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jeudi 29 octobre 2026

Les mouettes : mission Bakou (Thomas Cantaloube)

[...] Hors de question de céder à la panique.


Troisième (et dernier ?) épisode de la série littéraire dérivée du fameux Bureau des Légendes. De Paris à Bakou en Azerbaïdjan, la route de l’espionnage passe par Nouméa.

❤️❤️❤️❤️🤍 

L'auteur, le livre (320 pages, octobre 2026) :

En 2024, les éditions Fleuve noir avaient lancé une série littéraire, un spin off, dérivée de la fameuse série tv Le Bureau des Légendes dont l'écriture avait été confiée au journaliste-écrivain Thomas Cantaloube que l'on connait déjà pour ses thrillers géopolitiques.
La série s'ouvrait avec Les mouettes - mission Lybie (un premier épisode un peu long à se mettre en place, comme c'est souvent le cas quand il faut démarrer une nouvelle "saison") et en 2025, ce fut Les mouettes - mission Iran (beaucoup plus réussi). Voici donc la troisième mission : Les mouettes - mission Bakou (la série était annoncée comme une trilogie : ce serait donc la dernière hélas !)
Les mouettes, c'est le surnom de ces commandos de la DGSE qui sont chargés, en terres étrangères, des basses besognes de notre chère république.

L'époque et le décor :

Aujourd'hui pour aller du Boulevard Mortier jusqu'à Bakou, le chemin le plus direct passe ... par Nouméa et la Nouvelle-Calédonie ! Oui, souvenez-vous pendant les émeutes indépendantistes de 2024, les drapeaux azerbaïdjanais fleurissaient parmi les manifestants : la dictature éclairée d'Azerbaïdjan soutenait la Kanaky pour faire suer l'État français qui avait pris position en faveur du Haut-Karabakh arménien (le monde est petit !). Voilà qui explique le voyage de nos héros de Paris à Nouméa jusqu'à Bakou !
« Le président Aliyev n’aime pas nos déclarations publiques à propos du Haut-Karabakh ni nos liens avec l’Arménie, et il souhaite que la France modère ses propos. »

Le pitch et les personnages :

Comme dans toute bonne série, on va pouvoir retrouver nos personnages préférés.
Yannick Corsan, le héros, 35 ans, qu'on surnomme Icare (ça lui va bien, il est un peu tête brûlée), toujours en conflit avec sa hiérarchie et qui n'a jamais vraiment fait le deuil de la disparition très très mystérieuse de son épouse, Clarisse.
« Il était militaire. Un soldat d’élite, même. Hors de question de céder à la panique. Il était surentraîné pour garder son sang-froid en toutes circonstances. »
Sa chérie du moment, Mélanie, est une collègue (ce qui ne se fait pas trop à la DGSE), une droniste, qui ne fait pas partie des commandos mais va se trouver embarquée avec Corsan. Et puis bien sûr, les patrons du Service Action comme Marie-Jeanne Duthilleul (rappelez-vous, c'était Florence Loiret Caille à l'écran) ou Marcel Gaingouin (Patrick Ligardes). 
Si vous vous souvenez de l'épisode précédent, l'un des membres du Service Action a disparu en Algérie, peut-être a-t-il trahi, peut-être a-t-il été kidnappé par les iraniens, ... en tout cas Boulevard Mortier, c'est la cellule de crise.
« Le colonel Hector Feyder, un des pontes du Service Action de la DGSE, après avoir disparu en Algérie, semblait avoir fait défection en faveur des Iraniens.  [...] Hector s’était évanoui dans la nature et personne ne savait où il se trouvait. »
Et surtout que cachent les mystères autour d'Hector et de la disparition de Clarisse ?
« À titre personnel, Corsan était d’autant plus accablé qu’il avait découvert récemment qu’Hector Feyder était l’oncle par alliance de Clarisse.
[...] Pourquoi Hector, Icare et Clarisse figuraient-ils sur un relevé d’écoutes d’une rencontre clandestine entre Azéris et Iraniens ? »

♥ J'aime beaucoup parce que ...

