mercredi 5 mai 2021

Le port secret (Maria Oruna)

[...] Ce sont les liens du sang qui commandent le monde.

L'espagnole Maria Oruna nous propose un petit séjour sur la côte Cantabrique, à Suances, petit port près de Santander.
Un britannique (mais sa mère était espagnole) a quitté son île froide pour s'installer plus au sud. 
Lors des travaux de rénovation d'une maison familiale, la Villa Marine, on découvre le cadavre momifié d'un nouveau-né, emmuré dans une cloison.
[...] Quelque chose est resté en sommeil pendant de longues années et a ressuscité à l’occasion de la découverte du bébé à la Villa Marine.
D'autres cadavres vont venir s'ajouter et les gendarmes mèneront une enquête longue et difficile qui mettra à jour de sombres histoires de famille et le passé d'une région meurtrie par la guerre civile et le franquisme.
[...] Cela ne faisait-il pas trop de coïncidences ? Trop de cadavres en une semaine, en tout cas.
[...] Les victimes elles-mêmes, toutes reliées par un fil invisible.
[...] Quelque chose ne tourne pas rond chez les enfants de la guerre.
[...] Ce sont les liens du sang qui commandent le monde.
La prose de Maria Oruna semble parfois maladroite ou naïve, explicative, et la traduction parait un peu rude (on l'intima de partir ?).
L'enquête est un peu longuette et l'on tourne longtemps en rond autour des personnages et leurs mystères.
Les révélations rocambolesques de la fin s'accumulent sur l'un d'eux jusqu'à le rendre finalement peu crédible.
C'est un peu dommage car l'auteure a visiblement cherché à rendre l'atmosphère côtière et l'histoire tourmentée de sa région (une postface est dédiée à cet aspect).

Pour celles et ceux qui aiment l'Espagne.
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vendredi 30 avril 2021

BD : Balles perdues


[...] Tu es très jolie, tu parles trop, c'est tout.

On avait découvert le trio aux commandes de cet album avec une autre BD (excellente, elle aussi) : c'était Corps et âme en 2016.
En 2015, l'album Balles perdues était le premier de leur collaboration et l'on y retrouve donc Walter Hill, le producteur et réalisateur US, le scénariste Matz (aka Alexis Nolent) celui de la série fleuve Le tueur et Jef (aka Jean-François Martinez) aux pinceaux.
Les dessins de Jef sont superbes, de véritables aquarelles.
L'histoire de Walter Hill est digne d'un bon vieux film de gangsters, on ne s'attendait pas à autre chose et l'adaptation BD de Matz fait mouche.
Bref, le trio marquait déjà quelques très bons points avant de récidiver avec Corps et âme l'année suivante.
Pour citer une petite interview de Walter Hill à la fin de l'album, voici : de l'argent, des flingues, des femmes, des flics et des corrompus. Un tueur de sang-froid lancé sur les traces d'un amour perdu.

Pour celles et ceux qui aiment les gangsters au grand cœur.
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Les irradiés de Beryl (Christophe Bataille)

[...] Irresponsabilité ou incompétence.

On se souvient avec effroi de la découverte du petit bouquin de Christophe Bataille, L'expérience, qui racontait les essais atmosphériques des bombes "Gerboises" en 1961 en Algérie à Reggane, avec des trouffions envoyés dans une tranchée, vêtus d'une légère combinaison de protection, à quelques centaines de mètres de la bombe, à côté de cages renfermant lapins et chèvres.
On remet ça avec Les irradiés de Béryl, un témoignage de plusieurs acteurs (dont principalement Louis Bulidon) de l'essai de la bombe Béryl en mai 1962 : un fiasco, une catastrophe, un Tchernobyl avant l'heure.
Louis Bulidon était l'un des appelés présents sur le site d'In-Ekker, en plein cœur du Hoggar, qui accueillait les essais souterrains français après les protestations qui suivirent les essais atmosphériques de Reggane.
Des appelés qui se trouvaient privilégiés d'échapper aux opérations de maintien de l'ordre en Algérie, des sursitaires jeunes et enthousiastes de participer à l'essor de la recherche nucléaire française, ignorants des tenants et des aboutissants et surtout des dangers auxquels ils étaient exposés.
[...] De fait, nous revendiquions un statut d'universitaires, et plus précisément de scientifiques mis à disposition de l'armée.
Le petit bouquin du deuxième classe Bulidon a été écrit tout récemment, cinquante ans après les faits : il évite heureusement le ton trop polémique ou revendicatif et se contente d'exposer les faits de manière précise et rigoureuse (la maman de Louis Bulidon avait conservé ses lettres de l'époque, ce qui permet de retrouver un peu de la naïveté d'alors).
La bombe Béryl du 1er mai 1962 sera une cata : la montagne où elle était enfouie n'a pas résisté et un énorme nuage radioactif s'en est échappé, irradiant toute la zone, militaires et indigènes, jusqu'au Niger. Lorsque le nuage est apparu, ce fut la débandade parmi les officiels et les ministres (Messmer, encore lui, était présent).
[...] Munis de seaux d'eau, de brosses et de lessive [...] ils se livrèrent à un spectacle ahurissant. Totalement indifférents à ma présence, ils se débarrassèrent de leurs vêtements et, nus comme des cochons de ferme prêts pour la saignée,  ils se roulèrent comme des fous furieux, chacun dans son banc de sable, tout en maniant les brosses du laboratoire pour se frotter tout le corps.
[...] Pour ma part, je n'irai pas jusqu'à affirmer que nous aurions servi de cobayes à In-Ekker, mais j'estime que l'Armée ne peut échapper au soupçon d'irresponsabilité ou d'incompétence.
Les deux mon capitaine ?
Pour celles et ceux qui aiment un peu savoir.
L'avis du Monde.




mercredi 28 avril 2021

L'été froid (Gianrico Carofiglio)

[...] Cela donne un sens au chaos.

