vendredi 10 mars 2023

Le dernier des siens (Sybille Grimbert)

[...] Se pourrait-il que nous, êtres humains, ayons commis une erreur ?

      L'auteure, le livre (190 pages, 2022) :

Il y a longtemps (2010 !) on avait découvert l'auteur ukrainien Andreï Kourkov et sa série de livres amusants où le héros journaliste vivait avec un pingouin dans sa baignoire.
Avec Le dernier des siensSybille Grimbert, dont les romans flirtent parfois avec le fantastique, nous propose une autre histoire d'amitié entre un humain et un drôle de volatile.

      On aime un peu :

❤️ Une gentille histoire joliment racontée mais au ton désabusé et mélancolique : nous assistons en direct à l'extinction d'une espèce. Une sorte de témoignage posthume.

      Le contexte :

L'histoire commence vers 1836 juste avant l'extinction de l'espèce : le dernier "vrai" Grand Pingouin a été tué en 1844 sur la toute petite île d'Eldey en Islande, là même où commence le bouquin de Sybille Grimbert - il n'existe donc pas de photo de cet animal, uniquement des dessins.

      L'intrigue :

Un naturaliste recueille et adopte l'un des derniers Grands Pingouins.
[...] Ce n’était pas de l’amour, ni de l’amitié, ce n’était même pas de la complicité. Le mot claqua quand il le formula : il se sentait responsable.
[...] L’animal cria à son entrée, se dandina vers lui le plus vite qu’il put, du moins ce fut l’impression qu’il donna à Gus. Son cri avait été bref, pareil à l’expression d’un soulagement, de la joie de ne pas avoir été oublié.
[...] Le rapport tactile avec un animal était essentiel, que sans connaître l’épaisseur de la peau, l’implantation des poils, la longueur des plumes, on ne pouvait comprendre une bête.
[...] C’était ridicule quand il y réfléchissait, mais il pensait avoir acquis un esprit pingouin.
Mais la chasse continue partout dans l'Atlantique Nord et Prosp le pingouin (qui voyage d'Islande aux Féroé puis au Danemark en compagnie du naturaliste Gus) est bientôt le dernier des siens ...
[...] Juste avant que Gus ne s’embarque pour les Orcades, Cuvier avait publié un article sur le dodo, qui avait disparu. Or il fallait bien l’avouer : il existait entre le volatile de l’île Maurice et Prosp une ressemblance spectaculaire.
[...] Il avait devant lui l’animal le plus seul sur terre. Un animal sans semblables, seul de son genre.
[...] En quoi les grands pingouins, qui vivent loin de nous, nous nuiraient-ils ? Je ne vois pas. Alors, se pourrait-il que nous, êtres humains, ayons commis une erreur ?

      On aime moins :

 Le traitement un peu superficiel d'une histoire qui partait d'une excellente idée : même si Gus et Prosp sont attachants (et attachés l'un à l'autre), il manque peut-être un souffle épique ou un supplément d'âme à ce récit trop gentillet qui n'arrive pas vraiment à nous transporter jusqu'aux Féroé de cette époque.
À moins que cette mélancolie ne préfigure ce que sera la notre dans quelques années quand les autres espèces auront disparu ...

Pour celles et ceux qui aiment les pingouins.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.

mercredi 8 mars 2023

À l'origine, la femme derrière le tableau (Cécile Cerf)

[...] Je vois une scène interdite et je suis interdit.

      L'auteure, le livre (300 pages, 2022) :

Cécile Cerf est agrégée de lettres : il n'en fallait sans doute pas moins pour oser s'atteler à l'histoire du légendaire tableau de Courbet, L'origine du monde [clic].
Son enquête historique nous permet de découvrir À l'origine, La femme derrière le tableau.

      On aime un peu :

❤️ L'histoire passionnante de ce tableau mythique et sulfureux que ses propriétaires gardaient secret (la couverture du livre en témoigne !) et dont on perdit la trace pendant plus d'un siècle.
❤️ Le point de vue résolument féminin ou féministe de l'auteure (nous sommes le 8 mars !).

      Le contexte :

L'histoire vraie du célèbre tableau du jurassien et athée Gustave Courbet : L'origine du monde.
À la fin du XIX°, Courbet est le chef de file des peintres Réalistes, exclus des salons parisiens encore confits dans l'académisme romantique tandis que Paris se remet difficilement de La Commune, celle des pétroleuses.
[...] Cette Commune voudrait tout détruire et revenir à cela. Et Courbet, qui proclame partout qu'il en a assez du marbre et des Aphrodite polies.
Le tableau fut commandé par un diplomate d'origine turque, Khalil Bey et l'on veut croire que le modèle (dont on ne voit pas le visage) était peut-être sa maîtresse, Constance Quéniaux, une danseuse.
[...] Ce Paris insouciant d'avant la Commune où un ambassadeur de la Sublime Porte pouvait entretenir une demoiselle de l'Opéra et faire portraiturer son intimité par un Jurassien athée.
Khalil Bey, ruiné, fut bientôt obligé de vendre ses collections, et l'on perdit la trace de ce petit tableau sulfureux pendant plus d'un siècle jusqu'à ce que le psychanalyste Lacan en fasse l'acquisition et que ses héritiers le cèdent finalement au musée d'Orsay.

      L'intrigue :

La crudité réaliste du sexe peint en gros plan déchaina les passions, à l'époque tout comme encore aujourd'hui : en 2013 même, une nouvelle affaire défraya la chronique des arts.
Cécile Cerf se régale (et nous avec) à rapporter les propos particulièrement féroces des bourgeois phallocrates du XIX° et l'intelligentsia parisienne ne ressort pas vraiment grandie de ces pages, c'est le moins qu'on puisse dire : les Alexandre Dumas (fils), Théophile Gautier, Gustave Flaubert, Maxime du Camp,...  se déchainent avec une rare violence contre Courbet en particulier et les femmes en général.
[...] Aujourd'hui la sauvagerie revient, par les femmes, encore et toujours. Le peuple redevient horde, la femme redevient une femelle.
[...] La Commune et la peinture réaliste de Courbet sont les deux faces d'un même phénomène : ces hommes impuissants, ces femmes qui veulent la toute-puissance, qui veulent voter, faire la guerre, décider de tout, mènent Paris au bûcher. Voilà la famille moderne.
Le narrateur (Maxime du Camp) mène l'enquête pour enfin savoir quelle était donc cette femme qui avait osé poser pour Courbet : le prétexte à visiter et "interviewer" ce qui compte dans le Tout-Paris de l'époque.
[...] Ne trouvez-vous pas plaisant qu'il ait choisi une artiste pour modèle, et précisément une danseuse, et qu'il lui ait coupé la tête et les jambes, alors que chez une ballerine, on vante le cou-de-pied et le port de tête ?

      On aime moins :

 Le bouquin nous donne quelques belles pages (édifiantes !) sur les danseuses de l'Opéra dont Constance faisait partie : c'est le sujet de prédilection de l'auteure qui veut nous faire partager sa passion. Mais ces digressions sont un peu trop nombreuses et envahissantes au point que souvent, le tableau de Courbet passe au second plan.
On aime moins aussi les derniers chapitres sur Charcot et la Salpêtrière : ces pages féministes sont peut-être salutaires et nécessaires, bien sûr, mais flirtent un peu trop avec le guide touristique wikipédia.
On regrette aussi un peu que le roman se cantonne à son titre, son époque et son sujet (l'origine du tableau) sans aller plus loin pour retracer toute l'histoire mystérieuse et mouvementée de cette peinture jusqu'au musée d'Orsay.

Pour celles et ceux qui aiment les dessous (de la peinture).
D’autres avis sur Babelio (livre lu grâce à Babelio - Masse Critique)

Territoires (Olivier Norek)


[...] Vous imaginiez qu’on peut gouverner innocemment ?