⋯ parce que au fil des épisodes, Thomas Cantaloube a réussi à bien roder sa série : tout est en place, les personnages sont solides, le rythme est au rendez-vous. On se cale dans son fauteuil en sachant que l'on va passer un très bon moment, exactement comme devant un bon film. 
⋯ parce que la prose de Cantaloube est toute au service de son récit pour aller droit à l'essentiel, peut-être est-ce dû à son expérience de journaliste. Ses romans sont très soigneusement documentés, très vraisemblables, et sans jamais que cela pèse sur la lecture, il réussit à faire passer dans ses polars toute sa connaissance des conflits, des zones de crise, de la géopolitique contemporaine. Chaque épisode s'inscrit dans l'actualité même de l'époque de sa parution : c'est pour le lecteur, l'assurance d'en apprendre un peu plus chaque fois, comme ici sur l'Azerbaïdjan.

Pour celles et ceux qui aiment la géopolitique.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Fleuve Noir (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.  

mercredi 20 août 2025

Les mouettes - Mission Iran (Thomas Cantaloube)


[...] Leur mission avait été bancale dès le départ.

Second épisode du feuilleton littéraire dérivé de la fameuse série tv Le Bureau des Légendes. Une aventure très réussie où Cantaloube, très documenté comme d'habitude, porte un regard un peu nouveau sur cet Iran qui est toujours, hélas, au cœur de l'actualité.

❤️❤️❤️❤️🤍

L'auteur, le livre (304 pages, août 2025) :

En 2024, les éditions Fleuve noir ont lancé une série littéraire, un spin off, dérivée de la fameuse série tv Le Bureau des Légendes et l'écriture en a été confiée au journaliste-écrivain Thomas Cantaloube que l'on connait déjà pour ses thrillers géopolitiques comme Requiem pour une République ou encore Frakas.
Le premier épisode s'intitulait Les mouettes - mission Lybie, et voici la suite avec Les mouettes - mission Iran.
Les mouettes, c'est le surnom de ces commandos de la DGSE qui sont chargés, en terres étrangères, des basses besognes de notre chère république.

Les personnages :

Comme dans toute bonne série, on va pouvoir retrouver nos personnages préférés.
Yannick Corsan, le héros, qu'on surnomme Icare (ça lui va bien, il est un peu tête brûlée), toujours en conflit avec sa hiérarchie depuis « ses récentes sorties de route en Serbie, au Sahel » et qui n'a jamais vraiment fait le deuil de la disparition un peu mystérieuse de son épouse, Clarisse.
Sa nouvelle chérie Mélanie, une « spécialiste rattachée à la direction technique », une droniste, qui ne fait pas partie des commandos mais va se trouver embarquée avec Corsan même si « la définition de son poste à la DGSE n’incluait pas le jogging nocturne en terrain hostile ».
Et puis bien sûr, les patrons du Service Action comme Marie-Jeanne Duthilleul (c'était Florence Loiret Caille à l'écran) ou Marcel Gaingouin (Patrick Ligardes). Les fans auront même la surprise de voir apparaître (sur le papier !) Phénomène, « l’espionne à la voix fluette », mais je n'en dis pas plus.

Le pitch :

À la fin de l'épisode précédent, on avait laissé le colonel Hector Feyder, un collègue de Corsan, en bien mauvaise posture à Alger : il avait été enlevé par des affreux.
La DGSE cherche tous azimuts dans quelles mauvaises mains il peut bien être retenu comme otage ...
Dans le même temps les nord-coréens sont en train de livrer aux iraniens de quoi faire voler leur future bombinette : le bouquin a sans doute écrit il y a plusieurs mois, mais l'actualité a bien vite rattrapé la fiction et ce dossier Iran est donc on ne peut plus actuel ! 
Alors que tout le monde s'affaire à retrouver l'otage Hector, les patrons tirent Corsan du placard où il était en punition et l'envoient avec quelques collègues intercepter le convoi coréen avant la frontière iranienne.
Bien entendu les lecteurs avisés savent bien que rien ne va se dérouler comme prévu et que Cantaloube nous a concocté un scénario aux petits oignons : « leur mission avait été bancale dès le départ : précipitée, hasardeuse et mal dirigée. Elle rejoindrait dans leurs archives les dizaines d’autres qui avaient été interrompues ou qui avaient tout bonnement échoué, parfois gravement, parfois sans dommages ».
Corsan serait-il en train de « en train de mener sa "mission de trop", celle qui lui échappait » ?
Et puis tout comme dans l'épisode précédent, la dernière page recèlera une petite surprise qui viendra relancer le suspense de cette série. Vivement la suite ! 