Voilà un moment que l'on avait quitté l'Italie du sud de Gianrico Carofiglio, celle des Pouilles, de la région de Bari avec ses jolis "trulli" tout en bas de la botte.
Jusqu'ici [clic] l'auteur mettait en scène un avocat (Guido) dans des petits polars sympas qui explorait les thèmes sociaux de sa région.
Mais voici qu'avec L'été froidGianrico Carofiglio change de registre : rappelons que le bonhomme a quand même été juge anti-mafia à Bari !
Depuis cette époque, quelques années ont passé et il peut se permettre aujourd'hui d'ouvrir ce dossier sensible.
Ce roman nous ramène donc dans les années 90 en pleine action et en arrière-plan de notre bouquin, le juge Giovanni Falcone sera assassiné à Palerme.
À la même époque à Bari, le fils d'un puissant parrain local est kidnappé, une rançon énorme est réclamée, une guerre des clans est sur le point d'éclater, les parents mafieux ne collaborent évidemment pas avec la police, ...
Mais l'un des mafiosi va se rendre aux carabiniers pour se repentir et collaborer, ... et c'est parti pour 300 pages d'investigations au cœur du fonctionnement de la mafia de Bari, plus ou moins filiale locale de la 'Ndrangheta calabraise.
[...] — Il veut collaborer. 
— C’est ce que je pense aussi.
[...] Lopez lui a dit qu’il avait décidé de collaborer avec la justice, qu’il avait beaucoup de choses à raconter, y compris sur les événements de ces dernières semaines.
Pour nous guider patiemment dans les rouages très codifiés du fonctionnement de la mafia (mais aussi de la police et de la justice), un carabinier et une juge procureure vont nous accompagner.
En dépit d'un sujet aussi sérieux, l'écriture de Carofiglio est toujours aussi agréable et sait nous faire goûter aux saveurs de l'Italie du sud.
[...] Fenoglio mangea la viennoiserie et le chocolat. Pellecchia fit de même. Puis ils burent leur café. La scène semblait un rituel aux règles précises, presque une cérémonie du thé.
L'enquête nous permet de découvrir quelques pratiques mafieuses : lupara bianca, cérémonies d'intronisation, gambizzazione ou kidnapping express.
Magistrats et carabiniers sont au cœur de l'intrigue : tous ne sont pas corrompus et ceux qui restent honnêtes se débattent souvent entre l'intégrité requise et les compromissions indispensables.
[...] — Ce n’est pas toi qui disais qu’il fallait du détachement, dans ce travail, pour ne pas devenir fou ?
— Oui, c’était moi. La cohérence ne fait pas partie de mes qualités.
À la fin du roman (très réussie) nous retrouvons en arrière-plan, le deuxième attentat à la bombe qui tua le collègue de Falcone : Paolo Borsellino.
Une fin amère et désabusée comme si Carofiglio regrettait évidemment que les morts des deux magistrats furent nécessaires pour amorcer enfin le déclin de la mafia en Italie.

Pour celles et ceux qui aiment la justice.
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dimanche 25 avril 2021

Avalanche hôtel (Niko Tackian)

[...] L’Avalanche Hôtel appartenait au monde des rêves.

On n'avait pas encore répondu aux invitations du français Niko Tackian, et le voici qui nous propose de passer l'hiver à l'Avalanche hôtel, au bord du Léman près de Montreux. 
Dès les premières pages, Joshua Auberson, petit lieutenant sans histoires de la police cantonale de Vevey, dévale les pentes sous une avalanche ... ou dans une piste de bobsleigh, lui-même ne sait pas vraiment.
Il se réveille à l'hôpital, le lendemain ou bien quarante ans plus tard, plus ou moins amnésique, ne se rappelant plus trop s'il était vigile dans un hôtel de montagne ou bien devenu flic à la ville.
[...] Même s’il sentait que son séjour à l’Avalanche Hôtel appartenait au monde des rêves, il ne pouvait nier la sensation que quelque chose d’essentiel lui échappait. 
[...] Il avait l’impression que rêve et réalité se mélangeaient sans qu’il soit capable de les distinguer.
Dans ce qui semble son rêve, une jeune fille disparue il y a quarante ans. Dans ce qui semble la vraie vie, une inconnue dans le coma ... qui détenait une photo de la disparue. Entre les deux, Joshua et le lecteur cherchent à retomber sur leurs pattes.
Niko Tackian est sans doute un excellent scénariste (BD, TV, ...) mais, à tort, il a voulu s'improviser écrivain : une idée de scénario ne suffit pas à faire un bon roman, encore faut-il que l'écriture soit à niveau.
Et ce n'est pas le cas ici : la prose est sans personnalité qui ne met en scène que deux personnages seulement (les autres sont de simples figurants pour l'intrigue) : l'un est inconsistant, l'autre caricatural(e). On finit par lire tout cela en diagonale, rapidement, histoire d'en arriver au plus vite au twist final qui sera lui aussi, bien en deçà des attentes que l'on pouvait avoir.


Pour celles et ceux qui aiment la neige.
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mardi 20 avril 2021

Le disparu de Larvik (Jorn Lier Horst)

[...] À la veille d'une erreur judiciaire.

Après Fermé pour l'hiverLes chiens de chasse, et L'usurpateur, on poursuit la série de polars du norvégien Jørn Lier Horst, avec Le disparu de Larvik.
Dès les premières pages on retrouve le plaisir de cette écriture fluide et agréable, de ces intrigues pas trop stressantes, de ces personnages devenus familiers, bref l'assurance de passer un bon moment entre de bonnes pages : on est ravi de retrouver le flic William Wisting et sa fille Line pour partager un barbecue dans leur chalet au bord du fjord d'Oslo.
L'enquête va tourner autour d'un chauffeur de taxi disparu l'an passé, de l'héritage d'un ancien truand au coffre-fort bien garni, tout cela sur fond de contrebande d'alcools. 
Rien d'extraordinaire ni de spectaculaire comme d'habitude mais un moment de la vie norvégienne et toujours la description soignée d'un méticuleux et laborieux travail d'enquête.
D'autant que les investigations piétinent jusqu'à croiser une autre affaire visiblement bâclée par une autre équipe quelques semaines auparavant ...
[...] Il n'avait jamais connu d'affaire pareille. Pour avancer vers une résolution, il lui fallait d'abord faire jour sur une affaire considérée comme élucidée.
Jørn Lier Horst excelle dans la description du travail des enquêteurs, un boulot patient et méthodique, rigoureux et ... si possible honnête !