      L'auteur, le livre (384 pages, 2015) :

Jusqu'ici on n'avait pas vraiment été attiré par l'un des premiers bouquins d'Olivier Norek : Territoires.
Une histoire de plus sur ces banlieues agitées dont on nous rebat les yeux et les oreilles, aux infos, dans les séries, au cinéma, ...
Mais c'était oublier un peu vite que l'auteur a été flic en Seine Saint-Denis : on tient là l'un de ses meilleurs bouquins, tout simplement.
Et côté cinéma on pensera plutôt au film de Thomas Kruithof, Les promesses (avec Huppert et Kateb), qu'à Bac Nord.

      On aime très beaucoup :

❤️ Le regard aigu et édifiant de l'auteur sur l'économie de nos banlieues : une démonstration bluffante sur l'aménagement du territoire. 
On dirait presque une vraie-fausse enquête journalistique après les émeutes de 2005.
L'intrigue policière est prenante bien sûr mais c'est notre curiosité qui nous fait dévorer ce bouquin, pour en découvrir plus sur le fonctionnement des cités et des banlieues, territoires mal connus.
Amateurs de bons polars ou curieux de notre société, chacun y trouvera son compte.
❤️ La prose toujours très convaincante d'Olivier Norek : des personnages bien typés (même les seconds couteaux), des dialogues incisifs, un montage cinéma, bref du très bon polar. Norek est certainement le meilleur auteur français de polars "mainstream" du moment. 

      Le contexte :

Dans les banlieues, le trafic de drogue représente une véritable économie qui fait vivre une bonne partie de la cité.
L'auteur nous fait toucher du doigt les véritables enjeux et les compromissions du pouvoir, municipal ou national.
[...] – Je vous l’accorde Sam, l’effet est agréable. Il attrapa le pain de résine encore collante et le fit tourner dans ses mains. 
– Dommage que cela pourrisse les cités. 
– On peut le voir comme ça. C’est aussi ce qui les fait vivre. Une des raisons pour laquelle l’État refuse de dépénaliser. La vente de cannabis rémunère une partie de cette population dont on ne sait pas quoi faire. Si on leur retire ce gagne-pain, ils devront trouver une autre source de revenus. Braquages, prostitution, enlèvements. C’est un moindre mal dans une situation sans issue.
[...] Seuls 30 % des enfants issus de milieux défavorisés ont décroché le BEP alors que la moyenne nationale est de 80 %. D’après vous, à la sortie, qui donne du travail aux 70 % restants ? 
[...] Vous ne savez pas comment gérer ces milliers de gamins sans diplômes ni emplois, mais moi je m’en occupe. Je leur donne un travail et ils font vivre leurs familles.
[...] Maintenant, avec le trafic en ma possession, je suis le premier employeur des cités. Je peux les tenir en laisse, ou les lâcher.

      L'intrigue :

Règlement de comptes dans une commune du 9-3 : le trafic de drogue change de mains. Quelques morts sur le carreau de la cité, et même un adjoint de la mairie torturé chez lui. 
[...] – Une prise de pouvoir sur les dealers. Trois morts. Deux nourrices débauchées, dont une sur le carreau. Jusque-là, ça se tient. 
– Un adjoint au maire ancien complice d’un des trafiquants, poursuivit Ronan.
[...] – Tu vois un lien dans tout ça ? demanda Sam, un peu dépassé.
– Justement, aucun. Une commune entière est visiblement en train de bouillir et personne ne sait d’où vient la source de chaleur.
Le point de départ d'un thriller haletant pour le commandant Coste et son équipe, et de quelques heures édifiantes pour le lecteur.

Pour celles et ceux qui aiment comprendre.
D’autres avis sur Babelio.

lundi 6 mars 2023

Les refuges (Jérôme Loubry)

[...] Ne reste pas sur cette île, ma petite.

    L'auteur, le livre (360 pages , 2019) :

Avec Les refuges, on découvre Jérôme Loubry, spécialiste du thriller diabolique et étrange où le marionnettiste prend un "malin" plaisir à retourner ses personnages et surtout son lecteur.

    On aime bien :

❤️ Le contexte historique et la référence au Roi des Aulnes (celui du poème de Goethe), plutôt bien exploités.
❤️ Les surprises d'un thriller dont la construction savante repose sur le concept psychiatrique du "refuge" (psychic retreat).

      Le contexte :

Après guerre, sur une petite île de Normandie, quelques docteurs à l'eugénisme bien intentionné organisent un joli camp de vacances, histoire de mieux étudier quelques enfants bons aryens nés d'une mère ayant fauté avec l'ennemi.
Un Shutter Island revisité à la française ...

      L'intrigue :

Quarante ans plus tard, Sandrine, la petite-fille de l'une des nurses du camp retrouve les traces de sa grand-mère dont elle ne savait rien : il reste encore une poignée de vieux sur cette île mystérieuse qui gardent le secret du Roi des Aulnes.
[...] Elle se persuada que le Roi des Aulnes n’était rien d’autre qu’un personnage sorti d’un conte pour enfants, un simple monstre errant dans les cauchemars des pensionnaires pour troubler leur sommeil. Elle n’avait pas fait mention des dessins sur les murs des chambres.
Mais on retrouve bientôt Sandrine errant sur la plage à moitié folle, couverte d'un sang qui n'est pas le sien, complètement traumatisée.
Ce bouquin n'a pas d'autre prétention que de vous distraire quelques heures avec un suspense tordu à souhait, une intrigue à retournements successifs et quelques curiosités bien exploitées, on l'a dit.

      On aime moins :

 La première partie est un peu longue à se mettre en place et l'écriture reste basique, parfois même maladroite, mais il faut persévérer pour savourer la suite, beaucoup plus intéressante.

Pour celles et ceux qui aiment les croquemitaines.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.

mercredi 1 mars 2023

Simple mortelle (Lilian Bathelot)

[...] Ils ont fabriqué un coupable.

    L'auteur, le livre (448 pages, 2018) :

L'aveyronnais Lilian Bathelot a vécu plusieurs vies et connu toutes sortes de métiers avant de venir sur le tard à l'écriture. 
Simple mortelle est l'un de ses derniers romans, un roman noir qui vient comme en écho au bouquin de Thierry Brun lu récemment, Ce qui reste de candeur : les garrigues de l'Occitanie, un ancien baroudeur, une jolie fille, ...

      On aime :

❤️ La construction d'un récit qui s'affranchit subtilement de la chronologie pour composer par touches successives un tableau d'ensemble que le lecteur découvre peu à peu : des époques différentes, des ellipses temporelles, des personnages que l'on ne croise que pour quelques pages ou plus, ... Une construction savante qui s'avère étonnamment fluide et rythmée ce qui rend la lecture très prenante puisque le suspense s'installe rapidement, façon chronique d'un drame déjà annoncé.
❤️ Une belle histoire d'amour entre une institutrice enfin libérée de ses obligations familiales et un vieux baroudeur des maquis des Corbières, quelques beaux portraits de femmes.
❤️ Du nature-writing régional à la française et un message écolo discret qui évite le pamphlet.
[...] Pourquoi dérouler le fil des événements qui m'ont conduite où j'en suis aujourd'hui ? Pour justifier aux yeux de mes frères humains ce que je suis en train de faire de mes jours et de mes nuits ? Ai-je tant à justifier ? 

      Le contexte :

Dans le massif audois des Corbières, la construction d'un barrage qui ne fait pas l'unanimité auprès de la population locale. 

      L'intrigue :

Une nouvelle institutrice débarque au village. Elle fait la connaissance d'un homme au passé trouble, un ancien chien de guerre, un ex-légionnaire réformé du Zaïre. 
Gendarmes, barbouzes et RG s'activent pour éviter la naissance d'une nouvelle ZAD ...
Tous semblent réunis ici pour que ça finisse mal. 
[...] En surface, Louis Lacan pourrait passer pour un homme tranquille vivant sans histoire à Malissègre, un petit village isolé des montagnes du département de l'Aude où il travaille à l'occasion en tant que vacataire... Rien que de très ordinaire, donc, en apparence tout au moins.
Mais dès que l'on gratte un peu sous ces apparences, on découvre vite les côtés plus obscurs du personnage. Le premier point qui fait de lui un suspect particulièrement dangereux, c'est que cet homme a été soldat.
[...] Mouillé avec l'extrême droite d'un côté, l'autre, avec les altermondialistes de l'autre, dans des attentats, des sabotages. Personne n'aura à cœur de lever le petit doigt pour le défendre. Ni à droite ni à gauche. Ni au village. Voilà. C'est ça. Maintenant, c'est clair dans sa tête. Ils ont fabriqué un coupable.

