine et Babelio.
Une interview de l'auteur.
Livre lu grâce aux éditions Paulsen (SP).
Ma chronique dans la revue ActuaLitté.