Pour celles et ceux qui aiment les enquêtes.
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lundi 19 avril 2021

BD : Il faut flinguer Ramirez


Attention ! Un Ramirez peut en cacher un autre.

Nicolas Petrimaux vient du monde du jeu vidéo et cela nous vaut un très beau dessin, nerveux et explosif ainsi qu'une mise en page très soignée (l'auteur parle même de mise en scène).
Le premier tome de Il faut flinguer Ramirez date de juste avant la pandémie et le second épisode, très attendu, vient seulement de sortir.
Grâce au bouche à oreille, la BD connait un beau succès bien mérité.
Un thriller au second degré, façon Tarantino, un look un peu ringard des années 80, avec dans le rôle principal, le fameux moustachu Ramirez, dépanneur d'aspirateurs, extrêmement taciturne ou bien carrément muet, et visiblement tueur à gage à ses moments perdus.
À ses trousses on trouve pêle-mêle : des flics obtus, des méchants truands et des jolies pépés.
Avec son flegme imperturbable, le silencieux Ramirez traverse une mise en page orangée où sont même insérés (c'est à la mode) de faux articles de journaux et de fausses pubs, tout cela avec un humour ravageur.

Pour celles et ceux qui aiment les films de série B.
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dimanche 18 avril 2021

Cicatrices (Thomas Enger)

[...] Il a appris à apprécier les alarmes incendie.

Faisons connaissance avec un nouveau venu au rayon des polars nordiques : le norvégien Thomas Enger et son héros récurrent Henning Juul.
Des Cicatrices qui sont celles du visage de Henning Juul, gravement brûlé dans l'incendie de sa maison, où il perdit son jeune fils.
[...] Les cicatrices qu’il porte à l’extérieur ne sont rien en comparaison de celles qui le marquent à l’intérieur. 
[...] C’était lui qui gardait Jonas et il n’a pas réussi à le sauver. Leur fils. Leur magnifique, leur merveilleux fils.
Pour une fois, notre héros n'est pas un flic mais un journaliste (mais à la rubrique criminelle quand même !).
Nous faisons sa connaissance quelques mois après son accident, après une longue convalescence, lorsqu'il reprend du service au journal, le jour même où est retrouvé le cadavre d'une jeune femme victime de sévices qui font penser à un châtiment musulman façon charia.
L'intrigue n'est pas très originale (ça tourne même un peu en rond, ce qui permet de faire la connaissance des personnages de la série) et s'avère même un peu décevante pour ceux qui auraient voulu en savoir un peu plus sur la société norvégienne.
On repère aussi ça et là quelques maladresses dans l'écriture (grossièretés inutiles, monologues sexistes de l'un des flics) et on espère que cela va s'estomper avec les prochains épisodes : ce premier roman (Skinndød en VO) avait été publié une première fois en VF en 2012 sous le titre Mort apparente, traduit du norvégien par Alex Fouillet, puis en 2018, sous le titre Cicatrices avec une traduction de la version anglaise par Stéphane Morvan.
À suivre dans les prochains épisodes ...  
Pour celles et ceux qui aiment les polars nordiques.
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mercredi 14 avril 2021

The white darkness (David Grann)

[...] Je suis allé au bout de moi-même ...

Encore une histoire de ouf ! Celle d'un explorateur insensé, un britannique, cela va de soi.
Avec The white darknessDavid Grann, amateur de non-fiction, nous conte l'odyssée de Henry Worsley obnubilé par sa passion dévorante pour son héros Ernest Schakleton et l'Antarctique.
Un continent immense, plus grand que l'Europe et qui double encore de taille pendant l'hiver austral quand les eaux littorales sont prises par les glaces.
Un continent de très hautes montagnes (en moyenne 2.500 mètres environ) balayé par des vents titanesques. Paradoxalement, c'est aussi un désert très sec et bien sûr très froid, très très froid.
Nombreux furent les têtes brûlées pressées d'atteindre le fameux point du Pôle Sud :
[...] L’endroit où la Terre ne tourne pas.
Mais il y aura peu d'élus pour traverser le continent de part en part, une dizaine, pas plus que pour marcher sur la Lune.
En 1917, Ernest Shackleton fut obligé de faire demi-tour à quelques kilomètres du but mais il ramena ses compagnons sains et saufs.
Avec deux ou trois compagnons, Henry Worsley voulait suivre les traces de son héros. 
[...] Il s’était mis en route en partant de la côte de l’Antarctique, espérant réussir ce que son héros, Ernest Shackleton, n’avait pu accomplir un siècle plus tôt : relier à pied une extrémité du continent à l’autre. Ce périple, qui lui ferait franchir le pôle Sud, serait long de plus de mille six cents kilomètres et le mènerait à travers ce qui est sans conteste l’environnement le plus implacable de la planète.
Mais cette première aventure ne suffira pas à le guérir de son obsession pour les glaces du pôle : il retournera là-bas deux autres fois encore dont une tentative en solitaire en 2016 à 55 ans. Sans assistance ni ravitaillement, il tire seul son traîneau sur plus de mille kilomètres.
Un petit bouquin qui nous laisse entrevoir la folie ou le génie de ces aventuriers, la puissance du mental sur le physique ... et ses dommages collatéraux.

