[...] Une opération énorme se prépare à Gaza.
Plongée immersive et enquête policière dans le futur « chantier de réhabilitation de Gaza ».
❤️❤️🤍🤍🤍 L'auteure, le livre (208 pages, octobre 2026) :
Les amateurs de polars connaissent déjà la plume d'Alexandra Schwartzbrod qui signe de nombreux papiers dans Libération sur la littérature policière (entre autres). Elle connait bien le Moyen-Orient où elle a été correspondante pour Libé et s'est lancée elle-même dans l'écriture de romans dont le dernier s'intitulait Les lumières de Tel-Aviv (sorti en 2020).
Pour cette rentrée littéraire, elle nous propose, toujours au Moyen-Orient, un autre thriller d'anticipation : Les fantômes de Gaza.
L'époque et le décor :
Alexandra Schwartzbrod n'anticipe le cours de l'Histoire que de quelques années quand la Bande de Gaza sera vidée de ses derniers Palestiniens pour faire place aux bulldozers du chantier de reconstruction, ou plutôt de construction de la fameuse Riviera promise par le président orange. Les pétrodollars du Golfe attendent avec impatience de nouveaux débouchés fructueux pour transformer un Gaza vidé de ses habitants « en Dubaï de la Méditerranée ».
En attendant, Gaza n'est encore qu'un « no man’s land hanté par le bruit des bombes, les hurlements de terreur des otages et les cris des habitants ».
« Elle observe la ville fantôme, fascinée.– On se croirait dans un western, avec des cow-boys prêts à en découdre, colt à la ceinture, pensant apporter le bien et la civilisation à un territoire livré aux sauvages…– C’est un peu ça, vous ne croyez pas ? »
Le pitch et les personnages :
On va suivre Eli Bishara dans une cavalcade effrénée dans les tunnels de Gaza, du moins ceux qui ont résisté aux bombes israéliennes. Un « Palestinien d’Israël et flic sur la touche », en résumé c'est un « ex-flic, contraint de s’abaisser à offrir ses services en tant qu’officier de sécurité ». Il s'est fait « enrôler à Gaza dans les forces supplétives de la police. Sa mission : surveiller la sécurité de la zone-vie ».
On lui a fait passer un message : « une opération énorme se prépare à Gaza », mais est-ce qu'il a pu se laisser piéger, manipuler ? « Eli Bishara a compris : s’il est découvert, on ne le laissera pas sortir de là vivant ».
À Jaffa (désormais quartier sud de Tel-Aviv), sa compagne israélienne Ana Güler reste sans nouvelles de son amie Shirin, disparue dans les attaques du 7 octobre. Mais elle n'est pas du genre de Pénélope à attendre chez elle le retour sain et sauf d'Eli.
♥ J'aime un peu parce que ...
⋯ parce que on ne peut évidemment que s'intéresser à la tragédie qui bouleverse cette région depuis longtemps mais qui frappe encore plus intensément depuis trois ans : « les attaques du 7 octobre resteront dans l’histoire comme un acte monstrueux, impardonnable, qui a réveillé la peur viscérale des Israéliens d’être éradiqués de nouveau, et dont le peuple palestinien a payé un prix démentiel, quasi existentiel ». Israéliens et étasuniens ont sans doute forgé plusieurs générations de "terroristes" qui auront perdu un frère, un père, un grand-père, dans les représailles à Gaza. Les plus optimistes pensent qu'il « faudra sans doute laisser passer une génération, peut-être même deux ». D'autres préfèrent dire que « tant qu’il restera un Palestinien vivant ils ne seront jamais en sécurité, celui-ci ne pensera qu’à venger les siens »,
⋯ parce que en bonne journaliste, Alexandra Schwartzbrod prend le soin de donner la parole aux uns et aux autres et de nous donner à mesurer le fossé sans fond qui sépare désormais des camps irréconciliables,
⋯ mais j'aime moins parce que ce court récit n'est pas le thriller trépidant que j'attendais, l'intrigue policière est un peu faible et n'est que le prétexte pour nous expliquer les enjeux souterrains de ces territoires trop convoités,
⋯ c'est plus un conte, une parabole qui nous fait comprendre que la (re)construction de cette fameuse Riviera n'est sans doute pas pour demain matin : « ce territoire en est mort de toutes ces haines macérées ».
Pour celles et ceux qui aiment comprendre.
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Livre lu grâce à La manufacture de livres (SP).
Ma chronique dans la revue ActuaLitté.