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lundi 13 octobre 2025

Groenland, le pays qui n'était pas à vendre (Mo Malø)

[...] Avait-on bien compris ?


Pour être sûr que tout le monde a bien compris, même ceux dont la peau vire à l'orange, Mo Malø y va d'une petite fable, en forme de mini-thriller, pour rappeler à tous que le Groenland (pas plus que d'autres pays) n'est à vendre. Une petite leçon salutaire.

❤️❤️❤️🤍🤍

L'auteur, le livre (175 pages, octobre 2025) :

Mo Malø est le pseudonyme exotique d'un auteur bien de chez nous : Frédéric Ploton ou Frédéric Mars (un autre pseudo encore). Un auteur que l'on connait depuis sa série de polars qui nous ont transportés régulièrement au Groenland (la série des Qaanaaq). 
Des polars ethnico-nordiques dans la même veine que ceux d'un autre frenchy, Olivier Truc qui, lui, nous faisait voyager en Laponie.

Le pitch et les personnages :

Cette fois-ci, Mo Malø, aiguillonné par son éditeur, nous plonge dans une dystopie, une anticipation de quelques années où le Groenland est devenu indépendant du Danemark.
Mais ça ne s'arrête pas là : le Premier Ministre vient de se faire kidnapper et ses ravisseurs l'obligent à ... vendre le Groenland aux enchères !
Toute ressemblance etc ... et le lecteur pourra évaluer si l'anticipation se compte en mois ou en années et si la dystopie est vraiment si "dys" que cela ...
Une situation plutôt paradoxale pour ce pays où « de tout temps, la terre n’avait jamais appartenu à qui que ce soit en particulier, mais à la nation dans son ensemble. La notion de propriété individuelle y était inconnue. »

♥ On aime 

➔ Dis donc ! Cette année Mo Malø n'a pas fait dans la dentelle et son thriller démarre à toute allure en nous laissant un peu pantois au départ : le dirigeant, qui vient tout juste de mener son île à l'indépendance, se voit contraint de vendre son pays aux enchères ! 
Avouons tout de même que c'est un peu fort de café ! « Même Hollywood n’aurait pas pu scénariser un truc pareil. »
Les enchères sont diffusées sur internet et organisées par de mystérieux hacktivistes pour trois "grands" (Chine, Russie, États-Unis) et un "petit", le Danemark : « toutes les grandes chaînes d’information étrangères, de CNN à Al Jazzera . Toutes diffusaient sans relâche cet improbable spectacle : la vente aux enchères d’un état souverain. Une tragédie aussi inédite que fascinante, il fallait l’avouer. »
Mais ok, admettons les bases de cette comédie satirique : le lecteur confiant se doute bien que Mo Malø ne va pas se contenter de nous trumper en surfant sur l'actualité mais va plutôt en profiter pour nous instruire des enjeux géopolitiques de la région.
« Ressources naturelles à foison, position géostratégique cruciale, voies navigables dans l’Arctique, espaces infinis, réserves en eau douce… Les motifs d’intérêt ne manquaient pas. »
Effectivement, Mo Malø va nous apprendre à évaluer le "prix", ou plutôt la valeur d'un pays, une valeur qui dans le cas d'un petit pays comme le Groenland, flirte avec celle des plus grandes entreprises comme Toyota ou Nestlé, c'est-à-dire des multinationales aussi puissantes que des états.
➔ Le bouquin est court, une fable, presque une nouvelle et d'ailleurs ne vaut que pour la chute, soigneusement préparée et orchestrée : « Le camouflet était tel, la démonstration si probante, qu’un ange survola la planète tout entière. Avait-on bien compris ? »
➔ Alors, après ce rappel salutaire de Mo Malø, a-t-on bien compris les propos du premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, qui se tenait fin avril de cette année, devant la presse aux côtés de la cheffe du gouvernement danois, Mette Frederiksen, pour rappeler que : « nous ne serons jamais, au grand jamais, une propriété que quiconque peut acheter et c'est le message qu'il me semble le plus important de comprendre ».

Pour celles et ceux qui aiment leur indépendance.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions de La Martinière (SP via NetGalley).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.  

lundi 19 février 2024

L'Inuite (Mo Malo)


[...] L’histoire des enfants‑cobayes du Groenland.