Pour celles et ceux qui aiment le froid.
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lundi 12 avril 2021

Kerozene (Adeline Dieudonné)

[...] Une station-service le long de l’autoroute.

Histoires belges.
Adeline Dieudonné nous en propose plusieurs d'histoires belges : une bonne douzaine de tranches de vie des différents personnages qui vont se croiser ce soir-là dans une station-service de nuit au bord d'une voie rapide.
[...] 23 h 12. Une station-service le long de l’autoroute, une nuit d’été. Si on compte le cheval mais qu’on exclut le cadavre, quatorze personnes sont présentes à cette heure précise.
Ces histoires sont un peu comme de petites nouvelles réunies sur un fil ténu.
L'histoire d'une instagrammeuse bodybuildée qui n'en peut plus de son mari à toujours bouffer des chips à même le sachet.
L'histoire d'une femme qui déteste l'eau en général et les dauphins en particulier.
[...] Victoire détestait les dauphins.
[...] Avec leur sourire débile, toujours en groupe comme s’ils formaient une espèce de club, à sauter comme des abrutis, avec leurs ricanements ridicules.
L'histoire d'un couple qui héberge une truie sur leur canapé du salon.
[...] Une grande truie rose et glabre se prélassait sur toute la longueur du canapé. Juliette dit : « Elle s’appelle Estelle. Tu peux la caresser. »
L'histoire d'une domestique philippine déposée à la station-service par un couple qui la "prête" à un autre couple d'amis : ils viendront la chercher là un peu plus tard, ça évite à chacun de faire tout le trajet.
Autant de personnages un peu déjantés, autant de portraits un peu décalés. Comme pour mieux jeter quelques lumières sur la vraie vie, les difficultés de nos relations ou les travers de notre société.
Il y a comme une ligne de faille qui traverse la station-service au bord de l'autoroute et les personnages semblent tout prêts de s'y précipiter la tête la première. Eux-mêmes sont un peu fêlés pour laisser passer la lumière comme dit la chanson.
Par delà un air tragi-comique, c'est noir, cru, grinçant.
Comme toujours avec les nouvelles, il y en aura une ou deux un peu en-dessous du lot et c'est ce qui nous retient d'épingler un coup de cœur que le bouquin mériterait pour les autres.

Pour celles et ceux qui aiment faire le plein.
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jeudi 8 avril 2021

Il est des hommes qui se perdront toujours (Rebecca Lighieri)

[...] Nous étions trois à avoir été décapités dès l’enfance.

On ne sait trop quoi vous dire du bouquin d'Emmanuelle Bayamack-Tam (Rebecca Lighieri est un pseudo) qui avait plutôt bonne presse sur les réseaux : Il est des hommes qui se perdront toujours.
L'adolescence d'une fratrie où deux frangins et leur sœur tentent de grandir dans une cité des quartiers nord de Marseille (l'auteure est de la cité phocéenne), tout à côté d'un campement de gitans, et qui peinent à devenir adultes.
Papa et Maman sont toxicos et surtout toxiques, plus préoccupés de leur prochain shoot que de remplir le frigo pour les gosses.
[...] Nous étions trois à avoir été décapités dès l’enfance, trois à qui on avait refusé tout épanouissement et toute floraison, trois à n’être rien ni personne.
Les deux ainés sont beaux comme des anges, métissés de sang kabyle, mais le petit dernier est handicapé et mal formé, de quoi exacerber la violence du père qui a la main un peu trop leste.
Autant dire que tout cela baigne dans un misérabilisme pesant, à peine sauvé par une très belle écriture qui réussit à nous accrocher et qui fait que l'on poursuit notre lecture.
[...] L’espérance de vie de l’amour, c’est 8 ans. Pour la haine, comptez plutôt 20 ans. La seule chose qui dure toujours, c’est l’enfance, quand elle s’est mal passée.
On se dit que toute cette exagération a certainement un sens, un but, qu'une démonstration nous attend au détour d'un chapitre, que la police va faire quelque chose, que la fin va sauver tout cela, que ...
Mais non, à mi-parcours on en rajoute encore avec une belle jeune fille qui se retrouve cérébrolésée dans un fauteuil roulant.
La coupe déborde, l'indigestion guette et malheureusement le dénouement n'apportera guère plus de lumière : on ne conservera donc que l'impression d'une fort belle plume qui semble avoir perdu son temps avec cet album de souvenirs.
Visiblement on est passé à côté.

Pour celles et ceux qui ont aimé Les Misérables.
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dimanche 4 avril 2021

La soustraction des possibles (Joseph Incardona)

[...] Parce que ça ne suffit jamais.

