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samedi 18 juin 2016

BD : Corps et âme


[...] Cacher une balle sous mon talon ...

Walter Hill ? Que vient faire le producteur et réalisateur US dans cette BD française ?
Pour ceux qui, comme nous, ne savaient pas, la collaboration entre Walter Hill et le scénariste Matz ne date pas d'aujourd'hui : Du plomb dans la tête au cinéma,  Balles perdues en BD.
Matz (aka Alexis Nolent) c'est le scénariste de la série fleuve Le tueur (déjà un de nos coups de cœur).
Et pour compléter le trio, ce sera Jef (aka Jean-François Martinez) le dessinateur de Balles perdues et de la série 9/11.
Une fine équipe aux commandes de cette BD (un seul volume one-shot, ouf !) : Corps et Âme.
Et donc encore une histoire de tueur :
[...] C'est ça c'est mon boulot. Assassiner des gens, les dessouder, les refroidir, les buter ou quelle que soit la manière dont voulez le dire ...
[...] Et je sais qu'à un moment ou un autre, il faut payer l'addition. Je l'ai toujours su.
[...] Cacher une balle sous mon talon ... c'est un vieux truc ... mais je le fais toujours, ça peut servir ...
Mais une histoire de tueur pas comme les autres (ni l'histoire, ni surtout le tueur) car Franck, le tueur, le mauvais garçon, va se transformer sous nos yeux et c'est rien de le dire ... donc on n'en dit pas beaucoup plus mais vous devinez peut-être déjà ce qui va lui arriver.
Le dessin de Jef est nerveux mais pas trop, les ambiances sont sombres mais pas trop : les planches sont superbes et certaines très sexy. Le texte est au rendez-vous (on connait Matz), le scénario qui combine plusieurs vengeances est riche, sans faille et particulièrement bien monté (la patte ciné de W. Hill peut-être ? qui prévoit d'adapter cela au grand écran l'an prochain) et tout cela donne un très bel objet.
Un scénario à la précision chirurgicale et des planches au dessin esthétique (ah, ah).
Un bel album très réussi, qui tombe vraiment à pic au moment où les obscurantismes de tous bords s'acharnent à réglementer les genres et les transgenres. À faire connaître d'urgence !
Si certaines planches n'étaient pas si sexy, cette BD aurait pu être au programme scolaire !
Images : [1] [2]

Pour celles et ceux qui aiment les Bd de genres.
D’autres avis sur Babelio.

jeudi 20 juillet 2023

Le serpent et le coyote (Matz, Xavier)


[...] Dans la vie, il y a ceux qui ont un fusil et ceux qui creusent.

    Les auteurs, l'album (142 pages, 2023) :

Philippe Xavier est un dessinateur formé sur le continent américain à la publicité et au graphisme.
Matz (Alexis Nolent) est un scénariste que l'on connait bien : c'est celui de la série Le Tueur, dont on retrouve ici quelques caractéristiques (monologues en voix off, ...) et de quelques autres albums remarquables, souvent des coups de cœur.
Tous deux sont régulièrement aux commandes d'une série d'albums : Tango, dont on reparlera certainement.
Voici donc Le serpent et le coyote, tout un programme !

    On aime beaucoup :

❤️ Les BD "à texte" de Matz qui sait jouer les "écrivains" et qui s'y entend pour nous faire partager la route d'un coyote solitaire comme on les aime : on ne se lasse pas de ces monologues ou de ces dialogues, de ce ton sec et nerveux qui claque et qui est celui des meilleurs romans noirs US.
❤️ Les cadrages "home cinema" de Xavier et la mise en couleurs soignée : les paysages US de l'Arizona ou du Colorado y sont fort bien exploités et les effets de zoom dynamisent les images tout comme l'histoire.
Même si, je cite : [le moment est mal venu pour faire le malin avec des références cinématographiques à la con].

    Le contexte :

Les auteurs se sont emparés d'un thème cher au polar noir : le programme US de protection des témoins, le WITSEC (le Witness Security Program) qui offre, aux frais de l'État, une seconde vie aux truands qui acceptent de témoigner contre de pires truands. Un dispositif qui a connu des débuts difficiles quand il a été mis en place à la fin des années 60 mais qui a permis quelques victoires contre le crime organisé : c'est tout cela qui est évoqué dans cet album.