     On aime moins :

Quelques pages, peu nombreuses fort heureusement, où jaillit une grossièreté inutile, si ce n'est pour souligner la bêtise de certains pandores, ce qu'on sait tous déjà.
Quelques envolées lyriques, un peu mélo, pas très utiles non plus, dans cette belle histoire qui aurait encore gagné à être racontée d'une plume plus sèche, plus rude, à l'image de cette région des Corbières.

Pour celles et ceux qui aiment les légionnaires et les institutrices.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.

Le soleil rouge de l'Assam (Abir Mukherjee)

[...] J’ai croisé un fantôme, un mort.

      L'auteur, le livre (416 pages, 2023) :

L'écossais d'origine indienne Abir Mukherjee n'est pas un inconnu [clic], et le revoici avec son quatrième épisode du cycle des aventures du flic anglais opiomane Sam Wyndham et de son collègue hindou, le brahmane Sat.

      On aime (mais on préfère les précédents) :

❤️ Un regard caustique, acerbe, presque cynique sur le racisme arrogant des britanniques, que ce soit envers les juifs londoniens au début du siècle quand ils fuyaient la Russie ou quelques années plus tard envers les indiens des colonies.

      Le contexte :

L'Inde, son ambiance surannée des années 20, les intrigues policières à la Agatha Christie.
L'Angleterre du début du siècle et les faubourgs miséreux de Londres, façon Jacques l'Éventreur (mais en plus cool quand même).
L'empire colonial britannique qui vacille avant son effondrement, tout un contexte social et historique mal connu à (re-)découvrir grâce à la visite guidée proposée par l'auteur.

      L'intrigue :

Le britannique opiomane Sam entreprend d'en finir avec son addiction et commence son sevrage par une retraite dans un ashram.
En chemin il aperçoit une silhouette fugitive qui le ramène vingt ans en arrière, à l'époque où il n'était encore qu'un simple flic dans les faubourgs de Londres.
[...] J’ai croisé un fantôme, un mort, un homme que j’ai vu pour la dernière fois il y a presque vingt ans. [...] Il est difficile d’oublier le visage de l’homme qui a essayé de vous tuer.
En alternant les chapitres, Mukherjee nous entraîne dans une double histoire : une enquête menée au début du siècle par le policeman londonien et vingt ans plus tard, son difficile sevrage de la drogue en Inde.

    On aime moins :

Une première partie qui tarde un peu à se mettre en place, détaillant à loisir les souffrances de Sam dans son ashram entre deux tisanes vomitives.
L'alternance des chapitres qui nous baladent entre deux époques et deux pays sans qu'on ait vraiment le temps de s'imprégner de l'un ou de l'autre : on préférait le charme des romans précédents, beaucoup plus "indiens".
Visiblement après deux premiers épisodes flamboyants, la série accuse une baisse de régime, mais que cela ne vous empêche pas de découvrir ces enquêtes.
Reste intact, l'inimitable humour finaud de Mukherjee, so british :
[...] S’attarder sur des histoires d’amour, comme admettre aimer la cuisine française, est une faiblesse plutôt répugnante et résolument non anglaise.
Ou à propos d'une jolie dame :
[...] Nous sommes peut-être tous créés à l’image de la divinité, mais certains sont visiblement plus proches de l’original que d’autres.

Pour celles et ceux qui aiment l'opium.
D’autres avis sur Bibliosurf, Babelio et un article de Telerama.

lundi 20 février 2023

Dans les murmures de la forêt ravie (P. Alauzet)

[...] Ça recommence comme avant.

    L'auteur, le livre (112 pages, 2023) :

Scénariste et homme de cinéma, Philippe Alauzet signe son premier roman avec Dans les murmures de la forêt ravie, un roman noir rural comme on dit.

     On n'aime pas vraiment :

Un noir prometteur qui s'annonçait sec et rude comme les pâturages du midi mais qui s'avère complètement noyé dans une prose lyrique et introspective mais surtout beaucoup trop verbeuse.
Déception pour ce rendez-vous manqué.

      Le contexte :

Les troupeaux de brebis et les ravages causés par les loups.
[...] Depuis qu’il est de retour, on compte les cadavres d’ovins par dizaines. Personne n’a les moyens d’encaisser une telle perte sans broncher.

      L'intrigue :

Un vieux berger veuf, son chien, ses brebis, sa fille (dans l'ordre), et un ouvrier agricole.
Ah, j'allais oublier l'essentiel : une forêt et un loup. Le genre de loup qui égorge les brebis.
Le drame est inévitable, il n'y a pas de place pour tout le monde et trop d'acteurs dans ce "huis clos" cerné par la forêt menaçante.
[...] Jean, à leurs yeux, c’est la caricature du paysan tel que l’imaginent ceux de la ville : un péquenaud taiseux, fruste, méchant, arriéré, arc-bouté sur sa bêtise. Il les ferait tous passer pour des sauvages.
[...] Il se figea. Lentement, il fit glisser son fusil, l’empoigna, le pointant devant lui. Tous crocs dehors, dressé sur ses pattes puissantes, un loup de grande taille le fixait de son regard de foudre, vibrant d’un grondement sinistre.

Pour celles et ceux qui aiment les loups et les brebis.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.

vendredi 17 février 2023

Le stradivarius de Goebbels (Yoann Iacono)

[...] On dit que les violons ont une âme.

      L'auteur, le livre (268 pages, 2021) :

Le bordelais Yoann Iacono, haut fonctionnaire politique dans le civil, est né en 1980.
En 2021 il publie Le stradivarius de Goebbels, son premier roman, résultat de sa longue enquête sur l'histoire du violon offert par Goebbels à la jeune musicienne prodige japonaise Nejiko Suwa
Un roman où il explore l'instrumentalisation de l'art par la politique.

      On aime un peu :

❤️ Une petite histoire vraie au cœur même de la grande et terrible Histoire. La guerre vue sous un angle inhabituel.
❤️ Le destin peu ordinaire de cette toute jeune japonaise qui traverse "innocemment" les horreurs de l'époque, uniquement préoccupée de sa musique, dans les douces coulisses feutrées des auditoriums, salles de concert et grands hôtels.
❤️ Le mystère qui entoure l'instrument jusqu'aujourd'hui encore puisque Nejiko est décédée en 2012 et que son neveu garde toujours le violon et son secret.

      Le contexte :

La jeune violoniste prodige n'a que 23 ans et poursuit ses études de musique à Paris, lorsque le nazi Goebbels lui offre le violon et une place au Philharmonique de Berlin, histoire de fêter dignement l'alliance entre les deux pays.
[...] La culture autoritaire et impérialiste japonaise de l'ère Showa épouse assez exactement celle du régime nazi.
C'est un instrument de musique rarissime, sans doute le résultat de la spoliation des juifs.