Joseph Incardona est un petit suisse de papa sicilien !
Autant dire que les histoires d'argent plus ou moins sale, blanchi dans d'obscures lessiveuses confédérées, on a dû lui en raconter quand il était petit !
En dépit de son titre ronflant à la mode (opération marketing), La soustraction des possibles est une sorte de thriller avec, comme le dit l'auteur lui-même : du sexe (pas mal), du fric (très beaucoup) et même de l'amour (un peu quand même).
[...] J'ai décidé que ma seule patrie, le seul drapeau auquel faire allégeance est le pognon. Et quand il y a le pognon, on est tous copains, on n'est pas raciste ni rien. Il n'y a jamais de problèmes dans les hôtels cinq étoiles, jamais. T'as remarqué?
La prose d'Incardona est également surprenante : l'auteur est bavard et n'hésite pas à s'adresser directement à ses personnages et même à son lecteur, et il ira jusqu'à se mettre en scène lui-même !
Mais on s'y habitue et cette écriture nerveuse finit par donner un bon rythme au récit.
Un bouquin récent (2020) qui nous invite à un petit retour en arrière vers 1990 : internet n'existe pas encore, les banques ne sont pas encore sous surveillance, le rideau de fer se fissure de toutes parts et ouvre le champ Est des possibles. La belle époque, quoi.
[...] Son gin-tonic arrive, il allume une cigarette.
En 1990, c’est encore faisable.
Le problème avec la vie qui avance, c’est qu’elle soustrait les possibles. Justement.
[...] Vous avez de l'argent à recycler ? J'ai besoin de liquidités. C'est une question de complémentarité et nous sommes là pour la favoriser, la fluidifier. Nous sommes, en quelque sorte, des "facilitateurs".
La Suisse est connue pour son chocolat (chocolat amer ici) mais surtout pour son niveau de vie : on a donc droit à une gravure au vinaigre des mœurs bourgeoises et corrompues de ses compatriotes calvinistes, peinture qui frise parfois le règlement de comptes un peu facile.
Mais certains rappels sont franchement salutaires : comme l'insalubrité de la prison Saint-Paul à Lyon, le parcours d'UBS ou encore le percement du Saint-Gothard (près de 200 morts et une grève réprimée dans le sang).
Visiblement Incardona a pris le parti de la Suisse d'en-bas, ce que l'on comprend mieux au détour d'une interview [Libé] quand il évoque son enfance :
[...] Souvenirs d'enfance. Mes parents ont travaillé comme domestiques dans de riches familles genevoises. Mon père était chauffeur et ma mère cuisinière.
Il faudra attendre les dernières pages pour que la mécanique infernale d'Incardona s'enclenche, mettant en mouvement les grands méchants, les petits gentils, les banquiers, les truands (ne pas confondre) et les valises d'argent sale.
Une fin qui nous laisse quand même un peu sur notre faim, même si l'on a été curieux de découvrir cette plume suisse.

Pour celles et ceux qui aiment l'évasion (fiscale).
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samedi 27 mars 2021

Arrêtez-moi là ! (Iain Levison)

[...] Je suis en prison, et je vais passer devant le juge. Je suis complètement baisé.

Voilà un moment que l'on tournait autour des polars de l'anglo-américain Iain Levison , un auteur réputé que l'on compare souvent avec Donald Westlake.
On a donc fait connaissance avec ce titre : Arrêtez-moi là !
Dès les premiers chapitres, la comparaison avec Westlake tourne court : Iain Levison a beaucoup d'humour bien sûr, mais c'est un humour plutôt grinçant et si l'on sourit souvent, on va s'apercevoir bien vite que l'on rit jaune, de la même couleur que le taxi.
Faut dire que l'histoire n'est pas celle de Joe le taxi mais celle de Jeff Sutton, taxi driver à Dallas.
Tout va bien pour Jeff jusqu'à ce qu'un beau jour les flics l'arrête et l'inculpe d'un crime plutôt horrible.
Le pauvre Jeff n'y est pour rien mais se retrouve victime de deux ou trois méprises ou négligences policières, coïncidences ou hasards malheureux, ...
La machine à broyer judicio-policière se met en branle et le pauvre Jeff a beau ne pas avoir la peau noire (on sait que ça pardonne pas ça, là-bas) il est bien parti pour y laisser sa peau claire.
[...] – Qu’est-ce que tu as fait ? 
– Rien. Je suis innocent. 
– Innocent », il rit. Il a l’air d’être amusé par le mot.
Et ce n'est pas son minable avocat commis d'office qui va le sortir des griffes de la machine.
[...] Je soupire et je me prends la tête à deux mains. Non seulement mon avocat me croit coupable, mais il n’a même jamais envisagé une autre éventualité. Il n’écoute pas et il s’en fiche.
C'est assez réaliste et c'est donc assez effrayant. Tout est fait pour que cette histoire soit celle d'un banal chauffeur de taxi ordinaire, celle de Monsieur Tout-le-monde.
L'histoire est d'ailleurs librement inspirée d'un fait divers américain.
Sauf que Monsieur Tout-le-monde ne s'attend pas vraiment à se retrouver dans le couloir de la mort pour un crime dont il ignore tout.
Iain Levison se veut le témoin des petites gens ordinaires pour qui le rêve américain est un mensonge.
[...] Qu’ont-ils à gagner à me laisser libre s’il existe une possibilité que je sois coupable ?
[...] Il leur suffit d’être à peu près sûrs de mettre le vrai coupable à l’ombre.
[...] Ç’aurait été super d’arrêter le vrai coupable, mais ça n’était pas une nécessité. Quand une fillette de douze ans est enlevée à sa riche famille, vous ne pouvez pas ne pas exhiber quelqu’un. Ils m’ont exhibé moi.
À mi-parcours, un rebondissement laissera entrevoir une lumière au bout du tunnel, une porte de sortie, c'est le cas de le dire, pour notre ami Jeff.
Mais l'illusion ne dure que quelques lignes et Iain Levison reprend la main bien vite.

Un film de Gilles Bannier avec Reda Kateb en a été tiré en 2016.

Pour celles et ceux qui aiment les romans noirs.
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L'usurpateur (Jorn Lier Horst)

[...] Quelque part dehors se promenait un tueur en série.