    La BD :

Dans son camping-car, "Joe" (c'est son nom aujourd'hui, comme celui de tous les témoins protégés du Witsec), parcourt le désert US entre Arizona et Utah. Il aura bientôt la compagnie d'un coyote à qui il peut raconter sa vie mouvementée.
[...] - J'ai l'impression qu'on est un peu pareils, tous les deux ... T'as plus de famille et plus d'amis, on dirait, non ?
- Wiif
- Tout seuls dans le vaste monde ... Mais tu sais, je me dis que parfois c'est pas plus mal ...
Je suppose que c'est comme ça qu'il faut voir les choses, quand on n'a pas trop le choix. Qu'est ce qu'en te dis, Crash ?
- Wouif Wiff
- Ouais, nous sommes d'accord. Un homme doit faire ce qu'il doit faire avec ce qu'il a. Ça doit marcher pareil pour les clébards.
[...] - Et puis je suis content d'avoir quelqu'un à qui parler, même si c'est un clébard. Les clébards, ça sait écouter. Les chats, ça se fout pas mal de nos problèmes d'humains de merde.
Sur les traces de "Joe", on trouve bien sûr ses anciens amis qui ne lui veulent pas que du bien mais aussi les marshalls qui veulent le rappeler à la barre des témoins d'un nouveau procès ...
Tous comprendront un peu tard qu'il faut se méfier du serpent qui semble dormir caché dans le sable du désert.

Pour celles et ceux qui aiment les mauvais garçons repentis.
D’autres avis sur Babelio.

vendredi 30 avril 2021

BD : Balles perdues


[...] Tu es très jolie, tu parles trop, c'est tout.

On avait découvert le trio aux commandes de cet album avec une autre BD (excellente, elle aussi) : c'était Corps et âme en 2016.
En 2015, l'album Balles perdues était le premier de leur collaboration et l'on y retrouve donc Walter Hill, le producteur et réalisateur US, le scénariste Matz (aka Alexis Nolent) celui de la série fleuve Le tueur et Jef (aka Jean-François Martinez) aux pinceaux.
Les dessins de Jef sont superbes, de véritables aquarelles.
L'histoire de Walter Hill est digne d'un bon vieux film de gangsters, on ne s'attendait pas à autre chose et l'adaptation BD de Matz fait mouche.
Bref, le trio marquait déjà quelques très bons points avant de récidiver avec Corps et âme l'année suivante.
Pour citer une petite interview de Walter Hill à la fin de l'album, voici : de l'argent, des flingues, des femmes, des flics et des corrompus. Un tueur de sang-froid lancé sur les traces d'un amour perdu.

Pour celles et ceux qui aiment les gangsters au grand cœur.
D’autres avis sur Sens Critique.

jeudi 27 mars 2025

Parker 1969 : La proie (Doug Headline, Kieran)


[...] Je l'ai fait pour l'argent, Parker.

Un polar de Donald Westlake adapté par Doug Headline, le fils de JP. Manchette, qui inaugure la nouvelle collection Aire Noire chez Dupuis.

❤️❤️❤️🤍🤍

Les auteurs, l'album (112 pages, mars 2025) :

Doug Headline (bon sang ne saurait mentir, c'est le fils de JP. Manchette !) n'en est pas à sa première adaptation de polar en bandes dessinées. Il a déjà adapté quelques romans de son père et même d'autres bouquins de Donald Westlake (alias Richard Stark, décédé en 2008) tout comme son confrère Matz.
Avec Parker 1969 : La proie, il adapte un roman de 1969, The sour lemon score, paru chez nous sous le titre Un petit coup de vinaigre
C'est l'un des nombreux épisodes qui mettent en scène notre ami Parker, un clone littéraire d'acteurs comme Lee Marvin ou Richard Widmark : élégant, taciturne, froid, patient et menaçant, c'est le parangon du braqueur professionnel (Westlake voulait gommer tout sentiment de son récit).
[...] - Bon Dieu, essayer de te faire causer, c'est plus difficile que d'arracher une dent à un môme. Parle-moi Parker bon sang !

Le canevas :

Une histoire de braquage comme souvent avec notre ami Parker.
[...] Parker ne croyait pas à la chance, bonne ou mauvaise.
Il ne croyait qu'aux types qui connaissaient leur boulot et le faisait bien.
Parker et ses comparses sont effectivement des pros et ils réussissent brillamment le braquage d'une banque, le plan était parfait. 
Hélas, le butin est un peu maigre.
[...] - Trente-trois mille. Huit mille malheureux dollars chacun.
- On savait que ça ne serait pas lourd. Huit mille, c'est déjà pas si mal pour une matinée de boulot.
Mais cela ne suffit pas à l'un des gars de la bande qui file avec le magot.
[...] - Vous n'êtes pas du genre à vous venger, Parker. Pas s'il n'y a rien à la clé. Que lui voulez-vous à ce garçon ?
- Il nous trahis. Il a tiré une balle dans la tête de votre mari. Il a tué l'autre gars de l'équipe, et il a essayé de me tuer moi aussi ...  Et puis il s'est enfui avec l'argent.
Parker se met donc en chasse à la poursuite du traître ... et du magot.
[...] Parker se disait que beaucoup de temps s'était écoulé et qu'il n'était arrivé à rien. Ils avaient braqué la banque le lundi, et ce n'est que le jeudi qu'il avait trouvé Brock. Et maintenant on était vendredi. Quatre jours passés à courir en tous sens, et [l'autre] était toujours là-dehors, quelque part, assis sur le fric.