      L'intrigue :

[...] L'histoire commence en Allemagne le 22 février 1943, vingt jours après la chute de Stalingrad. Le matin, à Munich, Sophie Scholl, 21 ans, est guillotinée avec son frère pour avoir distribué à I'Université des tracts appelant à la résistance contre Hitler. Le soir, à Berlin, le ministre de l'Education du Peuple et de la Propagande du Reich Joseph Goebbels offre un violon Stradivarius à Nejiko Suwa, jeune virtuose japonaise.
Le Stradivarius controversé est certainement un instrument confisqué à ses propriétaires juifs et l'auteur s'invente un double littéraire chargé d'enquêter à la Libération sur ce fameux violon en vue de le retrouver.
[...] On dit que les violons ont une âme. Les luthiers parlent toujours à voix basse de cette pièce d'épicéa placée à l'intérieur de la caisse de résonance et située à quelques millimètres du pied droit du chevalet. Le placement de l'âme à l'intérieur de l'instrument se fait quand il est terminé, avec une pointe aux âmes.
[...] Et cette question qui revient toujours: qui jouait de ce violon avant elle ? Quelle était la sensibilité de ce mystérieux musicien ? Son répertoire, son style, son rythme ?
[...] La guerre, elle laisse cela aux hommes, aux Oshima, aux Gerigk, Goebbels. Elle s'est persuadée que toute idéologie est par essence impérialiste, elle n'a jamais cherché à creuser le sujet. Sa guerre à elle est bien plus personnelle, obsessionnelle, dompter ce maudit violon. Le faire plier, le dresser, l'asservir.

      On aime moins :

En dépit du travail de recherche fourni par l'auteur, on a été un peu déçu par le style un peu distancié, le survol un peu fade de cette histoire qui hésite entre roman historique et enquête journalistique : ce mystérieux violon était vraiment un sujet passionnant, mais le bouquin manque d'émotion, de souffle, d'âme (un comble pour une histoire de violon !).
Peut-être parce que Nejiko tout comme son violon restent insaisissables ...

Pour celles et ceux qui aiment la musique.
D’autres avis sur Bibliosurf, Babelio et une interview de l'auteur.

mercredi 15 février 2023

Lady Chevy (John Woods)

[...] Nous avons laissé ça arriver.

      L'auteur, le livre (466 pages, 2022, 2020 en VO) :

L'américain John Woods connait bien les Appalaches de l'Ohio qui l'ont vu grandir. 
Après quelques nouvelles, Lady Chevy est son premier roman que le New York Times a retenu comme l'un des meilleurs romans noirs de 2020.


      On aime un peu :

❤️ Un premier roman plutôt bien maîtrisé avec une histoire puissante. Un roman noir, désenchanté, réaliste, désabusé, dérangeant et tout à fait amoral.
❤️ Un ton, un style, qui évitent le misérabilisme tout comme le pamphlet polémique (la pollution, la pauvreté, le racisme, ...) : bien sûr les messages passent au fil des pages, l'air de rien, mais l'héroïne Chevy est une boule de colère pétrie d'énergie contenue et c'est elle qui donne le ton.
❤️ Des personnages franchement borderline et qu'on n'oublie pas comme cette Lady Chevy originale au caractère bien trempé, qui n'a pas froid aux yeux (de beaux yeux orangés) et qui "déménage" comme on dit, et puis ce Hastings, un shérif adjoint aux comportements pour le moins inattendus.
[...] - Je croyais que vous étiez un gentil monsieur.
- Dans ce cas. Je tuerais d'abord ton chien.
[...] La vie d'un homme ne peut quand même pas se résumer à essayer de rendre heureuse une salle conne.

      Le contexte :

Le bouquin a été écrit en 2020, juste avant l'assaut sur le Capitole.
Une immersion au cœur de l'Amérique profonde, celle des laissés pour compte qui n'ont plus grand chose à perdre. Ni à gagner d'ailleurs. 
[...] Un curieux brassage de hippies vegan anti-déforestation et de fermiers racistes pro-armes.
Un Ohio pauvre et sans avenir, déserté par les industries, où les plus pauvres ont dû louer leurs terres aux "frakers" des grandes entreprises minières qui pratiquent la fracturation hydraulique pour pomper le gaz de schiste. 
L'eau polluée est devenue imbuvable, la terre tremble pendant la messe, les enfants naissent difformes.
[...] Les experts soutiennent que la fracturation hydraulique est sans danger. C'est ce que dit le journal local, comme il a commencé à le faire cinq ans avant leur arrivée, pour nous préparer, pour nous convaincre. Leurs discours rassurants promettaient richesse et sécurité à cette partie oubliée de la vallée de l'Ohio.
[...] Peu après l'installation des tours, mon petit frère est né difforme. Son oreille gauche est repliée sur elle-même, comme une aile de chauve-souris. Et ses yeux bleus sont toujours baignés de larmes. Les crises reviennent chaque semaine gencives serrées dans des spasmes, bave teintée de sang. Ses membres potelés pris de secousses tapent contre le sol Ses cris sont des gargouillements étouffés dans une bouche noyée d'écume. Papa prend rarement son fils dans ses bras, pose rarement un regard sur lui. Il l'évite comme si mon frère était un trou dans lequel il pouvait tomber. Nous avons laissé ça arriver.
[...] J'adore mon frère, mais j'ai vu d'avantage de réactions intelligentes chez des veaux tout juste nés.

      L'intrigue :

Amy Wirkner est une jeune fille de 18 ans, pas trop gâtée par la nature.
[...] On m'appelle Chevy parce que j'ai le derrière très large, comme une Chevrolet. Ce surnom remonte au début du collège. Les garçons de la campagne sont très intelligents et délicats.
Elle s'apprête à prendre le large pour quitter cette contrée oubliée des dieux : c'est la seule à pouvoir prétendre à des études universitaires pour devenir vétérinaire.
Si elle réussit à dégoter une bourse et si tout se passe bien.
Mais y'a-t-il encore des lecteurs suffisamment naïfs pour croire que tout va bien se passer ?
Car nous sommes dans un roman noir, au fin fond de l'Ohio.

     On aime moins :

Quelques envolées introspectives un peu pesantes sur les états d'âme de Chevy ou le suprémacisme blanc (le grand-père de Chevy était le grand manitou du KKK pendant les belles années, ça vous forge une famille).
Plus généralement, la prose de John Woods aurait sans doute gagné à être allégée, épurée et grattée jusqu'à l'os tant son histoire se suffisait à elle-même.
Et la toute dernière partie du bouquin, très désabusée, pourra décevoir quelque peu où John Woods s'apitoie un peu trop sur son triste sort d'américain dont le pays part en sucette (et c'était pourtant avant le 6 janvier 2021). 

Pour celles et ceux qui aiment les rednecks.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.

dimanche 12 février 2023

Rapimentu (Jan Länden)


[...] Elle a accepté de jouer l'appât.

      L'auteur, le livre (448 pages, 2022) :

Après un premier épisode avec Leena, on avait hâte, avec ce Rapimentu, de retrouver le petit suisse Jan Länden dont le pseudo cache un vrai flic helvétique encore en activité.

      On aime mais on préfère le précédent :

❤️ L'exotisme helvétique, les expressions colorées et le gentil chauvinisme de nos voisins.
❤️ Un épisode digne du précédent, tout aussi rythmé, haletant et bien construit. 
❤️ La visite guidée des ramifications européennes du banditisme et des collaborations inter-polices.

      Le contexte :

La Suisse au cœur des trafics internationaux et la police criminelle de Genève en première ligne de la lutte contre le grand banditisme.

      L'intrigue :

Un Rapimentu, un kidnapping corse, un épisode qui fait suite au précédent qu'il faut donc avoir lu auparavant
L'héroïne Leena a pris du galon dans la brigade criminelle genevoise et en fait des tonnes façon Lara Croft ou autres héroïnes invincibles. 
[...] Mais n’empêche que ce mec a réussi à accomplir sa mission au nez et à la barbe du NYPD et du FBI. 
 – À nous de prouver que la police genevoise est meilleure, lui répond-elle. 
[...] – Putain, mais c’est Sarah Connor, ta collègue. 
D'autant qu'elle se retrouve chargée de l'enquête après le kidnapping de l'enfant d'un banquier suisse que l'on soupçonne rapidement d'avoir blanchi l'argent de la mafia corse. 
C'est pas fréquent en Suisse les rapts d'enfants : 
[...] Le dernier enlèvement d’enfant avec une remise de rançon datait de 1983. Il s’agissait du rapt de la fille de l’écrivain Frédéric Dard. 
Dans le même temps pour faire bonne mesure, un mafieux italien (décidément la Suisse est au cœur de tous les trafics ...), celui du premier bouquin, cherche toujours à se venger de Leena à qui il a envoyé son meilleur "nettoyeur". 
[...] – Ce sont les ordres. Ils veulent se laisser une chance de coincer l’enfoiré qui cherche à la tuer. 
 – Mais c’est super risqué, répond le dernier arrivé dans le groupe. 
 – Oui, mais c’est elle qui a choisi cette stratégie. Elle a accepté de jouer l’appât. 
Bref, autant dire que ça démarre sur les chapeaux de roue de grosses berlines et vues comme ça, les Alpes Suisses sont loin d'être aussi calmes qu'on le croyait.