Après Fermé pour l'hiver, et Les chiens de chasse, poursuivons la série de polars du norvégien Jørn Lier Horst, avec L'usurpateur, sans aucun doute le meilleur de la série (un quatrième vient de sortir en 2020 : Le disparu de Larvik qu'on n'a pas encore lu).
La plume de l'auteur est devenue plus assurée et l'inspecteur William Wisting tout comme Line, sa journaliste de fille, ont pris de l'épaisseur.
D'ailleurs Horst profite de son duo pour nous entraîner dans une double enquête.
Dans la famille Wisting je voudrais la fille, Line, qui écrit un article sur la mort d'un voisin solitaire, Viggo Hansen, dont on a retrouvé le cadavre assis devant la télé, quasi momifié plusieurs semaines après son décès solitaire.
Une bien triste fin à la veille de Noël.
[...] « La solitude, ce n'est pas d'être seul, c'est de n'avoir personne qui vous manque », avait-elle noté.
Et dans la famille Wisting je voudrais également le père, William, qui se retrouve avec un cadavre anonyme sous un sapin : lui aussi abandonné là depuis plusieurs mois, un inconnu qui ne manque visiblement à personne et qu'on ne peut relier à aucune disparition signalée.
[...] L'homme non identifié et Viggo Hansen étaient morts au même moment sans que quiconque s'inquiète de leur absence. Il n'y avait aucun lien immédiat, mais une forme de suspicion de routine l'empêchait de passer à autre chose.
L'actualité criminelle de la Norvège est habituellement plutôt calme et cette fois Jørn Lier Horst va faire venir son tueur en série ... des États-Unis !
Horst sort le grand jeu et voici donc le FBI qui débarque dans le Vestfold pour participer à l'enquête.
Le cadavre sous le sapin est-il le tueur en série recherché par les américains ? Ou sinon, quelqu'un d'autre qui était sur la piste du tueur ? 
[...] Il s'agissait bien sûr de trouver le coupable. Mais cette fois-ci, le mystère était tout aussi grand quant à l'identité de la victime.
Cette double enquête est plus dense que les précédentes et menée sur un rythme plus soutenu, même si l'auteur ne renonce pas à son habituelle description du patient et laborieux travail d'investigation qui est celui des enquêteurs (et des journalistes).
[...] Wisting se passa la main dans les cheveux. Ils ne progressaient pas. Le principal dans une enquête était de progresser. Là, ils ne faisaient que buter contre les obstacles sans avancer.
Les deux affaires ont-elles vraiment un lien entre elles, autre que la grande solitude des victimes ?
[...] Les gens en fuite qui finissent par trouver une vie creuse. Ils reprennent l'identité et l'existence anonyme de quelqu'un qui de toute façon ne manquera à personne. Ils remplissent en quelque sorte un vide et continuent ensuite de vivre tout aussi isolés et seuls que la personne dont ils ont pris la place.

Pour celles et ceux qui aiment les enquêtes.
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mercredi 17 mars 2021

L'homme qui mit fin à l'histoire (Ken Liu)

[...] Il n’y a eu aucun survivant.

Surprenant (et épouvantable) roman du chinois Ken Liu qui vit aux US.
L'homme qui mit fin à l'Histoire débute comme un roman de SF ou d'anticipation.
La vue que l'on a des étoiles le soir est une photo partie il y a des milliers d'années, le temps qu'il faut à la lumière pour arriver jusqu'à nous. Ce que l'on voit est donc une très ancienne étoile, qui a beaucoup changé ou même disparu depuis.
Ken Liu imagine un procédé scientifique permettant d'avoir ce même recul spatio-temporel et donc d'aller "voir" notre Histoire, notre passé.
Mais oublions bien vite ce côté "SF", à mi-chemin entre physique et poésie, car si Ken Liu a entrepris de nous faire voyager dans le temps c'est pour nous emmener dans les années 30 en Mandchourie, lorsque les japonais avaient envahi la Chine.
[...] En 1931, près de Shenyang, ici en Mandchourie, éclatait la Seconde Guerre sino-japonaise. Pour les Chinois, il s’agissait du début de la Seconde Guerre mondiale, plus d’une décennie avant l’implication des États-Unis.
Près de Harbin, les nippons avaient installé la sinistre Unité 731, surnommée l’Auschwitz d’Asie, où se déroulaient toutes sortes d'expérimentations sur des cobayes chinois : vivisections, amputations, armes bactériologiques et chimiques, tests de l'endurance humaine, tortures diverses et variées pour faire avancer la recherche et médecine, la science et le progrès.
[...] Les historiens estiment qu’entre deux et cinq cent mille Chinois, presque tous des civils, ont été tués par les armes bactériologiques et chimiques mises au point ici et dans des laboratoires annexes : anthrax, choléra, peste bubonique.
[...] MacArthur, commandant en chef des forces Alliées, a préservé les membres de l’Unité 731 de toute poursuite judiciaire pour crimes de guerre afin de récupérer les résultats de leurs expériences et de soustraire lesdites données à l’Union Soviétique.
[...] Le gouvernement japonais n’a jamais reconnu les actes de l’Unité 731 et ne s’en est jamais excusé.
Heureusement le bouquin ne fait qu'une centaine de pages et les descriptions horrifiques sont courtes et peu nombreuses : Ken Liu a l'intelligence de ne pas trop en rajouter, c'est au-delà des mots.
Au-delà du nécessaire rappel de ces terribles faits historiques, l'auteur s'essaye également à philosopher sur notre approche de l'Histoire (c'est d'ailleurs le titre du bouquin) et c'est plutôt bien vu, parfois un peu too much, mais en tout cas cela soulève des questions passionnantes.
En effet, le regard que l'on obtient grâce à son procédé est instantané et unique : une fois réalisé, le "voyage dans le temps" ne peut plus être renouvelé. L'image a été consommée.
[...] Un des paradoxes cruciaux de l’archéologie, c’est que, pour fouiller un site afin de l’étudier, il faut le détruire.
À noter : la maison d'édition Le Bélial propose ce petit bouquin pour un prix modique en numérique et sans DRM pour pouvoir le prêter à ses amis. Il existe donc des éditeurs intelligents.

Pour celles et ceux qui aiment savoir.
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samedi 13 mars 2021

Tu vas aimer notre froid (Harold Schuiten)

[...] Je ne me sens pas encouragé.