♥ On aime beaucoup :

  Le personnage de Parker (il n'a pas de prénom) est l'une des grandes réussites de D. Westlake et il se prête parfaitement aux adaptations en BD. C'est du polar à l'ancienne, façon hard-boiled.
Quand il s'agit de bâtir le scénario d'un polar pour une BD, Doug Headline n'en est pas à son coup d'essai, on l'a dit, et il a su trouver le ton juste pour dérouler ce récit en comblant les silences de Parker, personnage taciturne, par de brefs encarts de texte, une sorte de voix off.
  Les graphismes de Kieran évoquent les comics US avec un beau noir & blanc, dur et violent, dynamique et moderne.
Ces dessins sont un bel hommage à ceux du canadien Darwyn Cooke (décédé en 2016) qui avait déjà adapté plusieurs polars de Westlake en BD dont notamment Le casse en 2012 (traduit par Matz en 2013).

Aparté :

Cet album inaugure chez Dupuis, la collection Aire Noire dédiée au roman noir graphique (par analogie avec la collection Aire Libre) : Doug Headline et Olivier Jalabert sont aux commandes de cette ligne éditoriale. Les éditions Dupuis nous promettent déjà plusieurs beaux albums pour cette année et, de plus, ont signé avec les héritiers de Westlake pour adapter plusieurs de ses romans. Vivement la suite !

Pour celles et ceux qui aiment les polars.
D’autres avis sur DBthèque, Bédéthèque et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Dupuis (Masse Critique/Babelio).
Ma chronique dans les revues ActuaLitté et Benzine.

lundi 10 mars 2025

Le serpent majuscule (Pierre Lemaitre, Dominique Monféry)


[...] C'est agréable comme métier.

Adaptation vraiment très réussie du roman de Pierre Lemaitre : un polar amoral à l'humour pince sans rire, un noir bien serré et délicieusement rétro.

❤️❤️❤️❤️🤍

Les auteurs, l'album (124 pages, mars 2025) :

📖 Rentrée littéraire hiver 2025.
En 2021, Pierre Lemaitre et son éditeur (Albin Michel) avaient eu la bonne idée de ressortir un fond de tiroir pour profiter de la renommée grandissante de l'auteur [clic]. C'était un thriller immoral et délicieusement divertissant, empreint d'un humour noir et pince-sans-rire, qui nous replongeait dans les années 80, à l'époque où l'on sillonnait les routes en Renault 5 (et pas le nouveau modèle électrique, hein !). 
Pierre Lemaitre, Dominique Monféry et les éditions Rue de Sèvres nous remettent ça et adaptent Le serpent majuscule en bande dessinée.
Lemaitre n'en est bien sûr pas à son coup d'essai : il a déjà adapté plusieurs de ses romans en BD (Au-revoir là-haut, la série Verhoeven, ...). 
Quant à Dominique Monféry il est connu dans le monde du dessin animé.

Les personnages :

C'est une BD avec une héroïne mais messieurs voyons, calmez-vous, ce n'est pas du côté de Superwoman que ça se passe, plutôt du côté de Carmen Cru : l'héroïne en question est une vieille dame très âgée, prénommée Mathilde.
Accessoirement, Mathilde Perrin est aussi tueuse à gages, oui, oui.
Ludo, son chien, est un dalmatien, facile à reconnaître car c'est lui qui fait la couverture du bouquin comme de la BD et que "généralement, les grands chiens blancs avec des tâches noires, c'est pas des saint-bernards".
Le flic c'est René, un vieux garçon plus ou moins amoureux de la dame de compagnie de son vieux père.
Et puis il y a Henri, le commanditaire de Mathilde, ils se sont connus pendant la guerre, dans la Résistance où la jeune et belle Mathilde s'était déjà forgé une solide réputation (savoureux flash back !) !

Le canevas :

Jusque là tout allait bien et Mathilde enchaînait les petits boulots ou les missions, avec efficacité. Elle était réputée pour fournir des "prestations parfaites", elle était même "insoupçonnable, un agent exceptionnel".
Elle trouvait même que "c'est agréable comme métier, mais qu'est-ce que c'est salissant".
Mais avec l'âge, tout n'est peut-être plus aussi net, la vue baisse, on a vite fait de confondre un bout de papier avec un autre.
Et puis Mathilde se lâche un peu avec son gros revolver, ça ne se fait pas de tirer dans les ...
Au point d'éveiller l'intérêt des flics : "l'étonnant c'est cette balle de gros calibre dans les ... c'est pas fréquent".
Ça fait un peu mafia non ? "Les ritals, ils tirent dans les burnes ! Sont très connus pour ça !", en tout cas c'est l'avis du commissaire, le patron pas très futé de René.
[...] - Cette femme je ne la sens pas.
- Franchement, René ... Vous voyez une bonne femme de 60 ans armée d'un 'desert eagle' dézinguer trois personnes en une semaine ?
- Il faut bien que quelqu'un l'ait fait ...
- Un ancien légionnaire, faites-moi confiance !