L'auteur, le livre (416 pages, avril 2024) :

Mo Malø est le pseudonyme d'un auteur bien de chez nous : Frédéric Ploton ou Frédéric Mars (un autre pseudo encore). 
Un auteur que l'on connait depuis 2018 et sa série de polars qui nous ont transportés régulièrement au ... Groënland (la série des Qaanaaq).
Des polars ethnico-nordiques dans la même veine que ceux d'un autre frenchy, Olivier Truc qui, lui, nous faisait voyager en Laponie.
Mais revenons en Kalaallit Nunaat (la terre des hommes) pour y suivre Paninguaq Madsen, "un prénom purement inuit, un nom de famille danois –  comme la plupart des habitants du pays".
 [...] – Mais tout le monde m’appelle Panik, ajouta‑t‑elle. Elle sourit. 
– Parce que quand on fait appel à moi, en règle générale, c’est plutôt en urgence.
C'est elle L'inuite du titre, une sage-femme itinérante, une sanaji : là-bas, pas question d'aller en urgence à la maternité (ni où que ce soit d'ailleurs).
[...] Elle est une donneuse de souffle. Anirniq. Elle ne le vole pas, ce souffle ; elle l’offre. Elle permet que d’un rien hurlant encore englué de douleur, chose infime, se façonne un destin –  chasseur, pêcheur, chamane ou prince d’une contrée lointaine, peu importe.

Le contexte :

Mo Malø a pris prétexte d'une histoire-vraie pour bâtir son roman : dans les années 50, le gouvernement danois tente une "expérience" (Eksperimentet ce sera le mot officiel) pour une campagne de "danification" de sa colonie.
[...] L’histoire des enfants‑cobayes du Groenland, c’est ça ?
[...] L’exil forcé d’enfants groenlandais dans les années d’après‑guerre,
[...] Une expérience pilote sur une sélection de petits Groenlandais. Les fameux 22. « L’Expérience ». Tim avait déjà entendu le terme employé au sujet de ces enfants, comme s’il s’agissait de vulgaires souris de laboratoire.
[...] Quand, à cette époque, le gouverneur a décidé d’envoyer vingt‑deux petits Groenlandais pour les « rééduquer » au Danemark, ce sont les pasteurs qui ont servi d’agents recruteurs dans les différents villages concernés.
Il faudra attendre soixante-dix ans pour que la première ministre Mette Frederiksen présente des excuses officielles au nom du gouvernement danois.
Voilà une bien sombre histoire qui rappelle celle des enfants de la Creuse ou encore celle des enfants placés en Suisse pour ne citer que d'autres romans lus récemment, sans parler bien entendu des amérindiens ou des aborigènes.

On aime :

❤️ On apprécie toujours le ton des polars de Mo Malø, jamais horrifiques, toujours documentés et qui, au fil des épisodes, sont de plus en plus ancrés dans la réalité sociale et historique de ce territoire méconnu, plutôt que dans son aimable folklore.
❤️ Évidemment on est ici curieux d'en apprendre plus sur cette "Eksperimentet", cette terrible histoire des enfants du Groënland, symbole de l'attitude coloniale du Danemark envers son territoire d'outre-mer, un territoire qui devra attendre 1979 pour obtenir une relative autonomie par rapport à la Couronne Danoise. 
Cette "expérience" avec les enfants des années 50 va laisser des cicatrices douloureuses qui feront aujourd'hui la trame de ce polar ...
[...] Rien n’a changé dans les rapports entre le Danemark et le Groenland. Nous nous comportons encore et toujours comme des colons avec nos territoires d’outre‑mer. Et surtout, on fait l’impossible, y compris aujourd’hui, pour museler les victimes de nos mauvais comportements.
❤️ On aime l'unité d'ambiance et de ton de cette intrigue qui réserve son lot de fausses pistes et de rebondissements, notamment avec cette étonnante tradition inuite, l'ateq, qu'on ne détaille pas ici pour ne pas divulgâcher mais qui touche à la question du genre très à la mode en ce moment.

Le pitch :