On aime bien les récits de voyages mais on a vu qu'il s'agissait là d'un exercice plus difficile qu'il n'en a l'air et que rares étaient ceux qui sortaient du lot commun.
Si l'on s'en tient à l'Asie centrale, on y a croisé des prétentieux comme Philippe Tesson, des ennuyeux comme Stanley Stewart et même parfois de drôles de zèbres comme Yoann Barbereau.
Avec Tu vas aimer notre froid, le belge Harold Schuiten n'a aucune prétention et même s'il lui fallait être sûrement un drôle de zigoto pour partir enseigner le français au fin fond de la Yakoutie, son récit humoristique n'a rien d'ennuyeux.
Peut-être est-ce dû au climat, mais l'esprit de son bouquin est assez proche du voyage au Groënland de Julien Blanc-Gras : simple et sympa, sans prise de tête, parfait pour rêver de voyages en ces années qui leur sont si peu propices.
La Yakoutie, seuls ceux qui ont joué une fois au Risk savent à peu près où c'est : tout là-haut au nord, tout là-bas à l'est, juste avant le Kamtchaka, au nord même du Japon et de la Mer d'Okhotsk. 
La région habitée la plus froide de la planète : dans les villages, on y ferme les écoles quand le mercure descend en-dessous de -50°, là ça commence vraiment à devenir vraiment dangereux pour les gosses qui vont à pied.
Après quelques circonstances hasardeuses, Harold Schuiten est parti là-bas quelques mois pour enseigner le français dans le cadre d'un improbable partenariat culturel entre la Belgique et la Yakoutie !
[...] Je pars. La nouvelle de mon voyage suscite la surprise, si ce n'est la consternation.
Des proches, des enseignants ne cachent pas leurs interrogations. Enseigner le français aux Yakoute leur semble absurde. [...] Je ne me sens pas encouragé.
Voici notre électron belge plongé dans un bain à -50° : fossé culturel, barrière des langues, incompréhensions et quiproquos, et bien sûr ce FROID, un véritable personnage à lui tout seul.
Un voyage pas ordinaire. Vraiment.
Certes la prose de Garold Skuiten (c'est ainsi qu'on prononce là-bas !) ne prétend pas être éditée dans la Pléiade : tout cela reste simple et le propos ne mène pas bien loin (enfin si très loin mais sur le plan géographique seulement). L'auteur se disperse même un peu sur la fin avec une excursion jusqu'à Komsomolsk. Mais on ne saurait lui en tenir rigueur et le bouquin n'est pas assez long pour nous lasser.
Plutôt un reportage que l'on peut lire parfois en diagonale, voire même quitter en cours de route quand on en a assez vu.

Pour celles et ceux qui aiment le froid.
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vendredi 12 mars 2021

Negra Soledad (Ramòn Dìaz Eterovic)

[...] – Faites vos bagages et retournez à Santiago.

Encore des retrouvailles, cette fois avec le chilien Ramòn Dìaz Eterovic qui nous avait régalé avec les enquêtes de son détective privé Heredia, l'amateur de courses hippiques qui dialogue avec son chat Simenon [clic].
Nous revoici donc à Santiago où Heredia se retrouve à enquêter sur l'assassinat d'un ami d'enfance, un avocat qui avait mis son nez là où il ne fallait pas.
Manifestement il ne fait pas bon fouiller dans les affaires d'un trust minier en train d'empoisonner toute une vallée ...
[...] - Nous n'avons pas pu empêcher la construction du barrage, mais nous avons l'espoir d'obtenir l'arrêt de son exploitation ou au moins l'adoption de mesures de sécurité. Nous avons demandé l'ouverture d'une procédure au sujet des eaux polluées et la construction d'un mur de protection entre le barrage et le village. Ce serait un moyen d'éviter que les déchets nous tombent dessus en cas d'infiltrations ou de fissures.
Heredia va donc enquêter sur ce meurtre et les nervis de la compagnie minière. Une enquête patiente et laborieuse pour découvrir une vérité bien protégée.
[...] - Je vais vous donner un bon conseil. Faites vos bagages et retournez à Santiago.
Mais il en faut plus pour désarmer la ténacité bougonne de l'ami Heredia.
[...] C'était mon travail, comme me l'avait dit un policier en retraite : il n'y a pas de crimes parfaits, juste de mauvaises enquêtes ou de mauvais détectives.
Dans cet épisode Heredia semble bien contrarié : l'enquête piétine, les suspects défilent, la vérité se dérobe. Même les affaires de cœur de notre détective tournent en rond.
[...] - Je suis de mauvaise humeur aujourd'hui.
- Ça se voit de loin. Méfiez-vous don. Vous êtes en train de devenir un vieux ronchon.
Et peu à peu la mauvaise humeur d'Heredia semble contaminer le lecteur : l'enquête piétine, le sujet écolo n'est pas des plus nouveaux, et l'on finit par s'ennuyer quelque peu.
Assurément ce n'est pas le meilleur épisode et l'on ne peut que vous conseiller les précédents.

Pour celles et ceux qui aiment les enquêtes écolos.
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Les princes de Sambalpur (Abir Mukherjee)

[...] C'est l'Inde, capitaine.

Après le Calcutta-Darjeeling, c'est avec plaisir que l'on retrouve l'écossais d'origine indienne Abir Mukherjee avec un nouvel épisode des enquêtes de l'anglais opiomane Sam Windham et de l'hindou brahmane Sat : Les princes de Sambalpur
Nous revoici donc dans l'Empire des années 20 et cela résonne d'autant plus après la lecture du bouquin de Lapierre et Collins sur l'indépendance du pays.
D'autant que pour cet épisode, nous sommes invités au palais de l'un des nombreux maharadjas du pays, le prince de Sambalpur, région richissime de ses mines de diamants.
[...] - C'est l'Inde, capitaine. Voyez la telle qu'elle est, pas telle que vos apologistes de l'Empire et vos professeurs d'orientalisme voudraient que vous la croyiez. Faute de quoi vous ne nous comprendrez jamais.
Avec son parfum suranné, l'ambiance policée (et policière) des Indes des années 20 pourrait presque rappeler celle d'un roman d'Agatha Christie. 
Mais l'écriture d'Abir Mukherjee est résolument moderne et son humour insolent titille intelligemment le lecteur du XXI° siècle.
Pour celles et ceux qui aiment l'Inde.
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dimanche 7 mars 2021

San Perdido (David Zukerman)

[...] L'histoire a tout de la légende caribéenne.