Pour celles et ceux qui aiment les parrains.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.

mardi 24 janvier 2023

La femme du deuxième étage (Jurica Pavicic)

[...] La guerre dura. Et Bruna la perdit.

      L'auteur, le livre (223 pages, 2022, 2015 en VO) :

Après L'eau rouge, c'est avec plaisir que l'on retrouve Jurica Pavičić, auteur croate né sur la côte Dalmate, à Split en 1965, dans l'une des fédérations de ce qui s'appelait à l'époque la République fédérative socialiste de Yougoslavie avant de devenir la République de Croatie en 1991 lors de l'explosion des Balkans.  

      On aime beaucoup :

❤️ Le talent de conteur désabusé d'histoires tristes de cet auteur croate.
❤️ Une plume qui fait des miracles malgré le côté sombre et pas très gai de cette histoire qui ressemble à une tragédie grecque, 
❤️ Le destin de Bruna, ses années en prison (une douzaine quand même), sa lointaine libération, sa nouvelle vie enfin où elle retrouvera peut-être un peu de sérénité, elle n'en demande pas plus, nous non plus. 
❤️ Un bouquin qui fait la part belle à la cuisine, oui, oui, avec quelques pages intéressantes qui mettent en avant le "pouvoir" de celles ou ceux qui font la cuisine pour leur tablée ...

      Le contexte :

Dans ses romans noirs qui peignent la vie quotidienne et ordinaire de ses personnages, l'auteur dispose quelques touches personnelles de pinceau pour nous décrire la Croatie d'aujourd'hui et nous rappeler celle d'hier.
[...] Pour peu d’argent, mais facilement gagné, il travaillait désormais au service de Russes jeunes et riches, de couples scandinaves et de comptables allemands. Il les servait en serf contrit et nourrissait la bête monstrueuse du tourisme, à peu près comme tout le monde dans ce pays.

      L'intrigue :

La femme du deuxième étage s'éloigne encore un peu plus du genre policier, un roman noir plutôt, qui démarre sans suspense : une jeune femme, Bruna, est emprisonnée pour le meurtre de sa belle-mère, Anka Šarić. 
Comment en est-elle arrivée là : chronique d'un drame annoncé. 
[...] Elle le savait : il faudrait qu’elle s’habitue. Il faudrait qu’elle s’habitue car elle allait être une femme de marin. Et les marins prennent la mer, ils partent et repartent encore.
[...] Son instinct du danger ne l’a pas trahie. Cet étage chez les Šarić, ça ne lui plaisait pas. 
[...] Et puis, fin août, un événement survint qui allait tout changer. 
[...] Bruna le sait : elle a eu sa chance. Elle a eu l’occasion de dire non. Elle aurait pu fermer le robinet, se retourner, fixer Frane dans les yeux et lui dire : « Ça, je ne peux pas. C’est trop pour moi. » Mais ce soir-là, quand elle aurait pu, elle ne l’a pas fait. 
[...] Elle regarde par la fenêtre de la prison et pense à coup sûr à cette succession d’anecdotes chaotiques qui a pour nom sa vie. 
[...] Elle sait que sa vie n’est pas ordinaire, mais elle ne comprend toujours pas pourquoi. 
[...] Bruna ne mange plus de courgettes : elles lui rappellent le jour où elle a commencé à empoisonner Anka. 

      On aime moins :

 La première partie du récit peine un peu à se mettre en place lorsqu'il faut expliciter toutes les circonstances du drame domestique comme pour justifier le geste de Bruna avant son inculpation par la police.

Pour celles et ceux qui aiment les dalmatiens et la cuisine.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.

vendredi 13 janvier 2023

Le soldat désaccordé (Gilles Marchand)

[...] Tout le monde la connaît, la Fille de la Lune.

      L'auteur, le livre (208 pages, 2022) :

Le bordelais Gilles Marchand est venu assez récemment à l'écriture et ses histoires peu communes rencontrent peu à peu le succès.

      On aime bien :

❤️ La légende de la Fille de la Lune qui traverse d'un pas léger et lumineux les horreurs guerrières décrites ici.
❤️ Une histoire d'amour qui veut transcender la terrible réalité de cette guerre épouvantable, inimaginable, une guerre démentielle que l'on s'empressera d'oublier une vingtaine d'années plus tard avec d'autres horreurs. Comme quoi, même de la boue sanglante des tranchées on peut modeler un peu de poésie. 
❤️ Un auteur qui travaille avec une jolie plume qui parfois s'emballe un peu pour des effets trop appuyés.

      Le contexte :

Le récit n'est pas vraiment celui d'une histoire vraie, même s'il combine de multiples anecdotes véridiques sur la Grande Guerre, celle de 14-18, celle qui devait être la der des der : les fusillés de Souain qu'il fallut réhabiliter (en 1934), le soldat amnésique Anthelme Mangin que toutes les veuves voulaient récupérer comme mari et qui retrouvera sa famille en ... 1938, l'obusite ou les code talkers indiens, le rabbin que l'on prenait pour un curé, le sous-lieutenant Herduin et sa fin tragique, ...

      L'intrigue :

Le héros, après avoir perdu une main dans la Somme, enquête après-guerre pour aider à retrouver les dépouilles oubliées. 
[...] Je travaillais pour des associations ou différents comités œuvrant à la réhabilitation des fusillés pour l’exemple. Et je parcourais le pays afin de permettre à une famille de retrouver la dépouille d’un soldat qui n’était pas revenu. 
[...] Durant toutes les années 20 et une bonne partie des années 30, j’ai fait ce drôle de boulot d’enquêteur. 
[...] Mais retrouver un poilu vivant, cela ne m’était jamais arrivé.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.

jeudi 12 janvier 2023

Les enragés (Paola Nicolas)

[...] Le chimiste qui jouait aux apprentis médecins.

      L'auteure, le livre (256 pages, 2022) :

Paola Nicolas est une dame au pédigrée philosophique impressionnant (elle s'occupe de bioéthique aux US), et elle frappe fort avec son premier roman : Les enragés.

      On aime beaucoup :

❤️ Le débat (clairement exposé) qui résonne d'échos vraiment passionnants après les années que nous venons de vivre, où l'auteure, philosophe spécialiste de bioéthique, distille intelligemment de troublantes réflexions jusqu'à même esquisser quelques ombres sur les travaux du "maître", véritable Héros de la Science, qu'était devenu Pasteur..
❤️ Un ton qui, en dépit du sujet et du bagage philosophique de l'auteure, n'est ni trop pédant ni trop didactique : voici le récit documenté d'un fait divers historico-scientifique qui laisse intelligemment au lecteur le soin de s'interroger sur les indices semés ici et là au fil des pages..
❤️ Des indices, oui, car ce récit est quasiment un thriller scientifique ! Un thriller dont on connaît bien sûr le dénouement puisque chacun sait que ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire ....
[...] L’affaire avait été classée sans suite. Et l’histoire rétrospective ferait comme si tout s’était imposé de manière évidente, linéaire. Pire, elle se présenterait comme l’unique récit possible : le triomphe de la preuve et les forces de la démonstration.