♥ On aime beaucoup :

Quelques bonnes raisons d'ouvrir cet album ?
 Ah bien sûr le plaisir de se replonger dans cette histoire savoureuse de Pierre Lemaitre ! Le roman sans prétention [clic] était une simple histoire de tueur à gage, mais bien montée et bien racontée, où l'on passait un bon moment.
Avec l'auteur lui-même aux commandes de l'adaptation, il est naturel que le plaisir soit de nouveau au rendez-vous de cette histoire immorale où les cadavres s'accumulent rapidement. Mais une histoire plus subtile qu'il n'y parait et qui s'adapte parfaitement au format BD.
 Et puis, bonne surprise, les dessins et couleurs de Dominique Monféry sont superbes. Des visages très expressifs, un style pastel ou aquarelle et des tons sépias qui rappellent les années passées, les années 80.
Ce n'est pas une simple réinterprétation marketing de Lemaitre, c'est véritablement un bel album.
Un polar noir (et jaune), une version "3ème âge" de la série Le Tueur de Matz et Jacamon.

Pour celles et ceux qui aiment les tueuses à gage.
D’autres avis sur BDthèque et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Rue de Sèvres (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté

lundi 14 avril 2025

Les papillons ne meurent pas de vieillesse (Bézian, Matz)


[...] Le chasseur de papillons qui n'existent pas.

Fable écolo sur fond de surexploitation de la forêt amazonienne : les très belles planches de l'album nous emmènent à la chasse aux papillons.

❤️❤️❤️🤍🤍

Les auteurs, l'album (88 pages, avril 2025) :

Matz est un auteur que l'on connaît bien et que l'on apprécie beaucoup (la série Le tueur, c'est lui), mais on ne le connaissait pas collectionneur de papillons !
Entre deux polars, il s'est autorisé une petite parenthèse écolo avec Frédéric Bézian pour nous emmener à la chasse aux papillons en Amazonie : Les papillons ne meurent pas de vieillesse.
Matz s'est même permis un petit clin d’œil à ses fans puisqu'il a baptisé son papillon impossible le Parides Ascanius Nolentus (son nom de ville est Alexis Nolent) !
Au fil de leur courte existence de quelques jours "les papillons, fragiles et vulnérables, ne meurent pas de vieillesse, mais de mort violente".

♥ On aime beaucoup :

 Voilà bien une sympathique fable écolo sur fond de surexploitation de la forêt amazonienne : un roman d'aventures, un thriller politique qui met en scène les enjeux complexes de la région.
  Le dessin de Frédéric Bézian est une réussite avec un beau dégradé de gris que viennent illuminer de temps à autre seulement les parures colorées des papillons : un pari audacieux mais vraiment gagné. Le gris pointillé évoque les gravures scientifiques d'antan.
Pour profiter des changements de rythme qu'autorise la BD (F. Bézian aime à dire qu'il ne fait pas du cinéma sur papier), l'album est émaillé de planches d'entomologie 'vintage' et même de quelques beaux haïkus comme celui-ci du poète japonais Arakida Mortake : 
[...] Tombé de la branche 
Une fleur y est retournée :
C'était un papillon.
 L'album semble appeler une suite, d'autant qu'une douce complicité va se nouer entre la jeune Géraldine et le brésilien Candido ... ! On attend déjà avec impatience !

Le contexte :

La réapparition d'espèces disparues de papillons n'est pas de la science-fiction. Il y a bien sûr quelques "lâchers" volontaires pour réintroduire certains insectes mais les entomologistes découvrent également des "résurrections" tout à fait naturelles comme par exemple celle de la Nonagrie soulignée dans nos marais atlantiques. Cela vient compenser un petit peu les trop nombreuses extinctions.

Les personnages :

Camille est un expert entomologiste et grand collectionneur de papillons.
Il emploie au Brésil un chasseur local, Candido.
Chez lui en France, il héberge sa jeune cousine, Géraldine qui l'aide à trier ses bestioles.
Camille et Géraldine vont rejoindre Candido en Amazonie.

Le canevas :