Le français David Zukerman nous emmène au Panamá au tout début des années 50, un pays qui pour être officiellement indépendant, s'est vendu aux américains.
Nous voici dans un coin moins sympa que ne le laisse supposer la couverture puisque l'histoire démarre dans la décharge d'un bidonville de San Perdido.
Plus tard nous aurons accès aux hauts et beaux quartiers de la ville.
Mais entre les murs des riches maisons, pas sûr que ce soit beaucoup plus propre qu'en bas.
Le bouquin est une sorte de conte social, une fable teintée d'un peu de la magie des Cimarróns, une histoire étrange avec comme personnage central, un jeune garçon, surnommé La Langosta à cause de ses mains, véritables battoirs à la puissance terrifiante.
Rares sont ceux qui connaissent le vrai nom, Yerbo Kwinton, de ce jeune homme inquiétant qui sait écouter les battements de cœur [clic].
[...] Yerbo pouvait reconnaître le battement interne si particulier d'un être humain et l'utiliser comme un radar.
Le roman est assez déroutant et nous promène d'un personnage à un autre puis un autre encore sans que l'on comprenne vraiment lequel va devenir une des clés de l'intrigue.
[...] Elle ne comprend rien à l'histoire hétéroclite de ces personnages nouveaux qui ne cessent d'apparaître au fil des chapitres, dessinant un monde puissant, mais effrayant.
En dépit de la rudesse de la vie à San Perdido, le roman est baigné d'une très chaude sensualité toute caribéenne mais qui pourra peut-être ne pas plaire à de trop chastes lecteurs ou lectrices.
[...] Malgré l'excellente humidification des tissus de la jeune fille, la chair frottée par les vigoureux allers-retours du priapique homme d'Etat se ressent de ces longues nuits. L'enthousiasme avec lequel elle a répondu aux étreintes puissantes l'a laissée fourbue.
Après la découverte initiale de la prose et du pays, tout cela finit tout de même par sembler un peu convenu. David Zukerman nous conte une belle histoire (et c'est plutôt un bon conteur) en dosant soigneusement tous les ingrédients de sa recette tirée d'un guide touristique : décor exotique avec le soleil brûlant et la pluie chaude des caraïbes, érotisme généreux de jeunes métisses aux courbes sensuelles, drame social avec des blancs et des noirs, des bons et des méchants, des odeurs mêlées de parfums, d'alcools, de sueur et de port, une pincée de magie noire, ...
Une profusion de clichés où l'on pourra tout de même pêcher quelques perles :
[...] Que l'on soit en amont ou en aval de la rue, un cliquetis continu résonne jusqu'à la mer. Celui des rideaux de perles qui pendent devant chaque porte. Ceux des bordels ne cessent jamais de bruire. Là est la véritable pulsation de San Perdido.

Pour celles et ceux qui aiment les caraïbes.
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vendredi 5 mars 2021

Les chiens de chasse (Jorn Lier Horst)

[...] Quelqu’un dans la police avait trafiqué la preuve.

Après Fermé pour l'hiver, poursuivons la série de polars du norvégien Jørn Lier Horst, avec Les chiens de chasse.
C'est le deuxième épisode en français, toujours en compagnie de l'inspecteur William Wisting et de sa fille journaliste, dans le Vestfold, la région des fjords au sud d'Oslo.
Wisting se retrouve en mauvaise posture lorsque le criminel Rudolf Haglund sort de prison et, avec l'aide de son avocat, entreprend de faire réviser son procès en accusant la police d'avoir falsifié les preuves qui l'avaient condamné. C'était il y a dix-sept ans et Wisting était alors chargé de l'enquête qui avait permis l'arrestation de l'assassin d'une jeune femme.
[...] Il y a dix-sept ans, un homme de trente ans a été condamné pour l’enlèvement et le meurtre de Cecilia Linde. L’affaire est à présent entre les mains de la Commission de révision avec, entre autres, des accusations sur une importante preuve ADN que la police aurait à l’époque fabriquée de toutes pièces. 
[...] Le présentateur montra la Une du journal. Des preuves décisives fabriquées de toutes pièces, put lire Wisting en lettres capitales au-dessus de sa photo.
[...] Il n’était plus l’heure de se voiler la face : la Une du journal disait vrai. Quelqu’un dans la police avait trafiqué la preuve.
Suspendu par sa hiérarchie, Wisting doit rouvrir l'enquête et découvrir une nouvelle vérité (et celui qui, à l'époque, avait falsifié les prélèvements ADN), aidé par sa journaliste de fille.
À l'époque, Wisting et ses coéquipiers s'étaient comportés comme des chiens de chasse.
[...] C’est ce qu’ils avaient été, ses collègues et lui. Une meute de chiens lancée à la poursuite d’un meurtrier. Rudolf Haglund était l’homme qu’ils avaient rattrapé. Mais, exactement comme n’importe quels chiens de chasse, ils avaient suivi la piste la plus évidente sans prendre le temps de s’arrêter pour en chercher une autre.
Cette intrigue est une belle occasion pour l'auteur (un ancien flic) de nous faire partager les tenants et aboutissants des enquêtes policières, un travail de fourmis fait de routine, d'intuition, d'obstination et de patience.
Les choses se compliquent encore pour Wisting et sa fille lorsqu'une autre demoiselle vient à disparaître ...
L'inspecteur Wisting parait bien loin des flics imbibés et survoltés qui peuplent habituellement le rayon polars. Flic consciencieux et intègre, patient et tenace, avec un flegme très nordique, il n'en reste pas moins obsédé par son travail ou sa mission, quitte à y sacrifier sa vie personnelle. 

Pour celles et ceux qui aiment les enquêtes.
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