♥ On aime beaucoup :

➔ Voilà un épisode beaucoup plus réussi que le précédent où le lecteur peinait un peu à renouer avec la série, les différentes intrigues et les personnages : c'est un peu le problème des premiers épisodes, qui doivent à la fois relancer l'histoire et poser les bases de la nouvelle saison.
Depuis la mission Sahel, c'est chose faite, et dans cet épisode qui peut éventuellement se lire indépendamment du précédent,Thomas Cantaloube peut maintenant déployer tout son art dans une nouvelle région :  le Baloutchistan, "partagé" arbitrairement entre le Pakistan, l'Afghanistan et l'Iran. Le refrain est malheureusement connu : « on continuait à se battre sur tous les continents à cause de traits de crayon intempestifs dessinés sur des cartes un ou deux siècles auparavant par des aristocrates ou des diplomates, dont certains n’avaient jamais mis les pieds dans les lieux dont ils avaient la charge ».
Oui, on tient cette fois un excellent thriller d'action où les différentes intrigues (l'otage, le convoi iranien, le passé du héros, ...) s'imbriquent parfaitement. Le lecteur, bien calé dans son fauteuil, peut enfiler son treillis et lacer ses rangers en toute confiance, c'est parti pour une mission à haut risque !
➔ Mais on sait bien que Cantaloube n'est pas un auteur ordinaire de thrillers, même inspirés de l'actualité brûlante, c'est aussi un excellent pédagogue et il aura l'occasion ici de nous faire partager un point de vue original, un peu décalé et donc passionnant, sur l'Iran car « contrairement à ce que laissait entendre sa catégorisation en tant que pays du "Sud global", euphémisme bien-pensant remplaçant les concepts de "pays en développement" ou de "tiers-monde", l’Iran fonctionnait comme la plupart des nations développées ».
« [...] Nous savons tous très bien que, si les Iraniens veulent vraiment la bombe, ils l’auront. S’ils veulent vraiment des missiles performants, ils les construiront. Je n’ai aucune confiance ni aucune sympathie envers les mollahs qui gouvernent cette nation, mais on ne cesse de traiter l’Iran comme un pays du tiers-monde à moitié cinglé et marginal alors qu’il s’agit d’une grande puissance dotée de ressources économiques, militaires, commerciales, et surtout intellectuelles. On a affaire à des Perses dont l’histoire est aussi riche que celles des Romains et des Grecs. »

Pour celles et ceux qui aiment la géopolitique.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Fleuve noir (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.  

mercredi 4 septembre 2024

Les mouettes - mission Lybie (Thomas Cantaloube)


[...] C’était un gros coup, chacun en convenait.

Un roman qui s'inscrit comme suite de la fameuse série tv Le Bureau des Légendes, un spin-off comme on dit pour faire genre : de quoi ravir les nombreux fans de la série tv.

L'auteur, le livre (334 pages, août 2024) :

Rentrée 2024.
Les éditions Fleuve noir ont eu l'excellente idée de lancer une série livresque dérivée de la désormais mythique série tv Le Bureau des Légendes. 
Un spin off, comme on dit pour faire genre : de quoi ravir les nombreux fans de la série tv.
Et pour ce premier épisode intitulé Les mouettes, la réalisation a été confiée au journaliste-écrivain Thomas Cantaloube, un reporter de guerre qui connait bien les Balkans et le Sahel et que l'on connait déjà pour ses thrillers géopolitiques comme Requiem pour une République ou encore Frakas.