Cette histoire aurait pu s'intituler l'histoire du "chasseur de papillons qui n'existent pas" ... puisque l'intrigue se noue en Amazonie lorsque l'on capture par hasard un papillon censé avoir disparu depuis de nombreuses années. 
[...] - Quel est le problème ?
- Le problème c'est que ce papillon est un Parides Ascanius Nolentus.
Le problème c'est qu'il vivait dans les marais de Rio de Janeiro ... !
... et si je dis "vivait", c'est qu'il a disparu depuis des années ... !
Regarde Candido, mon chasseur, travaille dans l'état du Roraima, au nord du Brésil, à des centaines, voire des milliers de kilomètres de Rio de Janeiro !
Tu comprends le problème, maintenant ?
Un doux rêveur (Camille) et sa jeune cousine (Géraldine) vont accompagner le chasseur de papillons (Candido) au cœur de la forêt vierge pour confirmer la découverte énigmatique. 
Jusque là tout va bien pour cette petite équipe qui joue les Tintin en Amazonie, mais on se doute qu'avec Matz au scénario, la balade des gentils écolos ne sera pas de tout repos. 
Ainsi Camille rédige un article pour le National Geographic et appelle à sanctuariser le secteur pour le protéger de la déforestation : évidemment les sociétés multinationales ne voient pas d'un très bon œil les projecteurs de l'écologie soudainement braqués sur une région où ils prospéraient jusqu'ici à l'abri des regards et nos héros devront également faire face à l'hostilité des paysans locaux qui exploitent ces terres pour l'orpaillage et le pâturage. 

La curiosité du jour :

Au détour d'une belle planche d'entomologiste (page 25), l'album nous apprendra que le mot papillon vient du grec psukhê ψυχή qui signifie souffle, le souffle de la vie qui caresse ce qu'il touche et par extension âme puisque celle-ci s'envole dans notre dernier soupir. 

Pour celles et ceux qui aiment chercher les petites bêtes.
D’autres avis sur la BDthèque et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Casterman (SP).
Ma chronique dans les revues ActuaLitté et Benzine.
Une interview des deux auteurs.

vendredi 30 mai 2025

L'or du spectre (Matz, Xavier)


[...] J'ai pas tiré 5 ans pour en arriver là.

Après "Le serpent et le coyote" (paru en 2022) Matz et Xavier reprennent les routes de l'Ouest Américain et revisitent le western au son d'un auto-radio des années 70.

❤️❤️❤️🤍🤍

Les auteurs, l'album (128 pages, mai 2025) :

Philippe Xavier est un artiste dont le coup de crayon s'est aiguisé dans le domaine de la publicité et du graphisme sur le sol américain.
Matz (Alexis Nolent) est notre scénariste préféré : c'est celui de la série Le Tueur et de quelques autres albums remarquables, souvent des coups de cœur. Ses scénarios, très écrits, sont presque des romans.
Les deux complices n'en sont pas à leur coup d'essai (on leur doit notamment la série Tango - Le Lombard 2017) et L'or du spectre est un peu la suite de leur album précédent, Le serpent et le coyote (Le Lombard 2022), mais il peut tout de même se lire indépendamment. 

Le canevas et les personnages :

Dans l'album précédent (Le serpent et le coyote), on avait laissé Joe (un malfrat repenti, témoin protégé d'un procès anti-mafia), en cavale avec son camping-car quelque part sur les routes du Nouveau Mexique.
Nous voilà repartis sur les routes de l'ouest sauvage, Montana, Wyoming, Colorado, Nouveau-Mexique, au bout de nulle part : Chuck sort de 5 ans de placard et retrouve sa dulcinée, Kat.
Tous deux veulent bien sûr retrouver le butin que Chuck a enterré quelque part, avant ses vacances en taule mais ils vont tomber sur un os creux et sur un vieux pépé, qui n'est pas sûr de s'appeler Rufus, il perd la boule, et pire, la mémoire ce qui n'est pas très pratique quand on cherche après son or ! 
Le pépé gâteux croit être né en 1820 au temps de la ruée vers l'or et les indiens du coin le prennent pour un fantôme. Après tout, qui sait ...
En gros, tout le monde se retrouve avec une pelle à la main et creuse, creuse, tantôt pour déterrer un trésor, tantôt pour enterrer un gêneur. La routine de l'Ouest, quoi !
Et que les fans se rassurent, nos héros finiront bien par croiser la route de Joe dans son camping-car !

♥ On aime :

 Chuck et Kat, on les trouve plutôt sympas.
Chuck incarne l'idiot parfait : il a même révélé à un camarade de cellule l'endroit où il avait dissimulé son butin ! Et le "camarade" est évidemment sorti avant Chuck ...
C'est Kat la tête pensante, la blonde fatale dans toute sa splendeur, et le dessinateur Philippe Xavier fait tout pour nous la rendre séduisante. 
Mais elle est assez vénère après les conneries de son petit-ami.
Ce qui nous vaut des dialogues piquants puisque la belle Kat n'a pas la langue dans la poche de son jean.
« [...] - Tout va bien se passer, bébé, t'inquiète.
- C'est quand tu dis des trucs comme ça que je m'inquiète en fait. 
J'hésite. J'arrive pas à décider si t'es un pauvre con ou un sale con Chuck. Pourquoi t'as préféré dire à quelqu'un d'autre que moi où était planqué le fric ?
- Mais tu m'aimes, bébé, non ?
- Arrête de m'appeler bébé, ça m'énerve. » 
 Côté dessins, Philippe Xavier se régale (et nous aussi) : c'est du grand cinéma, digne du technicolor. Cadrages larges sur des panoramas grandioses et plans resserrés sur les trognes des personnages, tous très variés, ou les beaux yeux de Kat. 
Dans ces planches, il plane parfois comme un petit air de Blueberry, que l'on aperçoit d'ailleurs en arrière-plan page 29 : clin d’œil. 
C'est un véritable plaisir et cela nous offre un album magnifique.
 Voilà un western revisité années 70 au dessin impeccable.
L'album précédent évoquait les débuts du programme WITSEC de protection des témoins repentis et cela donnait au scénario une profondeur, une densité, que l'on ne retrouve pas vraiment ici : L'or du spectre semble manquer d'un fil conducteur un peu plus riche que les déboires de Chuck et Kate en quête de leur bonne fortune.
Peut-être faut-il voir là un épisode de transition dans une série qui ne dit pas encore son nom.