La sage-femme itinérante Paninguaq Madsen, dite Panik, vient d'accoucher une très jeune fille.
Peu après on retrouve Nina Eliassen, la jeune maman, sauvagement égorgée, le bébé confié à des voisins.
Il y a quelques mois déjà, le grand-père Eliassen avait été retrouvé mort, ligoté sous la glace. 
Les Eliassen ont-ils le mauvais œil ? Ou bien est-ce Panik qui accomplit une vengeance venue d'un lointain passé ?
Le flic inuit local, Bjorn Westen, mène l'enquête sans trop se stresser.
[...] Avec ses auxiliaires empotés, ses méthodes d’un autre âge, son absence de rigueur et de moyens techniques décentralisés, il était le représentant d’une police dépassée. D’un ancien monde.
Les autorités danoises, soucieuses d'enfouir tout cela sous la neige, envoient sur place un autre flic, Tim Osterman de la PJ de Copenhague, dans une manœuvre qui ressemble bien à un piège pour éloigner un gratte-papier devenu encombrant et agiter l'épouvantail d'un exil administratif.
[...] – Ils vous ont menacé d’un placard, n’est‑ce pas ? 
– Pardon ? 
– Ça n’a rien de honteux. Ils l’ont fait pour chacun de nous, à l’époque.
Contre toute attente de leur hiérarchie, les deux flics vont finalement former une bonne équipe et mener l'enquête à son terme ou presque, il faut bien que ce pays garde quelques mystères sous la glace.
[...] Sans parler de camaraderie, le climat de défiance avait cédé le pas à une coopération raisonnée. Sans se l’avouer, chacun comptait sur l’autre pour le sortir de l’ornière promise en cas d’échec. Ça n’effaçait pas leurs différences ; cela gommait juste la tension entre eux.

Pour celles et ceux qui aiment les chiens de traineau.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce à NetGalley et aux éditions de La Martinière.
Mon billet dans 20 Minutes.

lundi 1 avril 2024

Krummavisur (Ian Manook)


[...] Il n’aura fait que chanter le Krummavísur.

L'auteur, le livre (416 pages, avril 2024) :   

Ian Manook : ce nom ne nous est pas inconnu puisque c'est celui qui, il y a dix ans, avait signé Yeruldelgger dans les steppes mongoles et qui relançait le genre dit du polar ethnique.
Ian Manook c'est l'un des nombreux pseudos de Patrick Manoukian, journaliste au look de Commandant Cousteau (il écrit notamment sous le nom de Roy Braverman pour des trucs plus américains).
Depuis quelques livres, Manook a délaissé l'Asie centrale pour partir chasser sur d'autres terres sauvages, en Islande, avec une série de polars qui mettent en scène un flic ingérable et controversé dénommé Kornelius Jakobsson. 
On attaque ici par le troisième épisode : Krummavísur, qui peut se lire sans les précédents (dont il serait quand même dommage de ne pas profiter !).
Cet épisode nous emmènera même faire un petit tour au Groenland sur des terres glacées que l'on connait un peu mieux depuis un autre auteur, bien frenchy lui aussi malgré son pseudo : Mo Malø, qui nous avait déjà fait découvrir l'accident de Thulé et l'incroyable Camp Century des américains, que l'on retrouve ici.

♥ On aime :

• Manook est allé chercher tous les clichés connus sur l'Islande (et même le Groenland voisin) pour nous les resservir dans une histoire pleine de bruit et de fureur, de glaces et de tempêtes. Pas sûr que les îliens natifs apprécient vraiment le dépliant touristique mais pour notre part, nous ne bouderons certainement pas notre plaisir coupable. D'autant que tout cela est assaisonné d'un humour caustique bien savoureux, très "second degré". 
• On rigole même franchement avec deux ou trois personnages, comme l'agent Komsi qui caricature un de nos travers de langage bien français (pffff, c'est pas comme si on parlait toujours comme ça) ou encore cet inspecteur Ari, impayable avec ses proverbes idiots tirés des carnets de son grand-père.
[...] — Il s’appelle vraiment inspecteur Harry, comme Clint Eastwood dans…
— Non, Alma, il s’appelle Ari Eiriksson, et il est donc pour moi l’inspecteur Ari.
[...] — Qui aime les œufs ne mange pas de poule.
Kornelius le regarde en écarquillant les yeux.
— Quoi, se justifie Eiriksson, ça veut dire qu’il ne faut pas détruire ce qui nous nourrit, qu’il faut prendre soin de la terre, qu’il…
— J’avais compris, coupe Kornelius. Combien de proverbes a inventés ton fichu grand-père ?
— Sept cent trente-quatre, dans douze carnets reliés.
[...] — Pas la peine de couper les ailes à un mouton, lâche Ari, je vais me trouver une location à Höfn.
— Pas la peine de quoi?
— Pas la peine de chercher à comprendre ses dictons, intervient Kornelius. Son grand-père en a inventé sept cents, tous plus incompréhensibles les uns que les autres.
— Sept cent trente-quatre, dans douze carnets qui…
— On s’en moque, lâche Kornelius.
• On apprécie également que l'auteur brosse un tableau rapide mais assez complet de ces régions (Islande et Groenland) et ne se prive pas de convoquer un peu de géopolitique, même si c'est pour railler copieusement les pays colonisateurs : les US et le Danemark. 
[...] Cette période difficile où se dessine l’indépendance d’un Groenland que la Chine et la Russie convoitent déjà sans vergogne. 
[...] — Tous ces Américains… 
— Les Américains ne peuvent pas être responsables de tout, Kuppik. 
— Peut-être, mais ce sont eux qui donnent l’exemple et qui mènent le monde.