      Le contexte :

À la fin du XIX° siècle, alors que la rivalité croissante avec l'Allemagne ne présage rien de bon, le chimiste Louis Pasteur repose en Italie son cœur à bout de course. 
À Paris, ses collègues et les médecins de son Institut sont en pleine campagne de vaccination antirabique et injectent à marche forcée le sérum miracle tout en poursuivant les tests sur les chiens et les lapins. 
Toute ressemblance avec ce que nous avons connu récemment ne serait pas fortuite puisque l'auteure a écrit son récit pendant la pandémie; joli coup.

      L'intrigue :

Las en novembre 1886, le jeune Jules Rouyer, récemment soigné après avoir été mordu par un chien, vient à décéder. 
[...] Demain, dès l’aube, l’affaire Jules Rouyer ferait la une des journaux. Les petits vendeurs crieraient la nouvelle. 
[...] Avec la mort du petit Jules, décédé peu après avoir reçu le traitement prophylactique contre la rage, des années de labeur allaient être remises en question. Son équipe, ses moyens de financement, tout serait passé au crible. 
Les adversaires de Pasteur sont nombreux. 
Les partisans "enragés" de la théorie de la spontanéité morbide (les antivax d'alors) et ceux de la nouvelle doctrine microbienne s'affrontent à couteaux tirés dans les coulisses des ministères, dans les amphithéâtres des académies et dans les journaux de l'époque (le livre est émaillé de fac-similés), l'équivalent de nos réseaux sociaux actuels. 
[...] À l’Académie de médecine, les butors et les cuistres n’avaient pas caché leur mépris envers lui, le chimiste qui jouait aux apprentis médecins ! 
 [...] Vous avez vu les titres des journaux ce matin ? « Pasteur, Assassin ! » Il en va de la stabilité du gouvernement ! 
[...] Pasteur se sert du désespoir des patients, affolés à l’idée d’avoir contracté le virus, pour professer son catéchisme vaccinal et leur injecter ses mixtures de moelle ! 
[...] Il l’appelait dans son dos « le chimiâtre ». Le sobriquet était là pour rappeler que Pasteur n’avait jamais fait d’études de médecine. 
[...] Le grand combat, Peter contre Pasteur, où l’on verrait s’affronter la médecine clinique contre la médecine expérimentale en une bataille impitoyable, dont l’issue était encore incertaine.
Pour le clin d'œil littéraire, on croisera dans les labos de l'Institut Pasteur, le jeune Alexandre Yersin, le futur découvreur du vaccin contre la peste, dont Patrick Deville tirera un autre excellent bouquin (Peste et choléra) pour celles et ceux qui veulent poursuivre la visite médicale.

Pour celles et ceux qui aiment jouer au docteur.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.

mercredi 11 janvier 2023

Heureux les heureux (Yasmina Reza)

[...] Est- ce que c’est la place d’un homme ?

      L'auteure, le livre (192 pages, 2013) :

Jusqu'ici, on a très peu fréquenté Yasmina Reza, auteure française (le plus souvent de théâtre) aux origines exotiques (Hongrie, Russie, Iran, ...). 
Trop peu manifestement si l'on en juge par sa très belle plume à l'œuvre ici avec Heureux les heureux.

      On aime bien :

❤️ Cette belle galerie de portraits, où chaque court chapitre est consacré à une fine petite tranche de la vie d'un couple ou d'un personnage. Quelques pages sans début ni fin, prises au vol, un instant volé. .
❤️ La plume souvent magique de Yasmina Reza qui excelle à rendre ces moments d'humanité, de tendresse, à voler ces instants au temps, à déceler les non-dits qui se cachent derrière l'ordinaire, à illuminer l'amour, le désespoir et les solitudes dilués ensemble dans le quotidien. 

      Le contexte :

D'entrée, l'exergue (une citation de Jorge Luis Borges) donne la clé du titre et du bouquin : 
[...] Heureux les aimés et les aimants et ceux qui peuvent se passer de l’amour. Heureux les heureux. 

      L'intrigue :

Des clichés instantanés qui ne sont pas tout à fait des micro-nouvelles, qui ne composent pas tout à fait un roman ... 
On parcourt un quartier de la ville et au fil des chapitres, on croise ici un couple, là leur médecin, plus loin un amant, une sœur ou un autre couple de leurs amis, des personnages qui traversent un chapitre et qui, devenus familiers, auront bientôt droit au leur, un peu plus loin. 
[...] S'emmerder dans un supermarché à l’heure des courses de tout le monde. Est- ce que c’est la place d’un homme ? 
[...] Cela fait des années que je sais que je ne dois plus jouer en équipe avec ma femme Hélène. 
[...] Depuis que mon père est mort, je lui demande d’intervenir dans ma vie. Je regarde le ciel et lui parle à voix secrète et véhémente. C’est le seul être à qui je peux m’adresser quand je me sens impuissante. En dehors de lui, je ne connais personne qui ferait attention à moi dans l’au- delà. Il ne me vient jamais à l’idée de parler à Dieu. J’ai toujours considéré qu’on ne pouvait pas déranger Dieu. On ne peut pas lui parler directement. Il n’a pas le temps de s’intéresser à des cas particuliers. 
[...] Mais mon père est nul. Il ne m’entend pas ou ne possède aucun pouvoir. Je trouve lamentable que les morts n’aient aucun pouvoir. 

      On aime moins :

Comme souvent dans ce genre d'exercice, les mini-nouvelles ne sont pas toujours égales et la seconde partie du bouquin laisse pointer l'artifice un peu plus souvent.

Pour celles et ceux qui aiment les puzzles.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.

mardi 10 janvier 2023

Les anges meurent de nos blessures (Yasmina Khadra)


[...] Cela devait finir ainsi.

      L'auteur, le livre (408 pages, 2013) :

On ne présente plus l'algérien Yasmina Khadra [déjà croisé ici], le pseudo "féminin" que l'auteur Mohammed Moulessehoul avait endossé sous la censure militaire. 
Avec Les anges meurent de nos blessures, il nous livre une très belle histoire.

      On aime :

❤️ La plume de Khadra fluide, élégante et agréable.
❤️ La misère, l'ascension, la chute du héros, qui composent une belle histoire (mais inscrite dans l'Histoire algérienne, on est quand même chez Khadra !).
❤️ Quelques belles pages sur la boxe (mais qui ne dérangeront pas les allergiques).
❤️ De belles romances amoureuses (mais qui finissent mal en général, comme chacun sait).

      Le contexte :

L'Algérie coloniale des années 30.

      L'intrigue :

Le parcours de Turambo, un pauvre gosse des quartiers pauvres qui deviendra un champion de boxe au foudroyant direct du gauche, un champion adulé de tous (et toutes). 
Mais chacun sait (sauf Turambo) que la gloire est éphémère et que l'on se brûle vite les ailes à s'approcher trop près des feux de la rampe, fussent-ils ceux du ring. 
[...] Je rentrais à Oran si triste que ma chambre accueillait la nuit plus vite que d’habitude. Le matin, en regagnant l’écurie, le sac de frappe pliait sous mes coups, et je jure qu’il m’arrivait de l’entendre gémir et demander pardon. 
 [...] Pour eux, je n’étais qu’une poule aux œufs d’or qui passerait d’elle- même à la casserole quand elle n’aurait plus rien à pondre. 
Le bouquin ne laisse d'ailleurs aucun doute qui s'ouvre sur l'échafaud auquel va être mené Turambo : la fin est annoncée, le lecteur est prévenu. 
[...] Je m’appelle Turambo et, à l’aube, on viendra me chercher. 
[...] Il n’y a de mort digne que pour ceux qui ont baisé comme des lapins, bouffé comme des ogres et claqué leur fric comme on claque un fouet, me disait Sid Roho. 
– Et pour celui qui est fauché ? 
– Celui- là ne meurt pas, il ne fait que disparaître. 

      On aime moins :

Le bouquin reste un peu long (l'histoire aurait gagné à être plus ramassée même si on comprend l'enthousiasme de l'auteur à nous faire partager son pays) et quelques effets de style un peu ronflants auraient pu être évités, mais ce ne sont là que défauts mineurs .

Pour celles et ceux qui aiment les boxeurs.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.

dimanche 1 janvier 2023

Bonne année 2023 !