Le contexte :

Deux groupes islamistes tiennent le désert sahélien sous leur coupe : le GSIM, Groupe de Soutien à l'Islam et aux Musulmans, organisation salafiste affiliée à Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) ainsi que l'EIGS, l'État Islamique dans le Grand Sahara, qui lui dépend de l'État Islamique.
Au Sahel fin 2022, l'opération Barkhane est officiellement terminée au Mali et les forces françaises ont quitté le pays (laissant le champ libre aux mercenaires de Wagner) pour opérer de manière limitée depuis le Niger.
En 2023, l'armée française quittera également le Niger, mais ceci est une autre histoire.
[...] Depuis que la France avait décidé d’endiguer la menace conjuguée des terroristes islamistes et des séparatistes touaregs galvanisés par l’effondrement de la Libye suite à l’intervention occidentale (version officieuse), l’opération Barkhane, succédant aux opérations Serval et Épervier, représentait l’une des plus importantes Opex de la France des dernières décennies. Le repli contraint de 2022 sur le Niger en avait réduit l’empreinte.

♥ On aime :

➔ Bien sûr on est ravi de retrouver dans ce bouquin une partie du "casting" de la célèbre série, comme Marie-Jeanne Duthilleul par exemple (c'était Florence Loiret Caille) qui avait pris la tête du Bureau ou encore Jonas Maury (le geek qui était incarné par Artus). 
Mais cette fois-ci, c'est plutôt Marcel Gaingouin (Patrick Ligardes à l'écran) qui va nous accompagner au cœur du Service Action, au cœur des commandos chargés des basses besognes de notre nation en terres inconnues, ceux que l'on surnomme Les Mouettes. 
[...] Les éboueurs avaient le droit à l’erreur. Pas les Mouettes, le surnom que se donnaient les membres du SA.
➔ En bon professionnel du thriller, Thomas Cantaloube prend tout le temps nécessaire pour nous rappeler la géopolitique agitée du Sahel de même que les coulisses de l'organisation de ce fameux Service Action à l'histoire mouvementée. C'est même tout l'intérêt de ce bouquin que de nous rappeler les tenants et aboutissants de ce qui se joue pour nos soldats dans les pays de la zone sahélienne.
[...] Jusqu’à l’orée des années 2000, la DGSE et son prédécesseur le SDECE ne jouissaient pas d’une grosse réputation. [...] Les espions tricolores avaient trop longtemps barboté dans la marmite des barbouzeries gaullistes avant de se laisser embringuer dans les politicailleries mitterrandiennes, passant au mieux pour d’habiles bricoleurs, au pire pour des clones d’OSS 117 version Jean Dujardin. C’était finalement les attentats du 11 septembre 2001, et les différentes et mal-nommées « guerres au terrorisme », qui avaient redoré le blason de la Boîte.
➔ Nous voici au lancement d'une nouvelle saison de la série : cet épisode doit donc remettre en scène les personnages avec leurs passés, décrire le nouveau contexte, disposer les pièces de la nouvelle intrigue, ...
Les fans du Bureau des Légendes seront peut-être déconcertés par le focus mis sur les fameux commandos du Service Action (plutôt que les intrigues parisiennes) mais le récit de guerre est impeccablement maîtrisé et on imagine très bien ce que cela va donner à l'écran.
Et bien sûr comme dans toute bonne série, il est d'usage que la fin de l'épisode annonce une suite : mais alors là, chapeau !, Thomas Cantaloube se permet un sacré twist dans les toutes dernières lignes ! 
On n'a rien vu venir et on ne peut que trépigner en attendant la suite !

Le scénario :

La DGSE a réussi à infiltrer l'une de ses dernières recrues au sein d'une Katiba islamiste du GSIM : c'est Alassane Cissoko, connu sous le nom de code de Canaque, désormais une précieuse source de renseignements.
Mais les mouvements des djihadistes vont compromettre sa couverture, sa légende, et la DGSE est obligée de l'exfiltrer.
[...] Tous les services secrets de la planète abandonnaient, avaient abandonné ou abandonneraient un jour une source en cas de danger pour l’organisation. Les sources faisaient office de fusibles. On tentait de les préserver le plus longtemps possible, mais dès qu’elles mettaient en péril l’intégrité de l’installation électrique, on les débranchait.
Bien entendu l'opération ne sera pas de tout repos, on s'en doute !
[...] — Bref, nous effectuons une manœuvre préventive.
— En quelque sorte.
— Mais risquée ?
— Dans notre métier, il n’en existe pas d’autres.
[...] Notre principal problème sera de devoir naviguer entre l’armée malienne, les mercenaires russes de Wagner, et les successeurs de Barkhane qui continuent de mener des actions dans la zone depuis le Niger.
C'est le capitaine Yannick Corsan qui mène l'opération. Un soldat valeureux mais pas tout à fait clean avec son passé douloureux et tourmenté ...
[...] — Tu n’es pas sérieuse ? ! s’insurgea le général.
— Corsan n’est pas fiable, Marcel ! Il prend des initiatives à l’emporte-pièce et ça casse plus souvent que ça ne passe.