Pour celles et ceux qui aiment les westerns modernes.
D’autres avis sur BD Gest, Bdthèque et Babelio.
Album lu grâce aux éditions Le Lombard (SP)
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.  

mercredi 9 janvier 2008

BD : Le tueur

Une profession réhabilitée.

Il y a un an déjà, on avait cru la série terminée avec le 5ème album de Luc Jacamon aux dessins et Matz au scénario : Le tueur.
La série nous avait beaucoup plu et avait même eu droit à une place sur le podium du best of 2006.
Aimable surprise que ce nouvel album : Modus vivendi, où Le Tueur reprend du service après une longue absence ...
... pendant que Le Tueur se la coulait douce sur son île des Caraïbes avec femme et enfant, jusqu'à ce que des narcos viennent le narguer.
[...] La vérité c'est que quatre ans sans rien faire, c'est bien, mais ça finit par être long. Faut croire que j'étais un peu jeune, finalement, pour la préretraite.
Bien sûr ce 6ème épisode a un petit goût de réchauffé, mais les accros de la série replongeront avec délices aux côtés de ce méticuleux professionnel.
On apprécie toujours cette BD au graphisme original, moderne et nerveux mais où les textes à eux seuls valent le détour (l'utilisation de la «voix off» permet en effet une plus grande liberté d'écriture que les bulles de dialogue classiques).

Pour celles et ceux qui aiment les gentils bandits. 
D'autres avis sur Amazon.

lundi 1 janvier 2024

Bonne année 2024 !


Bonne année 2024 à toutes et à tous !

Comme de coutume, on vous souhaite tout plein de bonnes et belles lectures pour cette nouvelle année, et pour bien commencer voici déjà une petite rétrospective de l'an passé, un best-of 2023 où l'on a eu bien du mal à ne sélectionner que quelques unes de nos meilleures découvertes, que du très bon donc pour une sélection où dominent cette année la mer et l'aventure.
Si vous êtes passé à côté, il est encore temps de vous rattraper !
   
► Cliquez sur les titres en gras pour lire le billet original en entier.


Dans notre catégorie polars, toujours bien garnie !, voici quelques repères :

On l'a déjà dit, Olivier Norek est certainement le meilleur auteur français actuel de polars "mainstream" et on tient là l'un de ses meilleurs bouquins, tout simplement.
Territoires pourrait passer pour une histoire de plus sur ces banlieues agitées dont on nous rebat les yeux et les oreilles, aux infos, dans les séries, au cinéma, ... 
On sera surpris par le regard aigu et édifiant de l'auteur sur l'économie de nos banlieues : une démonstration bluffante sur l'aménagement du territoire. 
On dirait presque une vraie-fausse enquête journalistique après les émeutes de 2005. 

D'habitude on n'est pas trop fan des polars dits "historiques", mais celui-ci se passe à Lyon et à une époque pas si lointaine : à la toute fin du XIX°, en pleine affaire Dreyfus, alors que la III° République commence à s'affirmer. 
Gwenaël Bulteau, auteur de noires nouvelles, signe là un premier roman plutôt réussi : La république des faibles, pour une gravure à l'eau forte de la France d'en-bas.

Pour se réchauffer au cœur de l'hiver, on peut partir dans le bush australien avec Jane Harper et son premier roman (de 2017) : Canicule.
Une histoire qui tient plus du roman noir que de l'enquête policière. Une de ces histoires où l'on comprend rapidement que tout est réuni pour que ça finisse mal, que notre héros n'aurait pas du revenir dans ce village où il n'est pas le bienvenu, qu'il ne fallait pas venir remuer la poussière et le sable du désert sous lequel le passé est enterré.
Le portrait d'un petit village du bush australien où tout le monde se connait trop bien et se surveille de trop près, où le climat est plombé par le sable, la poussière et la sécheresse, où l'ambiance est lourde de secrets et de mensonges dont, à l'évidence, il ne sortira de bon.