Bonne année 2023 à toutes et à tous !

On vous souhaite tout plein de bonnes et belles lectures pour cette nouvelle année à commencer par une petite rétrospective de quelques unes de nos meilleures découvertes de l'an passé avec uniquement des romans récents parus en  2022.
Si vous êtes passé à côté, il est encore temps de vous rattraper !

► Cliquez sur les liens orange pour lire le billet original en entier.


Rappelons au passage que nos "nouveautés" sont régulièrement répertoriées par Bibliosurf.

Côté polars, il ne faut pas manquer ceux du norvégien Jørn Lier Horst qui nous régale depuis quelques années déjà de son écriture fluide et agréable, ses intrigues pas trop stressantes et ses personnages devenus familiers, le flic William Westing (et sa journaliste de fille, Line). 
Cet épisode, La chambre du fils, est peut-être le plus réussi de la série (si vous n'en lisez qu'un ... mais ce serait dommage de ne pas profiter des autres épisodes, tous de très bonne tenue) avec en prime une incursion dans les coulisses du pouvoir politique norvégien et une équipe d'enquêteurs ad hoc montée en grand secret (discrétion oblige). 
Comme à leur habitude, Horst et son héros avancent à petits pas dans un lent et patient travail d'enquête pour reconstituer un puzzle, où comme chacun sait, il faut d'abord trier les pièces.

Allez encore un policier, mais assez surprenant.
Ça commence comme un polar américain sudiste pur jus au cœur du Mississipi, au bord de la Pascagoula River et le bayou n'est pas loin.
Mais surprise, l'auteur, Raphaël Malkin, est un jeune journaliste frenchy, bien de chez nous. 
Mais re-surprise, le lieutenant Versiga, héros de l'histoire, est un vrai flic de la vraie police de Pascagoula, champion de tir, ancien boxeur et rescapé de Katrina. 
Malkin est tombé sur ce flic lors d'un reportage aux US et cette très très bonne histoire n'a pas échappé à son flair affuté.
Ce court récit (200 pages) est mené à vive allure sans aucun temps mort et ce presque reportage, cette quasi biographie se dévore comme un vrai polar dont le dénouement n'est pas le moins surprenant. Visiblement Malkin est doué pour repérer les histoires de la vraie vie qui vont s'avérer meilleures que les fictions. Et il sait les raconter.

Côté romans, il faut anticiper la sortie cinéma prévue cette année 2023 du biopic de Christopher Nolan (adapté d'un autre livre), et donc en profiter pour découvrir la lyonnaise Virginie Ollagnier avec son bouquin : Ils ont tué Oppenheimer.
Un homme plein de contradictions, un humaniste proche du parti communiste de l'époque et un savant qui fut malgré tout recruté par le gouvernement américain pour piloter le fameux projet "Manhattan" de Los Alamos.
La documentation sait se montrer limpide et discrète (tantôt passionnante, tantôt effarante comme le chapitre sur le complexe militaro-industriel US), l'écriture fluide mélange habilement les époques, les personnages sont tous intéressants, le bouquin se dévore comme un excellent roman (en dépit de quelques longueurs).
On notera aussi le joli portrait de la compagne d'Oppie : Kitty, une femme trop libérée pour son époque. 

Côté romans toujours, on a terminé l'année 2022 en beauté, la tête dans la lune et des étoiles plein les yeux avec l'étonnant bouquin de Christine Montalbetti qui entreprend de nous conter par le menu tout menu, le quotidien presque ordinaire du dernier équipage de la dernière navette US en juillet 2011, parce que La vie est faite de ces toutes petites choses.
Comment ne pas être pris par l'aventure qui nous est contée d'autant qu'on nous invite jusque dans le cockpit de la navette : l'espace nous fait toujours rêver, l'impesanteur nous fait fantasmer, le risque de ces expéditions nous fait frissonner, la gloire de ces conquêtes nous fait gamberger, on en redemande ...
Alors on déguste et on savoure, et le récit passionnant et la prose de dame Montalbetti : une plume riche, sautillante et pétillante, qui réussit à faire jaillir une gaie poésie de ces toutes petites choses. 
Un régal pour l'esprit.

Au rayon thrillers, on a bien aimé le journaliste canadien Luc Chartrand et sa visite guidée des coulisses de la guerre larvée qui oppose depuis des années Israël et les Palestiniens. 
Le prologue nous ramène à l'opération Plomb Durci en 2009 et l'auteur nous guide par la main pour démêler patiemment les protagonistes de L'affaire Myosotis, les sionistes des palestiniens, le Fatah du Hamas, le Shin Beth de l'Aman, ... 
En évitant tout propos didactique ou pontifiant, Luc Chartrand arrive encore à nous en apprendre sur cette région (et sur son Canada natal) que l'on croit si bien connaître, actualités obligent depuis de trop longues années.
Tout cela est évidemment passionnant et mené au rythme soutenu d'un thriller américain.

Toujours côté thrillers, il serait dommage de ne pas citer le duo des français Bertil Scali & Raphaël de Andreis avec un titre sec qui sonne comme une claque : Mer
Alors que nous faisons à peine notre deuil du monde d'avant, les deux compères nous plongent (c'est le cas de le dire) dans le monde d'après-demain : en 2100, le réchauffement climatique est là, les villes côtières sont noyées sous les eaux, les plaines centrales ravagées par les incendies géants, le monde envahi par les réfugiés climatiques et quelques autres bestioles qui pullulent dans ce nouvel éco-climat. 
Bordeaux n'est plus qu'une nouvelle Venise marécageuse battue par les eaux, ce qui nous vaut cette belle couverture. 
Tout cela est plutôt bien écrit, c'est pas du thriller au rabais même si l'on regrette quelques personnages un peu 'clichés' aux traits un peu grossiers. 
Le thriller idéal pour les plages cet été, ambiance garantie "les pieds dans l'eau".

Avant de terminer, il faudrait également citer quelques autres auteurs découverts cette année, des auteurs "à suivre" comme on dit :
  • le valaisan Jan Länden et son polar Leena sur le grand banditisme européen (bigrement intéressant : l'auteur est un vrai flic suisse et son bouquin est truffé de références à de vraies affaires)
  • le diplomate français Renaud Salins Lyautey (malheureusement décédé en 2022) et ses intrigues policières sur fond d'intelligente curiosité diplomatico-géo-politique comme avec La baignoire de Staline pour une excursion en Géorgie
  • l'écossais farceur et manipulateur Graeme Macrae Burnet, admirateur de Simenon, qui nous emmène ... en Alsace ! pour enquêter tranquillement sur La disparition d'Adèle Bedeau
Et si cela ne suffit pas à vous donner le goût de lire, parcourez 💡 la liste magique 💡 classée par envies ...

Bonnes lectures et bonne nouvelle année !

dimanche 25 décembre 2022

La vie est faite de ... (Christine Montalbetti)

[...] L’écoutille est verrouillée. Pas de doute, là, on y est.