Pour celles et ceux qui aiment les Légendes (celles du Bureau).
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Fleuve (SP).
Ma chronique dans les revues ActuaLitté , Benzine et dans 20 Minutes.

jeudi 19 septembre 2024

Vive la Rentrée ! (littéraire 2024)


Nos coups de cœur de la rentrée littéraire 2024 :

Difficile de s'y retrouver dans ces événements marketing de "rentrée" un peu artificiels, où près de 500 ouvrages font leur sortie à grand renfort de coups médiatiques pour les signatures les plus "bankables".
Pourtant cette année, on y a trouvé quelques très très belles plumes que l'on vous propose ici.

Cliquez sur les liens pour découvrir nos chroniques de lecture ou bien directement sur ce lien global.

♥ On a particulièrement aimé dans cette rentrée :

• Terres promises de Bénédicte Dupré la Tour : le farouest revisité par une plume très féminine et assurément l'une des plus belles plumes lues cette année.
• L'invisible madame Orwell de Anna Funder : une édifiante dissection du couple Orwell pour réhabiliter l'épouse du "génial" écrivain.
• Les guerriers de l'hiver de Olivier Norek : le récit véridique de la légende de La Mort Blanche, surnom du sniper finlandais qui fit trembler l'Armée Rouge en 1939.
• Les enfants loups de Vera Buck : un roman noir avec une puissante histoire, particulièrement bien racontée par l'une des plus belles plumes de cette rentrée.
• Les deux visages du monde de David Joy : l'américain continue son analyse de la société actuelle étasunienne avec ce roman sur le racisme ordinaire, celui qui souvent s'ignore.
• Le pouilleux massacreur de Ian Manook : l'auteur de polars ethniques change de registre et nous donne un roman quasi autobiographique sur sa jeunesse dans la banlieue parisienne en 1962.
• Nul ennemi comme un frère de Frédéric Paulin : premier ouvrage d'une série de romans sur l'Histoire du Liban, qui vient à point nommer pour éclairer les conflits actuels.
• Les mouettes de Thomas Cantaloube : premier épisode dérivé (un spin-off) de la célèbre série tv Le Bureau Des Légendes.
• Les âmes féroces, le second roman de Marie Vingtras après Blizzard.
• Le premier renne de Olivier Truc : un nouvel épisode plutôt réussi de "la police des rennes" autour de la gigantesque mine de Kiruna, entre Suède, Norvège et Finlande, au cœur du territoire des Sami.
• La barque de Masao  du français Antoine Choplin : un douce parenthèse dans le tumulte de la rentrée avec cette tendre rencontre entre un père et sa fille, longtemps séparés.
• Le bruit de nos pas perdus de Benoit Séverac : un polar plein d'humanité et de bienveillance qui nous change des thrillers habituels.
• Mesopotomia d'Olivier Guez : le destin exceptionnel de Miss Gertrude Bell, l'anglaise qui créa le Moyen-Orient moderne et l'Irak, captivant et passionnant ! Lauwrence d'Arabie au féminin.
•  Mater Dolorosa de Jurica Pavičić : un roman noir fataliste au cœur d'une Croatie meurtrie.
•  Jour de ressac de Maylis de Kerangal : coup de cœur pour la prose soignée de cette auteure et son invitation à déambuler dans les rues du Havre.
• Leo de Deon Meyer : un vrai film hollywodien, avec deux braquages pour le prix d'un. Le maître du polar sudaf se renouvelle !
• Surfacing de Clea Koff : un polar classique d'une auteure dont le parcours ne l'est pas du tout - elle a travaillé pour le TPI au Kosovo et au Rwanda pour identifier les cadavres exhumés des charniers !

mardi 21 avril 2026

Ombres chinoises (Olivier Mas)

[...] Une partie mal engagée.