Dans la catégorie Histoire ou histoires-vraies, quelques belles et instructives découvertes :

Stéphanie Perez est une journaliste et voici son premier roman, plutôt convaincant. 
Son Gardien de Téhéran n'est pas un Gardien de la Révolution, loin s'en faut, mais plus modestement le gardien du musée d'art moderne de la capitale iranienne, un musée créé par Farah Diba, l'épouse du Shah, juste avant la révolution des mollahs guidés par Khomeini.
On révisera notre histoire contemporaine avec notre guide et quelle histoire (vraie) incroyable que celle de cette collection de tableaux !

Paola Nicolas frappe fort avec son premier roman : Les enragés.
À la fin du XIX° siècle, le chimiste Louis Pasteur repose en Italie son cœur à bout de course. À Paris, ses collègues et les médecins de son Institut sont en pleine campagne de vaccination antirabique et injectent à marche forcée le sérum miracle tout en poursuivant les tests sur les chiens et les lapins. 
Toute ressemblance avec ce que nous avons connu récemment ne serait pas fortuite puisque l'auteur a écrit son récit pendant la pandémie : joli coup  pour ce véritable thriller scientifique.

Le journaliste Eric Decouty nous invite à visiter les dessous nauséabonds de la république giscardienne avec un roman documenté et rigoureux : L'affaire Martin Kowal.
Mai 1976, l'ambassadeur de Bolivie est assassiné en pleine rue à Paris. Un attentat revendiqué par une "Brigade internationale Che Guevara". 
C'est le jeune Kowal qui va mener l'enquête tout en sachant bien qu'il est manipulé. Mais qui exactement tire les ficelles et pourquoi ? Qui sont ces fantômes de l'OAS qui rôdent en coulisse ?
Les Brigades internationales ne sont évidemment qu'un leurre bien commode mais qui se cache derrière ? Les rescapés de l'OAS ont fui en Amérique du sud, comme les nazis avant eux, mais quels sont leurs liens inavouables avec les sicaires des dictatures latines installées par la CIA ?

Dans la catégorie aventure, quelques grands voyages et périlleuses expéditions, tirés d'histoires vraies comme les aime. Mais ce sont des lectures qui ne seront pas de tout repos :

Justine Niogret nous conte une expédition en Antarctique, celle qui vers 1910 conduisit trois hommes au désastre : Quand on eut mangé le dernier chien.
Il faudra se laisser happer par ce récit d'une histoire vraie, documentée avec beaucoup de rigueur, mais emportée par la force d'un excellent roman, rédigé d'une plume puissante. Ce bouquin est un coup de cœur, un véritable page-turner, qu'on lira d'une traite, tellement on aura hâte de sortir de l'enfer dans lequel nous aurons plongé avec ses héros. 

Yan Lespoux s'est inspiré du naufrage d'une armada portugaise en 1627 sur les côtes de son Médoc natal pour nous raconter des aventures pleines de bruit et de fureur qui nous emmèneront de Lisbonne jusqu'en Inde à Goa, puis à São Salvador de Bahia au Brésil pour revenir près de Lacanau.
Pour mourir, le monde est un grand roman d'aventures, fort bien documenté, où trois histoires s'entrecroisent, une véritable immersion dans le monde de la mer au XVII° siècle.

L'américain spécialiste du récit de "non-fiction" David Grann nous embarque en 1740 à bord du Wager, vaisseau de l'Empire britannique, en mission secrète pour piller un galion espagnol.
L'expédition sera un fiasco lamentable et les naufragés du Wager échoueront sur une petite île déserte au large du cap Horn. 
Quelle aventure que celle de ces marins partis dans des conditions épouvantables sur les mers furieuses, à la poursuite d'un vain trésor de guerre : on est captivé par la résistance de ceux qui eurent la chance d'en réchapper et leur volonté de survie.
  

Dans la catégorie des îles (et pourquoi pas ?!) voici trois belles pépites sorties du flot des éditions 2023 :

Sorj Chalandon avec L'enragé il s'empare d'une histoire vraie : la révolte de 1934 des enfants incarcérés dans une "maison de correction" (bel euphémisme) de Belle-Île-en-Mer (ah, le charme des îles ...), un ancien bagne de communards. Tout un programme. 
On aimera la rage qui anime le héros du livre et qui jaillit de la prose magistrale de l'auteur : on sent bien que tous deux partagent une enfance maltraitée, le mot est faible. De toute évidence, il fallait un Sorj Chalandon pour raconter l'histoire de l'Enragé, [celle d’un enfant battu qui me ressemble] dira l'auteur, et rarement un livre aura aussi bien mérité son titre. Un livre dur et sans pathos.

Bergsveinn Birgisson est le dépositaire des histoires transmises par son grand-père qui fut, comme le héros du livre, éleveur et pêcheur dans le nord-ouest de l'île.
On appréciera la belle langue de cette Lettre à Helga qui donne à ce monologue toute sa musicalité et qui réussit à transformer cette lettre d'amour en une véritable saga nordique.  
On se passionnera lors de cette immersion dans un siècle d'histoire sociale de l'Islande, pour cette découverte de la vie authentique des éleveurs islandais qui alimentaient la Norvège en gigots d'agneau.
C'est un peu comme une invitation à visiter les coulisses des polars d'Indriðason et consorts.