Mais qu'est-ce qui a bien pu pousser Christine Montalbetti à nous sortir cette histoire ?
À nous conter par le menu menu ce qui fait le quotidien presque ordinaire des astronautes, leurs menus justement, leur toilette, leurs tenues, ...
Parce que La vie est faite de ces toutes petites choses ? oui bien sûr, mais tout de même ...
Voilà une idée qui pique déjà bien notre curiosité certes, mais peut-être pas jusqu'au point de nous embarquer à bord du vol STS-135, le dernier vol de la navette spatiale US en juillet 2011.
Alors le lecteur intrigué commence à lire quelques pages, pour voir :
[...] pour aller voir comment ça se passe dans la navette, où on est tout de même assez immédiatement en train de risquer sa vie.
❤️ Et voilà, c'en est fait du pauvre curieux, immédiatement happé par la prose lumineuse et chantante de la capitaine Montalbetti et son étonnant propos : nous faire partager les toutes petites choses du quotidien du dernier équipage de la navette, Rex, Doug, Fergie et Sandra.
[...] Eh bien, messieurs dames, je crois qu’il est temps de vous laisser. Les techniciens sortent du cockpit, où on se retrouve tous les quatre. Il est, quoi, 9 h 30. L’écoutille est verrouillée. Pas de doute, là, on y est.
Comment ne pas être pris par l'aventure qui nous est contée d'autant qu'on nous invite jusque dans le cockpit de la navette : l'espace nous fait toujours rêver, l'impesanteur nous fait fantasmer, le risque de ces expéditions nous fait frissonner, la gloire de ces conquêtes nous fait gamberger, on en redemande ...
Alors on déguste et on savoure, et le récit passionnant et la prose de dame Montalbetti : une plume riche, sautillante et pétillante (ah les méristèmes des choux-fleurs et les drupes des olives !) qui réussit à faire jaillir une gaie poésie de ces toutes petites choses. 
Un régal original pour l'esprit : Christine Montalbetti a fort brillamment réussi là un gigantesque et minutieux travail de repérage en ayant visionné des milliers d'images et écouté des centaines d'interviews.
Quelques longueurs et répétitions (ah les couleurs des polos de l'équipage !) nous empêchent d'épingler un véritable gros coup de cœur, mais on n'en est pas loin.
[...] Un roman dont la contrainte a été que chaque détail soit véritable, dans l’idée que tant d’exactitude devait produire un effet. Je ne sais pas au juste lequel.
[...] Quand vous revenez sur Terre, tout vous semble lourd et pesant. Même votre propre tête, que votre cou doit porter.
La mission terminée, on quittera à regret la station orbitale et le retour sur Terre de la navette (le dernier atterrissage de la navette) sera teinté de nostalgie.
[...] Ce moment, comme à la fin d’une soirée, quand il faut se séparer, et que personne ne veut vraiment partir. Ils prolongent ces instants-là.
Le charme indéniable de ce bouquin est tel que, la dernière page refermée après l'atterrissage, on ne peut que filer sur internet chercher quelques vidéos du vol pour y "revoir" Sandra Magnus dont la présence lumineuse a visiblement marqué le séjour dans l'espace de ses collègues, une aura qui transpire presque dans chaque page du bouquin.

Pour celles et ceux qui aiment les étoiles dans les yeux.
D’autres avis sur Bibliosurf.

mercredi 14 décembre 2022

BD : Les mondes d'Aldébaran (Leo)


[...] Le voyage ne devait durer que trois semaines.

Avec Retour sur Aldébaran et Neptune, le brésilien Leo (Luiz Eduardo de Oliveira) poursuit sa fabuleuse série sur les Mondes d'Aldébaran : dans l'ordre, Aldébaran (qui date quand même des années 90 !), Bételgeuse, Antarès, les Survivants, Retour sur Aldébaran et Neptune.
La sortie des deux albums du cycle Neptune est l'occasion de relire toute la série et de voyager à nouveau dans les mondes lointains peuplés de drôles de bestioles, aux côtés de Kim et de ses amis.
Aldébaran : une petite colonie de terriens survit sur une lointaine planète après un accident spatial. Voilà une centaine d'années et quatre générations que les colons attendent le retour des terriens, lorsque d'étranges phénomènes apparaissent en mer : une étrange créature fait surface et semble vouloir communiquer avec les humains ...
Une BD à l'atmosphère indéfinissable, faite d'un mélange de gentille naïveté et de propos gentiment écolos ou doucement féministes mais au fil des pages, les lecteurs (ados comme adultes) se laissent prendre au charme de l'histoire et des personnages perdus sur leurs lointaines planètes.
Les échanges amoureux entre Kim et ses amis semblent gentiment inspirés d'une télénovela brésilienne !
Et puis bien sûr il y a les étranges bestioles créées par Leo : tout un bestiaire curieux de petites bêtes charmantes, plus sympas les unes que les autres (même si parfois certaines sont à éviter).
Lorsque la série débute, Kim n'est qu'une toute jeune fille en fleur mais nous la verrons évoluer jusqu'à ce qu'elle devienne rien moins que l'ambassadrice des terriens auprès des autres peuples de la galaxie.
❤️ Une de nos BD préférées qu'on lit et relit régulièrement sans se lasser des mondes inventés par Leo, leurs géographies, leurs écosystèmes, leurs lunes, leurs animaux.
La série accuse une baisse de rythme avec le cycle Antarès (plombé par une histoire de secte messianique moins intéressante) mais le charme initial est de nouveau intact avec Retour sur Aldébaran (et son lot de révélations) et Neptune, transition avant un départ pour de nouvelles aventures !

Pour celles et ceux qui aiment les drôles de bêtes de Léo.
D’autres avis sur Bibliosurf.

lundi 5 décembre 2022

Leena (Jan Länden)


[...] Le nombre de morts est sur le point de passer à cinq.

    L'auteur, le livre (384 pages, 2021) :

Jan Länden se définit lui-même comme un finno-valaisan, un valaisan aux lointaines origines nordiques, un mythe bien ancré dans cette haute vallée du Rhône.
Mais peut-être n'est-ce que pour donner corps à son pseudo derrière lequel se dissimule un vrai flic helvétique encore en activité qui nous livre ici un excellent début de série avec Leena.

    On aime :

❤️ Un policier qui nous évite les sempiternels serial-killer affamés de jeune chair fraiche et qui préfère nous emmener jeter un œil du côté obscur du grand banditisme européen et du crime organisé.
La première partie du bouquin est très instructive et réussit à placer décors et personnages, tandis que la seconde moitié nous propulse à New York au cœur d'un thriller haletant digne d'un film Hollywoodien.
❤️ Un polar helvétique assez classique, où l'auteur-flic détaille les difficiles investigations de la brigade, mais plus intéressant que celui d'un autre suisse, Joseph Incardona, qui avait beaucoup fait parler de lui l'an passé.

      Le contexte :

Le bouquin est truffé de références comme celles au gang des Pink Panthers traqués par Interpol pour les braquages de nombre de bijouteries de Tokyo à Londres en passant par Barcelone [clic]. Tout cela est bien instructif.

      L'intrigue :

Son héroïne Leena (une cousine de Lara Croft dans la police helvétique !) fait partie de la brigade criminelle genevoise chargée de l'enquête après le meurtre d'un riche homme d'affaires, d'affaires louches sans doute car tout cela ressemble bien à un règlement de comptes commandé par la mafia calabraise, la 'Ndrangheta.
Cela nous vaudra bien sûr quelques détours en Italie du Nord mais également jusqu'en Serbie où l'on ira réveiller quelques fantômes du passé, lorsque les Tigres d'Arkan terrorisaient la région.
[...] Il lui demande de balancer un fantôme, une légende, l’homme qui a toujours été dans l’ombre d’Arkan. Un des derniers tigres.
[...] Deux homicides en moins d’une semaine et le compte n’est probablement pas encore clos. Les membres du groupe 3 le savent, les assassinats commis par des pros sont les plus compliqués à élucider. Ils sont souvent démêlés policièrement, mais pas pénalement. Une règle du jeu difficile à accepter.
[...] – Bon ben les jeunes je dois vous dire que là, je suis content de partir à la retraite. À ma connaissance, on n’a jamais eu un cas pareil.
[...] Le spectacle est saisissant. Leena s’approche de Gillard et lui glisse à l’oreille :
– J’ai l’impression d’être dans un film.
[...] Alors que nous avions deux adresses sous contrôle, des informations de première main transmises par nos collègues suisses ici présents, nous nous sommes fait danser sur le ventre et avons assisté impuissants à un double braquage en plein cœur de la ville la plus sécurisée au monde.
[...] – Il nous a tous bernés. Il a réussi un coup exceptionnel. Une histoire qui va finir au box-office hollywoodien. Il commence à me plaire, ce fantôme.
On est d'ailleurs allé rapidement voir l'épisode suivant Rapimentu.

Pour celles et ceux qui aiment les nettoyeurs façon Léon.
D’autres avis sur Babelio.