Le pitch :

Tout commence comme dans tout bonne histoire islandaise d'espionnage, par la réapparition de l'épave d'un avion US perdu dans les glaces, façon Opération Napoléon comme l'avait déjà imaginé Indridason.
Dans le même temps, bien loin du glacier Vatnajökull, une autre intrigue se noue à Reykjavik : l'Islande est un village où les secrets ne le restent pas bien longtemps, surtout si l'on est un homme politique bien en vue mais intéressé par les très jeunes filles. 
Manigances politiciennes, avocats véreux, voyous lituaniens, ingérence de la diplomatie US et de ses services secrets, corruption politique, manipulation et dissimulation de preuves, le lecteur a droit à la totale, impatient de voir les deux affaires se rejoindre. Parce que forcément hein ...
Avec un beau dénouement qui emportera tout cela dans le bruit et la fureur de l'île.
[...] Son geste satisfera tout le monde. On pourra penser que c’est un nouveau fardeau lourd à porter pour Kornelius, mais lui s’en moquera et ne se confiera à personne.
Après tout, il n’aura fait que chanter le Krummavísur.
Le Krummavísur est une chanson traditionnelle islandaise qui a été reprise, notamment, par Björk (pour celles et ceux qui aiment les vocalises de Alda Björk Ólafsdóttir moins célèbre que son homonyme !).

Pour celles et ceux qui aiment les glaçons, façon polar on the rocks.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce à 20 Minutes et aux éditions Flammarion.
Mon billet dans 20 Minutes.

mercredi 17 octobre 2018

Qaanaaq (Mo Malo)


[...] Essentiel, pour un flic, son territoire.

Bon déjà faut pas prononcer Qaanaaq mais Hraanaak, même pas la peine d'essayer, c'est évidemment du groenlandais, enfin de l'inuit, bon du kalaallisut quoi.
Ensuite c'est qui ce nouvel auteur nordique, Mo Malø ? Et avec un ø barré ?
Et ben, accrochez-vous au traîneau, c'est le pseudo d'un petit frenchy bien de chez nous. Voilà qui fleure bon le plan marketing bien orchestré pour surfer depuis la banquise sur la vague du polar nordique.
Une fois passé l'arrière-goût de l'arnaque commerciale, reste un polar ethnico-nordique tout à fait honorable et dans la veine de ceux avec lesquels Olivier Truc (tiens, encore un frenchy) nous emmenait en Laponie.
Même si pseudo-Malo est aussi esquimau que je suis lapon, il s'y entend pour mettre en scène son flic danois d'origine inuit qui débarque donc au Groenland pour élucider l'une des rares affaires de la colonie du royaume. L'occasion de faire connaissance avec plusieurs facettes de la vie locale : plateformes pétrolières, magouilles politiques, velléités autonomistes, pseudo-Malo ratisse large.
[...] Et vous, qu’est-ce que vous venez faire ici ? insista-t-elle.
– Moi… ? Il hésitait. Il y avait tant de réponses possibles, la plupart impropres ou prématurées. Puis il se lança :
– Je viens coffrer un tueur en série.
[...] Tout n’était donc pas si apaisé qu’il y paraissait dans la lointaine province polaire de la bonne reine Margrethe.
Sans oublier de nous faire découvrir le passé d'un Groenland qui fut l'un des postes avancés de la lutte du Bien US contre le Mal bolchevique durant la guerre froide (guerre qui, au Groenland, portait bien son nom !).
Nous voici donc partis en traîneau pour explorer les souterrains de glace de Camp Century et les souvenirs de l'accident de Thulé.
[...] Une base souterraine creusée dans l’inlandsis, dotée de six cents missiles balistiques braqués sur Moscou.
[...] - C'est quoi , l'ukiaq ?
- Le jeune hiver, la première saison réellement froide des dix saisons inuites.
[...] - Il y a plus de cinquante mots inuits pour décrire la neige, lui avait expliqué Appu, en chemin.
Une balade touristique et superficielle mais un voyage gentiment organisé dans un pays particulièrement méconnu.

Pour celles et ceux qui aiment les esquimaux.
D'autres avis sur Babelio.