L'espionnage ordinaire raconté par un ancien de la DGSE. Pas d'effets spéciaux pyrotechniques, pas d'opération commando, mais une partie d'échecs captivante pour tenter d'approcher un espion chinois.

❤️❤️❤️❤️🤍 

L'auteur, le livre (416 pages, mars 2026) :

La fameuse série tv Le bureau des légendes n'en finit pas de faire des petits.
Il y a bien sûr le spin-off littéraire très officiel mené par Thomas Cantaloube : Les mouettes, avec déjà deux épisodes parus chez Fleuve Noir en 2024 (en Lybie) et 2025 (en Iran).
En voici une autre déclinaison, cette fois par un ancien de la DGSE : Olivier Mas, un espion passé de l'autre côté du stylo, il anime d'ailleurs une chaîne youtube (Talks with a Spy).
Ombres chinoises n'est pas son premier roman et va nous emmener en Côte d'Ivoire, comme l'avait déjà fait l'an passé le journaliste Antoine Glaser avec une autre histoire d'espionnage, Sombre lagune (2025 - Fayard).
L'époque de la Françafrique est peut-être révolue, mais les intérêts géopolitique des grandes puissances sur ce continent restent visiblement toujours d'actualité.

Le pitch et les personnages :

Le chef de poste à Abidjan termine ses trois ans sur place et rentre à Paris.
La Direction de la DGSE choisit d'envoyer Solange pour le remplacer.
Sa feuille de route est simple : recruter un espion chinois, Chen, qu'une source locale, Koffi, a déjà pu approcher. 
Nom de code de l'opération, vous l'avez deviné : Ombres chinoises.
« Il avait tenté de s'accrocher à cette opération Ombres chinoises pour retrouver une motivation. Un nom de code prétentieux pour une piste à peine ébauchée. »
Mais dès les premières pages, Olivier Mas nous a prévenus : ça ne va pas se passer si simplement, au point qu'à mi-parcours tout pourrait bien basculer, y compris l'échiquier où se déroule la partie ...
Mais nous sommes persuadés qu'un « bon joueur d’échecs disposait toujours de parades improbables pour renverser une partie mal engagée ».

♥ On aime :

➔ Allez, disons le tout de go, la très belle couverture du bouquin ne vient pas annoncer le nouveau John Le Carré et la plume d'Olivier Mas ne prétend pas révolutionner le genre. 
Cela reste très classique et ses longues descriptions de personnages tout comme ses photos pittoresques d'Abidjan sentent un peu les figures imposées. Mais ...
➔ Mais bien vite on va se retrouver complètement captivé par cette immersion dans les coulisses de la DGSE. 
Les intrigues de couloirs, les rivalités entre les bureaux, les tractations entre les différents services (renseignement, contre-terrorisme, civils et militaires, contre-espionnage, bureau Afrique ou Asie, ...), tout cela est rendu avec un réel souci du détail vraisemblable et un sens certain du dialogue argumenté (comme lorsque la voix intérieure du personnage vient parfois expliquer le raisonnement).
Cet angle d'approche, cette vue de l'intérieur, délaisse le côté thriller et le cliché jamesbondien auxquels on pouvait s'attendre pour nous embarquer dans une description minutieuse du travail de renseignement français qui n'est souvent qu'une routine, parfois ingrate.
➔ À plusieurs reprises, l'auteur et ses personnages évoquent le jeu d'échecs ou le jeu de go. Et c'est bien cette partie en jeu qui nous captive : la cheffe de poste en place à Abidjan et son équipe vont tenter de cerner l'espion chinois. 
Il n'y a là que de l'humain, du psychologique, du relationnel, mais « ces semaines de chasse à l’homme avaient porté tout un groupe d’experts vers les sommets ».
Avec Olivier Mas pas d'effets spéciaux, pas d'expédition commando au fin fond de la brousse, cet auteur a fait de la vraisemblance ordinaire son fonds de commerce en s'appuyant, on l'imagine, sur sa propre expérience du métier.
Et c'est tout simplement passionnant.

Pour celles et ceux qui aiment Le bureau des légendes.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Flammarion (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine, CulturAdvisor et ActuaLitté.