Restons en Islande avec Joachim B. Schmidt, un petit suisse venu du fin fond des Grisons, tombé amoureux de l'Islande et installé depuis à Reykjavik ! 
On y découvrira l'Islande à travers les yeux de Kalmann, l'idiot du village qui a oublié d'être bête. 
Bienheureux seront ceux qui se laisseront bercer par le rythme lent de la vie de ce petit port de pêche désormais oublié mais qui rêve encore au temps de sa splendeur, quand la pêche au hareng battait son plein et qu'on n'arrivait pas à loger tous ceux qui venaient travailler ici.

Hors catégories, voici quelques très bons bouquins découverts cette année :

Le célèbre norvégien Jo Nesbo délaisse son inspecteur fétiche Harry Hole pour s'attaquer à un gros pavé, un roman noir comme l'on dit.
Leur domaine c'est celui de deux frères qui tiennent station service et ferme d'alpage, tout là-haut dans les montagnes de Norvège.
L'auteur prend tout son temps pour installer une ambiance tendue, sourde, menaçante, celle des huis-clos familiaux plombés de trop lourds secrets. Le drame est fait de non-dits, les dialogues de sous-entendus, le récit de spirales entre passé et présent où l'on découvrira peu à peu différentes vérités.

Il nous faut absolument citer le croate Jurica Pavičić
Après L'eau rouge, on aura le plaisir de le retrouver avec cette Femme du deuxième étage où l'on appréciera toujours son talent de conteur désabusé d'histoires tristes. 
On savourera une plume qui fait des miracles malgré le côté sombre et pas très gai de cette histoire qui ressemble à une tragédie grecque. Un roman noir baigné par l'histoire récente et tourmentée de la côte dalmate.
On a même complété ce roman avec un recueil de nouvelles du même auteur : Le collectionneur de serpents. Des nouvelles qui évoquent les guerres qui ont durablement blessé cette région.

Un roman noir très marquant que cette Femme paradis de Pierre Chavagné, du "nature-writing" bien ancré en Occitanie, dans la région d'Uzès.
Une femme mystérieuse se cache en pleine nature, mi-ermite, mi-sauvageonne, une sorte de Robinson Crusoé version féministe et continentale.
Qui est cette femme, quelle était sa vie d'avant, que lui est-il arrivé, et qu'est donc devenu notre monde qui semble lui aussi, avoir basculé dans l'horreur ... ?
Un roman noir très réussi et une histoire coup de poing. L'histoire de cette femme est rude comme la forêt, sauvage comme la nature qui l'entoure.

Et enfin, dans la catégorie BD voici quelques beaux albums découverts cette année qui aura vu se remettre en route notre machine à BD :

Etienne Davodeau est un peu notre dessinateur fétiche et l'on ne pouvait manquer son dernier album : Le droit du sol, un journal de voyage où il raconte et dessine son périple (à pied) depuis la grotte préhistorique de Pech Merle dans le Lot jusqu'au site d'enfouissement des déchets nucléaires de Bure dans la Meuse.
On retrouvera l'humilité de l'auteur, dans ses dessins comme dans ses textes, sa modestie, son autodérision, tout ce qui cache son humanité, sa généreuse culture et son engagement. 

Dans Le serpent et le coyote, on retrouvera les BD "à texte" de Matz qui sait jouer les "écrivains" et qui s'y entend pour nous faire partager la route d'un coyote solitaire comme on les aime : on ne se lasse pas de ces monologues ou de ces dialogues, de ce ton sec et nerveux qui claque et qui est celui des meilleurs romans noirs US. 
Les auteurs se sont emparés ici d'un thème cher au polar noir : le programme US de protection des témoins, le WITSEC (le Witness Security Program) qui offre, aux frais de l'État, une seconde vie aux truands qui acceptent de témoigner contre de pires truands. 

Christian Lacroix dit Lax est un auteur qui signe ses scénarios comme ses dessins. L'université des chèvres est un très bel album dans une tonalité socio-naturaliste qui rappelle un peu le style Davodeau, encore lui.
On découvrira un scénario très astucieux, façon "la boucle est bouclée", qui réussit à croiser les destins, les géographies et les époques sans que cela paraisse artificiel : de 1883 à 2019, une histoire portée par un propos parfaitement maîtrisé. 
Cet album est un élégant plaidoyer pour l'école, la liberté et l'indépendance de l'enseignement. 

Il y a quelques semaines, on avait également préparé une liste de "cadeaux de Noël" : vous y retrouverez le best-of ci-dessus bien sûr, mais également d'autres bonnes idées : c'est ici.

Bonnes lectures, bonnes aventures et bonne nouvelle année !